L'Action Agricole Picarde 09 août 2018 à 06h00 | Par Alix Penichou

Les légumes de la Sica Somme de saveurs sont dans le champ

Voilà trois mois que les vingt-sept producteurs de la toute jeune Sica Somme de saveurs s’affairent à planter leurs légumes de plein champ : poireaux, choux et céleris. Place, bientôt, à l’arrachage.

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Le projet de légumes de plein champ dans la Somme se concrétise. © A. P.

Depuis le 5 mai, une curieuse machine attire les regards dans la plaine de la Communauté de communes Somme Sud-Ouest (CC2SO). Un tracteur autoguidé tire une remorque, recouverte d’une bâche blanche, à l’intérieur de laquelle cinq salariées du Groupement d’employeurs de la Somme s’affairent. Elles placent des plants de poireaux un à un, sur un tapis roulant cranté. Ceux-ci sont ensuite pincés entre deux courroies, et enfoncés dans le sol à 12 cm de profondeur. Vous l’aurez deviné, il s’agit d’une planteuse à poireaux.

L’engin est en fait la traduction du projet ambitieux de vingt-sept producteurs du territoire, qui se sont unis à travers la Sica (Société d’intérêt collectif agricole) Somme de saveurs, créée le 13 avril dernier, pour diversifier leurs exploitations avec des légumes de plein champ. Et ils l’ont fait ! Après trois mois, pour soixante-dix jours de plantation, la planteuse terminait sa saison ce lundi 6 août matin, dans une parcelle de Christophe d’Halescourt, à Hescamps. «Les gens ont l’impression que nous n’avançons pas vite. Mais le rythme est soutenu. On plante douze poireaux au mètre», expliquent les planteuses. Une vitesse de 350 m/h exactement.

En tout, 43 ha de poireaux, 12 de choux, 8 de céleris, 2,5 ha de choux frisés et un essai de quelques ares de choux chinois ont été plantés. Chez les frères d’Halescourt, 2,45 ha de céleri bio sont même testés.

«Nous apprenons le métier, assure Christophe d’Halescourt. Nous avons choisi des bonnes terres, avec de bonnes réserves hydriques qu’il a fallu parfaitement préparer, avec un labour d’hiver, puis un passage de herse rotative…» Les exploitants doivent faire face à une année particulièrement sèche. «Les légumes ont besoin d’eau au départ. Une fois qu’ils ont développé leurs racines, on peut estimer qu’ils sont sauvés.» En attendant la mise en place d’un système d’irrigation dans les années à venir, plusieurs arrosages, à l’aide d’une tonne à lisier, ont été effectués.

Chacun apprend aussi de ses erreurs. Christophe, par exemple, a planté quelques rangées de choux, qui avaient été livrés en plus, en bordure de chemin. «Ils sont bouffés par les insectes, alors que ceux du champ, un peu plus loin, sont super beaux. C’est à ne plus refaire !»

Mutualisation

Ces observations individuelles, chacun des vingt-sept les partage via la messagerie qui a été créée. La réussite collective est primordiale car, à la fin, les prix sont mutualisés, à qualité égale. Il a aussi été question de mutualisation pour l’achat du matériel de production. La Cuma des Evoisons, à Lignères-Chatelain, a ainsi investi dans le matériel nécessaire à la culture de poireaux : planteuse, arracheuse et buttoir. La Cuma Saint-Samson, à Hescamp a, quant à elle, fourni le matériel des choux : planteuse, récolteuse à choux et tracteur. Un travail d’équipe qui attire, lui aussi, l’attention. «Il paraît que nous sommes observés dans toute la France, témoigne Christophe. Un projet d’une telle ampleur entièrement mutualisé n’existe pas ailleurs. Pour nous, c’est pourtant naturel. Nous avons l’habitude de travailler en commun, avec les Cuma, par exemple.»

En plus des uns et des autres, les membres de la Sica peuvent surtout s’appuyer sur les conseils d’experts des techniciens de Reo Veiling, coopérative belge qui vend déjà plus de soixante espèces de fruits et légumes et 250 000 tonnes de produits frais chaque année dans le marché européen. «Ils viennent tous les dix jours et nous, nous surveillons chacun notre parcelle au moins deux fois par semaine.» Les thrips, ces minuscules insectes dont les piqûres conduisent au dessèchement des feuilles et au dépérissement du poireau, sont particulièrement surveillés. «Pour l’instant, leur nuisance est bien maîtrisée.»

Les renouées et les repousses de colza sont, en revanche, plus difficiles à gérer, car peu de produits sont homologués. «Le désherbage est assez technique, avoue Christophe. Il s’agit de produits racinaires, qui ont besoin d’eau pour fonctionner. Or, il ne pleut pas…» Le désherbage mécanique est donc de mise. Une fraiseuse-batteuse a été achetée. Des efforts nécessaires à la production de légumes de qualité, condition indispensable à la vente. «Le deal du poireau, par exemple, c’est qu’il doit avoir du vert pour donner envie au consommateur, mais tout le monde mange le blanc, donc il faut aussi beaucoup de blanc !»

Les producteurs n’ont cependant pas droit à l’erreur, car s’ils peuvent espérer dégager une marge significative (environ 15 centimes du kilo), les plants, principalement importés des Pays-Bas, leur ont coûté 5 500  €/ha. Une sacrée prise de risque. Premier verdict dans à peine un mois, puisque les poireaux les plus précoces des six variétés choisies seront arrachés au plus tard le 15 septembre. L’enthousiasme, lui, perdure. L’année prochaine, ils pensent même poursuivre la diversification avec plus de surface, et la culture de courgettes.

Après la production, le défi reste à relever

Dans quelques semaines, les premiers poireaux plantés à Thieulloy-l’Abbaye et à Équennes-Éramecourt seront prêts à être arrachés. Direction la Cuma des Evoisons, où un centre de conditionnement provisoire est installé, en attendant la construction du bâtiment de 2 800 m2 prévu à cet effet, à la Zac de la Mine d’or de Croixrault. Quinze personnes (la main d’œuvre représente 70 % du coût de production) s’activeront au lavage, épluchage et conditionnement par catégorie (bottes, filet, vrac) : cent dix jours de lavage, à un rythme quotidien de douze à quinze tonnes de légumes lavés.
La remise des clés est prévue en mai 2019, mais le chantier a pris du retard. «Le permis de construire est déposé, mais nous subissons des contretemps administratifs. Et plus la construction est retardée, plus elle est coûteuse», déplore Christophe d’Halescourt. Un investissement de 2 100 000 €, qui comprend l’achat du terrain de 2 ha et la construction, que supporte la CC2SO. La Sica aura un contrat de location-vente.
Reo Veiling s’occupera entièrement de la commercialisation des légumes cultivés dans la région, à destination des consommateurs régionaux. «Nous cherchons la voie la plus courte pour la commercialisation, et il se trouve que la demande est très forte au niveau régional», assurait Paul Demyttenaere, directeur général de la coopérative belge, lors de la création de la Sica.
La dégustation, elle, devrait être la partie la plus facile !

 

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