L'Action Agricole Picarde 16 janvier 2020 à 06h00 | Par Alix Penichou

Les effluents d’élevage : un trésor à optimiser

Ce 9 janvier, la Chambre d’agriculture de la Somme organisait une journée «vos effluents ont de la valeur» à Saint-Riquier. Une matière parfois sous-estimée, à tort !

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Bien utilisé, les effluents apportent des éléments fertilisants et limitent la perte de matières organiques des sols cultivés.
Bien utilisé, les effluents apportent des éléments fertilisants et limitent la perte de matières organiques des sols cultivés. - © Pixabay



«Un fumier, c’est quelqu’un qui ne vaut pas grand chose. Et pourtant, votre fumier est riche pour votre exploitation !» C’est ainsi que Daniel Platel, conseiller en élevage bovin à la Chambre d’agriculture de la Somme, introduisait la journée «vos effluents ont de la valeur», ce 9 janvier.
Les fumiers, comme les lisiers, ont d’abord des valeurs fertilisantes et agronomiques. «Bien les valoriser permet de faire des économies d’intrants», assure Daniel Platel. Et dans la Somme, les quantités d’effluents ne manquent pas : 290 000 t de matière sèche (MS), presque 50 000 ha par an d’épandage et plus de 8 000 t d’azote maîtrisable.
Première étape : «connaître les teneurs en éléments fertilisants pour optimiser les doses et ainsi éviter le lessivage de l’azote ou les carences en éléments fertilisants pour les cultures», explique Christelle Dehaine, ingénieure. Le fumier de bovin, par exemple, représente en moyenne 3 kg/t brut de phosphore (P2O5), 7 kg/t brut d’azote total (NTK) et 9 kg/t brut de potassium total (K2O). «Mais les analyses sont très hétérogènes selon l’échantillon de fumier prélevé, précise Christelle Dehaine. Cela dépend du type d’animaux, des modes de logement, de l’alimentation, du niveau de paillage, des conditions de stockage… L’analyse de vos effluents reste la méthode la plus précise pour les caractériser !» Une analyse agronomique complète coûte environ 40 € (cf. encadré ci-dessous).

Des matières organiques, en veux-tu, en voilà
Autre valeur des effluents d’élevage : ils permettent de limiter la perte de matières organiques des sols cultivés. Ces matières organiques ont un rôle important sur les propriétés physiques et chimiques du sol. «Un sol riche en matières organiques est un sol fertile, avec une activité biologique riche, qui présente une meilleure travaillabilité… En bref, elles rendent les sols plus résilients», résume Olivier Ancelin, ingénieur.
On détermine la contribution de ces effluents dans le bilan humique grâce à l’Ismo (Indice de stabilité de la matière organique). Plus l’Ismo est élevé, plus le produit fournit au sol de l’humus. Ainsi, les fumiers de bovins présentent un intérêt important pour la matière organique des sols : environ 170 kg/t de MO brute. «40 t/ha apporte ainsi 6 800 kg de MO brute, soit entre 3 à 4 t d’humus», précise Olivier Ancelin.
Chaque effluent a néanmoins un comportement différent dans le sol. Les fumiers et composts sont des amendements organiques. Leur minéralisation est lente et progressive. Ils sont donc plutôt destinés à entretenir ou reconstituer le stock de matière organique (MO) du sol et apportent de l’azote qui minéralise progressivement. Les autres éléments fertilisants sont par contre facilement disponibles. Les lisiers, eux, sont assimilables à des engrais organiques. La minéralisation est rapide et l’effet sur la stabilité structurale des sols est très limité. Ils apportent aux plantes des éléments facilement assimilables.

MO et azote
Quel que soit le type d’effluent, l’azote se retrouve principalement sous deux formes. L’azote ammoniacal (NH4), peut être utilisé immédiatement par la plante en se transformant rapidement en nitrate, forme préférentielle d’absorption de l’azote par les plantes. L’azote organique, contenu dans la matière organique. Cette MO devra être dégradée par les bactéries du sol pour libérer l’azote sous une forme assimilable par les plantes. La dégradation a lieu lorsque les bactéries se trouvent en conditions favorables (température, humidité...). L’azote organique est donc disponible à plus ou moins long terme pour les plantes.
L’azote disponible la première année d’épandage comprend donc l’azote ammoniacal et la part d’azote organique qui se minéralise vite : «pour un fumier pailleux, comptez 20 % la première année», assure Christelle Dehaine. La part d’effet direct des effluents à prendre en compte dans le plan de fumure variera aussi selon les périodes d’apport et cultures fertilisées. La potasse des effluents d’élevage, elle, est disponible à 100 % immédiatement, et le phosphore entre 80 % et 100 % la première année mais 100 % sur la rotation. La magnésie peut également être considérée disponible en totalité pour les plantes.


Fertiliser, en pratique
Alors, comment utiliser ses effluents au mieux ? «Le principe général est d’assurer chaque année à la plante une nutrition en phosphore et en potasse. Un sol pauvre reste pauvre, mais nécessitera des apports réguliers, alors qu’un sol riche permettra plus régulièrement des impasses.» Parmi les cultures, la betterave est celle qui valorise le mieux le fumier. On compte
20 à 30 points de plus d’azote grâce à l’apport de fumier. Le maïs et le colza le valorisent aussi très bien. «Il faut retenir un besoin général de 70 U de phosphore et de 200 U de potasse. En fait, 25 t/ha de fumier bien décomposé suffisent pour fertiliser deux ans, confie Hervé Georges, ingénieur. Souvent, mieux vaut diminuer les doses d’effluents et fertiliser plus régulièrement.»


Une valeur marchande

Les fumiers et lisiers sont une ressource riche pour la fertilisation des sols. Et cette ressource se monnaye ! Pour la quantifier, Arvalis a mis en place une calculette d’échange paille-fumier (http://www.paille-fumier.arvalis-infos.fr), qui prend en compte les équivalences en termes de valeurs fertilisantes, de coûts d’engrais minéraux, de charges de mécanisation et de main-d’œuvre pour l’échange. «On considère que la paille s’élève à 19 €/t, toutes charges de mécanisation et de main-d’œuvre comprises. Le fumier, lui, peut valoir un peu plus de 17 €/t, valeur humique comprise. En gros, la paille vaut autant que le fumier. Les échanges peuvent donc être intéressants quand les deux parties parviennent à s’entendre», conclut Daniel Platel.

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- © Chambres d’agriculture des Hauts-de-France

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