Politique
Quand la ministre Monique Barbut voit en Mélenchon le meilleur sur le climat
En quelques jours, la ministre de la Transition écologique a réussi à déclencher une polémique politique dont elle se serait probablement passée. En affirmant que Jean-Luc Mélenchon est celui qui intègre le mieux la question climatique dans ses propositions économiques et sociales, Monique Barbut a fait grincer des dents jusque dans son propre camp. Avant de préciser ses propos et de récuser tout rapprochement avec LFI. Une séquence qui fait tâche.
En quelques jours, la ministre de la Transition écologique a réussi à déclencher une polémique politique dont elle se serait probablement passée. En affirmant que Jean-Luc Mélenchon est celui qui intègre le mieux la question climatique dans ses propositions économiques et sociales, Monique Barbut a fait grincer des dents jusque dans son propre camp. Avant de préciser ses propos et de récuser tout rapprochement avec LFI. Une séquence qui fait tâche.
Tout commence le dimanche 16 août 2026, avec un entretien accordé par Monique Barbut à Libération. Interrogée sur les candidats potentiels à l’élection présidentielle de 2027 et leur positionnement sur le climat, la ministre ne se montre convaincue ni par Gabriel Attal ni par Édouard Philippe.
Elle réserve surtout une appréciation inattendue à Jean-Luc Mélenchon : « Je dois reconnaître que Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pourtant pas ma tasse de thé, est celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales. »
La phrase est immédiatement remarquée. Le 17 août, Le Monde consacre un article à cette déclaration et souligne le caractère pour le moins surprenant de ce jugement venant d'une ministre en exercice. Le problème n'est évidemment pas que la ministre reconnaisse à un adversaire politique certaines qualités sur un dossier. C'est le niveau de l'éloge : Mélenchon serait, selon elle, celui qui articule le mieux climat, économie et questions sociales.
L'embarras gagne le gouvernement
La réaction ne tarde pas. Le 18 août, Le Parisien titre : « C’est problématique » : après ses propos sur Jean-Luc Mélenchon, Monique Barbut irrite au gouvernement.
Le quotidien décrit l'embarras provoqué par la déclaration du 16 août et rapporte la réaction d'un membre du gouvernement, resté anonyme : « Soit c’est sincère et c’est très surprenant. Soit c’est calculé et c’est très surprenant ! »
La sortie de Barbut intervient d'autant plus mal qu'elle entretient déjà des relations compliquées avec une partie de l'exécutif. Quelques semaines auparavant, la ministre avait annoncé sa démission avant de finalement rester au gouvernement, après avoir obtenu des garanties sur le volet environnemental de la politique gouvernementale.
Voilà donc une ministre qui revendique sa volonté de défendre l'ambition écologique au sein du gouvernement et qui explique, dans le même temps, que le chef de file de La France insoumise est celui qui prend le mieux en compte le climat dans son projet économique et social. Politiquement, la séquence est difficile à avaler.
Bompard ne laisse pas passer l'occasion
À La France insoumise, on comprend immédiatement l'intérêt de la déclaration. Le 18 août, Manuel Bompard propose publiquement à Monique Barbut de venir débattre aux universités d'été de LFI.
« Je trouve que c’est bien qu’on puisse débattre. Ce qu’elle a dit est intéressant. L’écologie doit être au cœur de toutes les politiques publiques », explique le coordinateur national de LFI, cité par Le HuffPost le même jour.
L'invitation est tout sauf anodine. Elle transforme une appréciation formulée dans une interview en séquence politique. Le message de Bompard revient en substance à dire : puisque la ministre reconnaît les qualités du programme de Mélenchon en matière climatique, qu'elle vienne donc en discuter avec les Insoumis. Monique Barbut refuse.
« Je n’ai pas encensé » Mélenchon
La ministre réagit le 18 août sur LinkedIn pour tenter de reprendre la main. Elle dément avoir apporté un soutien au programme de Jean-Luc Mélenchon. « Non, je n’ai pas encensé le programme de Jean-Luc Mélenchon, avec lequel j’ai de profonds désaccords. Et non, je n’irai pas à ses universités d’été. »
Elle précise également le sens qu'elle voulait donner à son propos : ce qu'elle entendait saluer, explique-t-elle, c'est une méthode, consistant à intégrer la question climatique dans l'ensemble des politiques publiques plutôt que d'en faire une politique séparée.
Le 18 août, Le Nouvel Obs résume la séquence sous un titre assez parlant : « Monique Barbut et Jean-Luc Mélenchon, une “bromance” écologique qui n’aura duré que deux jours ». Le journal relève surtout que la ministre refuse l'invitation de LFI tout en maintenant le fond de son analyse sur la manière d'intégrer le climat dans les politiques publiques.
Une clarification qui n'efface pas la première déclaration
Monique Barbut n'a donc pas annoncé son soutien à Jean-Luc Mélenchon. Elle affirme même avoir de « profonds désaccords » avec son programme. Il serait donc excessif de présenter sa déclaration comme un ralliement à LFI. Mais sa mise au point ne fait pas disparaître les mots prononcés le 16 août dans Libération. Elle a bien désigné Mélenchon comme celui qui, selon elle, intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales. Et c'est précisément cette formulation qui a déclenché la polémique.
Deux jours plus tard, la ministre devait donc expliquer qu'elle n'avait pas « encensé » Mélenchon et qu'elle ne participerait pas aux universités d'été de LFI.
Pour une ministre de la Transition écologique membre du gouvernement, la séquence fait tâche. D'autant qu'elle intervient après son épisode de démission avortée et alors que l'exécutif tente de défendre sa propre crédibilité sur les questions environnementales.