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Climat
Incendies : pourquoi 2026 est vraiment l’été de tous les dangers

Spécialiste des incendies de végétation à l’Inrae Avignon, dans le Vaucluse, Julien Ruffault étudie l’évolution des régimes d’incendie sous l’effet du changement climatique. Alors que les incendies se multiplient depuis le printemps, le chercheur analyse les enseignements de cette année 2026, marquée par une saison particulièrement précoce et des feux d’une intensité inédite dans certains territoires jusqu’ici relativement épargnés.

incendies
Combinées à des températures élevées, à des vents soutenus et à un faible taux d’humidité, ces conditions augmentent fortement le risque d’incendie.
© SDIS 26

Avec près de 11 000 départs de feu et 35 000 hectares parcourus par les flammes à la mi-juillet, l’année 2026 constitue-t-elle un tournant ?

Nous avions déjà eu un premier aperçu de ce tournant en 2022 ; l’année 2026 en est finalement un second rappel. Mais ce qui change cette année, c’est la précocité des incendies. Les trois vagues de chaleur successives depuis la fin du mois de mai ont préparé le terrain en desséchant très rapidement la végétation. Combinées à des températures élevées, à des vents soutenus et à un faible taux d’humidité, ces conditions augmentent fortement le risque d’incendie. À l’Inrae, notre zone d’étude concerne principalement le pourtour méditerranéen, mais nos modèles de prévision et nos travaux sur les effets du changement climatique montrent une augmentation importante du risque d’incendie dans les territoires de moyenne montagne, ainsi que dans le centre et le centre-ouest de la France, jusqu’ici moins exposés. Les incendies observés à Die (Drôme) ou dans le massif de Fontainebleau (Seine-et-Marne) illustrent cette évolution. Ils sont précurseurs de ce qui nous attend : des feux qui démarrent plus tôt dans la saison et se prolongent plus tard dans la saison et des événements extrêmes davantage fréquents. 

Les forêts françaises sont-elles plus inflammables qu’il y a trente ans ?

 La plus grande vulnérabilité des forêts face au feu est avant tout liée aux effets du changement climatique. En revanche, nous sommes en mesure de montrer que les forêts de conifères sont davantage exposées au risque d’incendie que les forêts de feuillus. Mais l’essence des arbres est un critère qui importe surtout dans des conditions météorologiques "standards". Lorsque les températures sont très élevées, que la végétation est fortement desséchée et que le vent souffle, les conditions météorologiques prennent largement le dessus sur les caractéristiques propres des peuplements forestiers.

Les paysages agricoles sont-ils efficaces pour freiner les incendies ?

 Les zones agricoles constituent des pare-feu naturels contre lesquels le feu peut venir buter. Elles offrent également des espaces sur lesquels les forces de lutte peuvent s’appuyer. Un terrain dégagé procure aux pompiers une meilleure visibilité et facilite leurs interventions. C’est d’ailleurs pour cette raison que, dans la zone méditerranéenne, l’abandon des vignes constitue une véritable interrogation. Ces espaces deviennent des friches mal entretenues qui recréent des continuités de végétation, au sein desquelles le feu peut gagner en intensité et compliquer le travail des secours. Une autre réflexion concerne les interfaces entre la végétation et les zones habitées, où les départs de feu sont nombreux et dont l’aménagement est encadré par les plans locaux d’urbanisme. Le pastoralisme est également un atout, puisqu’il limite la quantité de végétation combustible au cœur des massifs et contribue à entretenir des espaces ouverts favorables à la prévention. 

Outre cette gestion des paysages, comment les territoires peuvent-ils s’adapter à un risque d’incendie qui devient structurel ?

La prévention joue un rôle majeur. La réalisation d’une carte nationale est en cours avec l’Office national des forêts. Son objectif est de quantifier et de localiser le risque d’incendie. Les communes pourront s’appuyer sur cet outil pour élaborer leurs documents d’urbanisme et leurs plans de prévention des incendies de forêt. Nous devons également mieux préparer les populations en développant une véritable culture du risque. Ce travail a déjà commencé en 2022 avec la création de la météo des forêts à l’échelle nationale. L’enjeu est désormais d’accompagner les territoires afin qu’ils intègrent durablement ce risque dans leur manière d’aménager les espaces, de gérer les massifs et de sensibiliser les habitants. 

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