Volailles
À Forest-Montiers, un projet de poulailler pris entre suradministration et pétition
À 25 ans, Marion Bocquillon pensait démarrer son élevage de volailles de chair à l’automne 2025. Un an plus tard, son projet est toujours à l’arrêt, pris entre procédures administratives et contestation citoyenne. Alors que le Coderst doit encore se prononcer en septembre, la jeune éleveuse refuse de baisser les bras.
À 25 ans, Marion Bocquillon pensait démarrer son élevage de volailles de chair à l’automne 2025. Un an plus tard, son projet est toujours à l’arrêt, pris entre procédures administratives et contestation citoyenne. Alors que le Coderst doit encore se prononcer en septembre, la jeune éleveuse refuse de baisser les bras.
À mesure que les semaines passent, le parcours d’installation de Marion Bocquillon ne ressemble plus vraiment à celui qu’elle avait imaginé. La raison ? Des obstacles à la fois administratifs et une contestation citoyenne qui ne cessent de retarder son projet d’exploitation d’un bâtiment d’élevage de volailles de chair dans la commune de Forest-Montiers (80).
Alors que tous les feux étaient au vert jusqu’à il y a encore quelques mois, la jeune femme est confrontée à une série d’entraves, comme elle l’a confié ce mardi 25 août à L’Action agricole picarde.
Entraves en série
L’idée de ce poulailler, cela fait 3 ans qu’elle l’a imaginé. «Initialement, j’aurais dû démarrer mon activité en septembre 2025», explique Marion Bocquillon. Bientôt un an plus tard, les embûches se sont amoncelées, jusqu’à une pétition citoyenne en ligne qui atteint bientôt les 22 000 signatures. Ce qui est reproché à la future éleveuse, c’est la nature même de son projet d’élevage, sa taille ou encore sa localisation. Dans la pétition, les opposants évoquent un «élevage industriel de 40 000 poulets de chair».
Sur le papier, d’après les documents fournis en toute transparence par Marion, le bâtiment doit occuper une surface de 100 mètres sur 20 et s’implanter sur une parcelle appartenant aux parents de la jeune femme, Laurent et Pascaline, eux-mêmes agriculteurs et éleveurs bovins.
Situé entre les rues de Ponthoile et de la Ville, le futur bâtiment se situerait bien à l’extérieur du centre-bourg de la commune, dans la continuité du corps de ferme de M. et Mme Bocquillon. La première habitation, hormis celle du couple d’agriculteurs, serait quant à elle à plus de 200 mètres.
Pour la défense de son projet, qu’elle a présenté au conseil municipal de Forest-Montiers – ce dernier l’a approuvé, ainsi que l’intercommunalité –, Marion Bocquillon assure «avoir pris toutes les précautions» et insiste sur les mesures «de bon sens» qu’elle s’est engagée à respecter, notamment en ce qui concerne les flux et les effluents. Mais rien ne semble y faire. «Avant de déposer le permis de construire, il y a tout un tas de renseignements à donner et d’engagements», rappelle la porteuse de projet.
Une nouvelle étape devant le Coderst
La prochaine étape pour Marion est la présentation de son projet lors d’une prochaine réunion du Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Celle-ci est prévue le 15 septembre prochain. Ce Coderst, au sein duquel siègent des représentants des services de l’État, un représentant de l’Agence régionale de santé, des représentants des collectivités territoriales, des représentants d’associations agréées de consommateurs, de pêche et de protection de l’environnement, des membres de professions ayant leur activité dans les domaines de compétence de la commission, des experts dans ces mêmes domaines et des personnalités qualifiées, devra lui aussi se prononcer.
Confiante dans son projet et son impact limité pour l’environnement, Marion regrette toutefois que cette étape supplémentaire, dont elle se serait bien passée, ne vienne aggraver le retard pris par son projet.
Si Marion fait preuve encore aujourd’hui d’une détermination sans faille – «J’ai 25 ans, je n’ai pas envie de baisser les bras» –, on peut se demander combien de projets similaires tombent à l’eau face aux difficultés. Pour la future éleveuse, l’incompréhension est d’autant plus grande que son projet d’élevage s’inscrit comme une réponse au défi de la reconquête de la souveraineté alimentaire. «On n’arrête pas d’entendre qu’il faut produire français pour ne pas dépendre d’importations, que ce soit en volailles de chair comme je veux le faire, ou pour la production d’œufs, et quand quelqu’un veut se lancer, on lui barre la route…»
À ses côtés, son père Laurent loue la détermination de sa fille, mais regrette que le retard pris ne fasse s’envoler la facture.
Soutien de la profession et contre-pétition
Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme, qui est allé à la rencontre de la porteuse de projet en ce début de semaine pour soutenir son projet, confiait lui aussi son inquiétude : «Il n’est pas normal qu’un projet dans lequel on engage de l’argent se heurte à une pétition qui ne coûte rien et qui n’engage pas ceux qui la lancent.»
Assurant Marion du soutien de la profession agricole, Denis Bully a dévoilé à la famille Bocquillon un projet de contre-pétition lancée par la FDSEA de la Somme, dénonçant «les pétitions abusives contre les projets agricoles».
À Plaine en Fête, ce week-end à Candas, nul doute que l’appel au soutien du projet de Marion Bocquillon occupera largement les allées et les discussions.