Syndicalisme
Sécheresse : comment la FDSEA de la Somme veut transformer les constats de terrain en aides concrètes
Alors que la sécheresse affecte l’ensemble des filières agricoles dans la Somme, la FDSEA demande au préfet de mobiliser plusieurs dispositifs pour soutenir les exploitations. Certaines mesures ont déjà obtenu une réponse favorable, d’autres restent désormais suspendues aux arbitrages de l’administration.
Alors que la sécheresse affecte l’ensemble des filières agricoles dans la Somme, la FDSEA demande au préfet de mobiliser plusieurs dispositifs pour soutenir les exploitations. Certaines mesures ont déjà obtenu une réponse favorable, d’autres restent désormais suspendues aux arbitrages de l’administration.
Grandes cultures, élevage, maraîchage ou productions légumières : la sécheresse de 2026 n’épargne aucune filière dans le département. Pour objectiver ses demandes, la FDSEA de la Somme a participé au cours des dernières semaines, avec la DDTM, à plusieurs journées d’expertise sur le terrain. Ces rencontres de terrain ont permis d’établir des constats, d’abord sur les conséquences des épisodes d’orages et de tempête de juin, puis début août pour mesurer les conséquences du déficit hydrique sur les betteraves, pommes de terre, maïs, pâtures et cultures légumières. C’est ensuite à partir de ces observations que le syndicat a demandé au préfet de la Somme, Rollon Mouchel-Blaisot une reconnaissance globale des difficultés rencontrées par les exploitations.
ISN, DEP et taxe foncière au cœur des revendications
La première demande portée par la FDSEA est l’activation de l’Indemnisation fondée sur la solidarité nationale (ISN) pour l’ensemble des cultures concernées par la sécheresse. L’objectif est notamment de permettre le déclenchement des indemnisations, mais aussi la réintégration de sommes issues de la Déduction pour épargne de précaution (DEP), avec l’abattement fiscal et social associé. La FDSEA demande également que la sécheresse de l’été 2026 puisse être reconnue comme un cas de force majeure.
Sur le plan fiscal, elle réclame une exonération intégrale de la taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFNB) pour les cultures et les prairies. Le syndicat insiste sur un point : le dégrèvement devrait être imputé dès l’émission de la taxe afin que l’allègement bénéficie effectivement aux fermiers lorsqu’ils ne sont pas propriétaires des terres.
Cotisations sociales : réduire la pression sur les trésoreries
La situation de trésorerie constitue un autre axe important des revendications. A ce titre, la FDSEA demande la mobilisation d’un fonds permettant une prise en charge des cotisations sociales et leur réduction au niveau de la cotisation minimale, tout en maintenant la validation des trimestres. Le syndicat souhaite également que les exploitants puissent modifier leur mode de calcul pour l’option d’affiliation à la MSA tous les trois ans, contre cinq actuellement. Une évolution qui permettrait, selon la FDSEA, d’adapter davantage les cotisations à la situation économique des exploitations.
À cela s’ajoute la demande de prolongation de la réduction de 15 centimes par litre de TICPE sur le GNR. Le dispositif serait prolongé de quatre mois, jusqu’au 31 décembre 2026, afin de couvrir notamment les travaux d’automne.
Engrais, emprunts et prêts de restructuration
En ce qui concerne les engrais, la FDSEA demande par ailleurs un élargissement de la période d’accès à l’aide aux engrais ainsi que son déplafonnement. Le dispositif est en effet jugé trop restrictif pour permettre à l’ensemble des exploitants confrontés à la hausse des charges d’en bénéficier.
Le syndicat sollicite également la prise en charge des intérêts générés par les reports d’échéances prévus dans les tableaux d’amortissement des prêts. Il réclame enfin la prolongation du mécanisme de prêts de restructuration garantis par Bpifrance.
Des dérogations agronomiques déjà obtenues
Sur le terrain, certaines demandes ont déjà abouti. La FDSEA indique ainsi avoir obtenu la possibilité de valoriser les jachères. Le délai nécessaire au traitement de la demande n’a toutefois pas toujours permis d’en tirer pleinement profit, même si certains exploitants ont pu en bénéficier.
