Diversification
De l’idée au projet, réussir son accueil pédagogique à la ferme
Avec des enfants de plus en plus éloignés du monde vivant, l’accueil scolaire à la ferme recrée du lien entre agriculture et éducation. Mais ouvrir une ferme pédagogique ne s’improvise pas : cadre réglementaire, sécurité et adaptation aux programmes scolaires sont autant d’étapes clés pour bâtir un projet solide. La Chambre d’agriculture de la Somme organisait un webinaire sur le sujet fin avril.
Avec des enfants de plus en plus éloignés du monde vivant, l’accueil scolaire à la ferme recrée du lien entre agriculture et éducation. Mais ouvrir une ferme pédagogique ne s’improvise pas : cadre réglementaire, sécurité et adaptation aux programmes scolaires sont autant d’étapes clés pour bâtir un projet solide. La Chambre d’agriculture de la Somme organisait un webinaire sur le sujet fin avril.
Les enfants américains sauraient identifier mille logos d’entreprises et de marques, mais seraient incapables de reconnaître dix plantes différentes, selon une étude. «Chez nous, en France, notre société s’éloigne aussi de plus en plus de ce monde essentiel. Il y a donc une nécessité de faire rencontrer les enfants et les agriculteurs», introduit Valérie Le Bihan, conseillère pédagogique départementale, à l’académie d’Amiens. Fin avril, elle animait un webinaire sur l’accueil des écoles à la ferme, avec Anne Cateau, chargée de mission Bienvenue à la Ferme à la Chambre d’agriculture de la Somme.
La première étape pour créer sa ferme pédagogique est de se rapprocher du PAIT (Point accueil installation-transmission). «C’est la porte d’entrée d’un projet de diversification», pointe Anne Cateau. Des critères d’adhésion sont à respecter pour obtenir l’appellation Bienvenue à la ferme (cf. encadré). «C’est un plus, car nous proposons un cadre pour concevoir le projet. Nous sommes une référence pour les écoles, qui nous font confiance.» En choisissant une exploitation Bienvenue à la ferme, l’école bénéficie d’une aide régionale de 45 € par demi-journée.
Pour que les deux mondes — agriculture et école — se rencontrent, il faut que la visite à la ferme colle avec le programme scolaire. «La scolarité est organisée en cycles. Le premier est la maternelle ; le cycle 2 concerne les CP, CE1 et CE2 ; le cycle 3 les CM1, CM2 et 6e ; le cycle 4 les 5e, 4e et 3e. On ne peut pas servir la même soupe à tous les âges. Il faut s’adapter aux apprentissages», présente Valérie Le Bihan. Un programme adapté permettra de convaincre les enseignants de la plus-value de la sortie. «Déplacer les élèves est lourd et contraignant. Il faut que ça en vaille la peine.»
À chaque âge, une visite à la ferme peut présenter un réel intérêt. Ainsi, pour les élèves de maternelle par exemple, l’accent doit être mis sur la découverte de la vie en quatre dimensions (sons, odeurs, toucher et émotions). «Au cycle 3, les enfants de neuf à douze ans se replient souvent sur l’intérieur et sont captés par le monde virtuel. Leur ouvrir le chemin de la nature et le plaisir de se sentir bien avec d’autres et à l’air libre est essentiel.»
Accueillir en toute sécurité
Cet accueil doit se faire en toute sécurité. «La ferme est avant tout un lieu de travail, avec ses dangers (engins, animaux…). L’idée n’est pas de la transformer en musée, mais d’adapter les parcours au public et de sécuriser les zones à risques», explique Anne Cateau. Une ferme pédagogique est classée en ERP (établissement recevant du public) de 5e catégorie, avec des obligations en termes de prévention incendie, d’alerte des secours ou encore d’évacuation des personnes. «Le bon réflexe est de contacter le Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) qui se déplace pour réaliser un diagnostic des lieux et émettre ses préconisations.»
Des démarches sont à réaliser : déclaration de l’activité en mairie, obtention de l’agrément auprès de l’éducation nationale — «la Chambre d’agriculture propose un cycle de formations pour cela» — assurance… En matière fiscale, il s’agit d’une activité agricole. Les recettes relèvent donc des BIC (Bénéfices industriels et commerciaux), avec un taux de TVA à 10 %.
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Quels tarifs pour quelle rentabilité ?
«Créer sa ferme pédagogique doit être réfléchi pour garantir sa rentabilité. Il faut se poser les questions de la faisabilité du projet, selon les moyens financiers, humains et techniques dont on dispose», prévient Anne Cateau, chargée de mission Bienvenue à la Ferme à la Chambre d’agriculture de la Somme. Des investissements sont à prévoir (outils pédagogiques, accès pour les bus et cars, lieu de repli ou salle aménagée, sanitaires, aménagements des lieux pour sécuriser la visite et la rendre accessible, outils de communication…). En termes de temps de travail, il faut compter en moyenne 5h30 pour accueillir une classe de 25 élèves une demi-journée. «Cela comprend la préparation, deux heures de visite, le rangement et le suivi (administratif, remerciements...).» Comptez 104,50 € de coût du temps passé par l'agriculteur.
Anne Cateau donne quelques repères concernant la tarification. «Les tarifs appliqués pour une demi-journée de visite pour une classe de 25 élèves, sont en moyenne compris entre 10 et 13 € par élève. Pour un tarif à l'heure, il faut un minimum de 45 à 60 €. S’il s’agit d’un forfait à la demi-journée, comptez entre 110 € et 215 €.» Autre information à intégrer : l’activité des fermes pédagogiques est assez saisonnière. «L’activité est concentrée entre avril et fin octobre, avec une période de pointe en mai et juin.»
Dans le cahier des charges Bienvenue à la ferme
La ferme pédagogique "Bienvenue à la ferme" est une exploitation agricole qui a pour objectif d'accueillir des groupes d'élèves dans le cadre de leur activité scolaire ou extrascolaire (centres de loisirs). Des critères d’adhésion sont à respecter. Tout d’abord, l'exploitation agricole qui constitue le support de la ferme pédagogique doit avoir une activité effective de productions végétales ou animales. Cette ferme pédagogique est gérée par un agriculteur ou une agricultrice répondant aux conditions d'affiliation au régime social agricole, et doit cotiser à l’Amexa. Les activités pédagogiques mettent en valeur le fonctionnement de la ferme, en lien avec son environnement dans le cadre d'un projet discuté avec les enseignants ou les animateurs encadrant le groupe. La ferme pédagogique ne peut fonctionner sans la présence active de l'agriculteur. Enfin, les activités pédagogiques visent à mettre les enfants en situation d'observation, de découverte et d'apprentissage. Elles doivent avoir un lien direct avec les activités de production agricole et l'environnement direct de la ferme. Les supports pédagogiques doivent être en rapport avec le cycle scolaire des élèves reçus.