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Nuisibles
Corvidés : le tableau noir des dégâts aux cultures

L’enquête portée par la FDSEA sur les dégâts en 2020 livre ses conclusions, parfois sans appel, parfois plus nuancées.

© François Magnier

Suites aux nombreux dégâts de corvidés constatés au printemps 2020, la FDSEA de la Somme a mis en place, dès mai 2020, une enquête accessible en ligne et publiée dans L’Action agricole picarde, pour évaluer et réduire les pertes liées aux dégâts de corvidés. Relayée par les partenaires que sont Chambre d’agriculture, les Ets Charpentier, Noriap, et Calipso, elle a recueilli près de 120 contributions d’agriculteurs de la Somme et permet d’appréhender précisément les cultures touchées et l’impact économique ; les marges de manœuvre liées aux techniques culturales, et l’efficacité des moyens de régulation des corvidés.

Des pertes conséquentes 

Sans surprise, le maïs est à 83,2 % la culture principalement impactée par les dégâts de corvidés. Les céréales en sortie d’hier ou au stade grain laiteux subissent également des dégâts importants. Toutes cultures confondues, 50 % des réponses sur les parcelles les plus touchées concernent des parcelles de 6 hectares. Le taux de perte sur les parcelles impactées est estimé à plus de 20 % (soit au minimum
1,2 hectare sur une parcelle totale de 6 hectares). Dans l’hypothèse d’un resemis, le taux de perte de récolte dépasse 10 % pour 72 % des cas et 30 % pour 41,1 % des cas. Selon les résultats de l’enquête, le préjudice économique varie de 500 € à plus de 20 000 €, avec une perte moyenne avoisinant les 3 000 € ! Dans les cas où les pertes sur récolte ont été faibles, cela a souvent été le fruit d’un investissement humain conséquent pour effaroucher ou réguler. On est loin d’un phénomène marginal en 2020, tant la pression a été forte, accentuée du fait des inerties liées au confinement, à la fois durant la régulation en corbeautières, mais aussi dans les procédures et les réalisations de régulation au champ. Des effets qui devraient être moins importants en 2021, à l’heure où cette édition est bouclée.

Des techniques culturales plus ou moins impactantes

Sur les techniques culturales, la profondeur de semis est un facteur clé : semer à une profondeur minimum de 5 cm réduit les dégâts dans 25 % des situations et, à l’inverse, semer à moins de 3 cm de profondeur les aggravent dans aussi 25 % des cas. Cela n’est pas sans conséquence : le réchauffement du sol est plus long à 5 cm, et semble pousser à un semis plus tard, mais une vigueur de levée plus importante.

D’autres pratiques culturales sont également ressorties comme «fonctionnant» ou «à confirmer» : ainsi, le roulage des semis «gomme» la ligne de semis, tout comme le semis sous couvert. Le corbeau repère aisément les alignements et dans la première situation, les dégâts sur grains germés mais non levés sont amoindris, et dans la seconde situation, la protection va au-delà de la levée, mais avec une conséquence sur le programme de désherbage. Sur la base des éléments recueillis, dans le cadre du programme Ferlance, la Chambre d’agriculture de la Somme va mener des essais culturaux pour confirmer ces éléments.

Côté traitement de semences, les nuances apparaissent : les produits à base de thirame (matière active en passe d’être retirée) sont les seuls sur lesquels une partie significative des utilisateurs les considèrent comme efficaces. Les autres produits, notamment ceux à base d’épices, commercialisés ou «fait maison», sont autant considérés «peu efficaces» que «pas du tout efficaces», mais en très peu de cas comme «efficaces». Leur considération est donc très subjective.

Le tir, le tir, le tir !

La régulation des populations passe par le tir. À l’inverse des goëlands dont les nids sont accessibles, il n’y a pas à ce stade de solution technique de type «drone» pour stériliser les œufs, avant même d’en envisager le cadre réglementaire. Le tir en corbeautières ou à proximité, au moment où les jeunes prennent leur envol, est très efficace, à condition d’y accéder. C’est le cas pour les détenteurs de droits de chasse, qu’ils chassent en nom propre ou en société. À défaut, il existe aussi des zones non accessibles aux chasseurs en zones protégées, urbaines ou non chassées, et dans ces situations, la Fédération des chasseurs de la Somme se fait facilitatrice de la régulation administrative. Il faut donc lui faire part des localisations à problème. Concernant le tir de plaine, la dématérialisation avait été plébiscitée pour gagner du temps et de la réactivité. C’est chose faite et opérationnelle à présent.
Reste enfin à trouver les tireurs motivés, car le corbeau n’est pas un gibier mais un nuisible, et ses dégâts ne rentrent pas dans le champ des indemnisations. Le premier concerné étant l’agriculteur, la Fédération des chasseurs de la Somme et la FDSEA organisent une session de permis de chasser dédiée aux agriculteurs (inscriptions ouvertes à la FDSEA au 03 22 53 30 25 ou par mail julie.sellier@fdsea80.fr). Pour la motivation des tireurs «autres», il faut d’abord les identifier. Si vous ne connaissez pas les chasseurs du coin, vous pouvez joindre la Fédération des chasseurs pour identifier la ou les sociétés agissant sur le secteur (03 22 82 90 90). Une fois qu’ils sont identifiés, le «système «D-D» se met en place : le donnant-donnant. Les exemples fournis dans l’enquête montrent qu’il y a toujours des arrangements possibles : chasse, produits agricoles, cartouches... on ne peut qu’inciter au bon sens et au dialogue, toujours constructif.

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