Une autre dérogation a été accordée concernant l’implantation d’intercultures courtes après la récolte des pois. Le syndicat demande désormais une dérogation concernant les repousses de colza. Leur maintien pendant quatre semaines supplémentaires pourrait, selon lui, compliquer les interventions nécessaires avant l’implantation des cultures de printemps.
La FDSEA demande également une dérogation à l’implantation des intercultures longues avant les cultures de printemps. Dans plusieurs secteurs, la sécheresse a rendu leur implantation difficile, alors même que les chantiers s’accumulent : déchaumage, semis de colza, récolte des pommes de terre ou encore ensilage.
Le manque de fourrage inquiète les éleveurs
La situation des éleveurs constitue un autre point de vigilance. La sécheresse n’a pas permis de reconstituer normalement les stocks de fourrage et fait craindre des tensions dans les prochains mois.
Pour favoriser la solidarité entre exploitations, la FDSEA a mis en place un contrat entre éleveurs et irrigants. Après déclaration auprès de la DDTM, celui-ci doit permettre à un éleveur de bénéficier de volumes d’eau pouvant atteindre 60 mm/ha, sans que ces volumes soient déduits du quota d’irrigation de l’exploitant qui met l’eau à disposition.
La FDSEA demande également au préfet d’élargir les capacités de travail et de revente de gaz des unités de méthanisation. L’objectif serait de permettre la mise à disposition, auprès des éleveurs, de biomasse susceptible de contribuer à l’alimentation du bétail.
Une opération paille est également en cours. Plusieurs offres ont été recensées, mais la demande reste pour l’heure limitée.
Faire de l’interculture une ressource fourragère
La FDSEA avance parallèlement une piste qui passerait par la PAC et l’écorégime. Dans certains systèmes de culture, une interculture pourrait être mise à disposition d’un éleveur afin de contribuer à reconstituer ses stocks fourragers, tout en participant à la diversification des cultures nécessaire à l’accès à l’écorégime.
Cette possibilité reste toutefois encadrée par les règles de la PAC. Une culture principale doit notamment être présente, en totalité ou en partie, entre le 1er mars et le 15 juillet. L’interculture devrait donc rester en place après le 1er mars avant de laisser la place à la culture suivante.
Des restrictions d’eau qui pourraient être adaptées
Dernier sujet du moment : la gestion de l’eau, qui reste particulièrement sensible. L’arrêté signé le 21 août interdit notamment l’irrigation entre 11 heures et 18 heures, tous les jours de la semaine, avec des exceptions pour le maraîchage et l’irrigation au goutte-à-goutte. Des réductions de volumes sont également appliquées selon les secteurs hydrographiques, avec des baisses comprises entre 21 % et 51 %. La FDSEA et la Chambre d’agriculture indiquent toutefois avoir obtenu la possibilité de demander des volumes complémentaires dans certaines situations. L'objectif est notamment de permettre d’achever le cycle de certaines cultures légumières ou de réaliser les arrachages de pommes de terre.
Les demandes doivent être déposées auprès de la DDTM via la plateforme «Mes démarches simplifiées». Les irrigants concernés ont été informés par courriel et disposent d’un délai de cinq jours pour effectuer leur demande.
La recharge des nappes au-delà de l’urgence
À plus long terme, la FDSEA souhaite également que la question de la recharge des nappes soit davantage prise en compte. Elle demande au préfet de simplifier les procédures liées au curage des cours d’eau.
Le syndicat estime que, dans certains secteurs où la biodiversité s’est fortement appauvrie, voire a disparu, ces opérations pourraient contribuer à améliorer la capacité des cours d’eau à retenir l’eau.
Des réponses attendues après la réunion des préfets
Pour la FDSEA, l’ensemble de ces mesures s’inscrit dans une stratégie de soutien aux exploitations confrontées à une campagne particulièrement difficile. Si certaines demandes ont déjà trouvé une traduction concrète, notamment sur les dérogations agronomiques et la gestion de l’eau, Les principales mesures économiques et fiscales restent, elles, à arbitrer. Le syndicat attend désormais des réponses de l’administration, dans le prolongement de la réunion des préfets organisée le 27 août à l’initiative de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard.