Syndicalisme
Aides sécheresse : un « décalage criant » avec le quotidien des fermes
L'entretien entre Arnaud Rousseau et le Premier ministre le mardi 8 septembre a duré près d'une heure et demie. A sa sortie de l’Hôtel de Matignon, le président de la FNSEA a indiqué que l’été que venaient de vivre les agriculteurs avait été « meurtrier » pour la quasi-totalité des cultures.
Sur le terrain, les dégâts sont considérables : les pertes de rendement atteignent 50 % voire 80 % dans certaines cultures végétales, tandis que l'élevage souffre du manque de fourrage et de baisse de production.
Peu avant sa rencontre avec Sébastien Lecornu, Arnaud Rousseau avait indiqué sur LCI que cette crise majeure avait plongé de nombreux producteurs dans un désarroi s'apparentant à un « burn-out agricole ». C’est ce sentiment et ce message que le président du syndicat agricole a exposé à Sébastien Lecornu, insistant sur « l'urgence de soutenir des trésoreries exsangues ». Certes le gouvernement a dévoilé une enveloppe d'urgence d'un milliard d'euros qui a été présentée par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard comme un effort ayant exigé de « racler les fonds de tiroirs ».
La FNSEA reconnaît l'effort consenti, elle estime néanmoins ce montant très en deçà du préjudice réel. A sa sortie de Matignon et sur LCI Arnaud Rousseau a d’ailleurs dénoncé un « décalage criant » avec le quotidien des fermes, soulignant que les remboursements de taxes sur le gasoil non routier dus pour les mois d'avril, mai et juin ne sont toujours pas versés aux exploitants.
Le retour des manifestations ?
Pour enrayer la chute continue et dramatique du nombre d’exploitations (100 000 sur les dix dernières années, le double en 2026 ?), la FNSEA exige des actes immédiats. Arnaud Rousseau demande aux préfets d'attribuer et de verser les premiers secours d'argent frais « en moins d'un mois » aux exploitations les plus touchées.
Parallèlement, le syndicat réclame une enveloppe de 50 millions d'euros à l'État pour garantir des prêts à taux zéro distribués par les banques, avec un report d'amortissement du capital en fin de tableau. Sur le plan réglementaire, la profession attend la parution rapide des décrets d'application de la loi d'urgence agricole votée cet été, indispensables pour faciliter les projets de stockage d'eau.
La FNSEA prépare également ses propositions pour le prochain budget (projet de loi de finances 2027), visant en particulier le renforcement de la déduction pour épargne de précaution (DEP).
Le gouvernement a, semble-t-il, pris toute la mesure du problème et craint après l’épisode de canicule, une séquence tout aussi chaude avec le retour de possibles manifestations agricoles. C’est pourquoi, pour éviter cette éventualité, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a fixé un calendrier de suivi strict : il réunira l'ensemble de la profession agricole et les préfets le 15 octobre prochain pour effectuer un bilan précis d'exécution du plan d'aide.
En attendant cette échéance, Arnaud Rousseau a appelé son réseau syndical à se mobiliser dans les préfectures pour obtenir « sans délai » le versement des secours d'urgence. Les autres syndicats seront reçus par le chef du gouvernement d’ici la fin du mois de septembre, à commencer par Jeunes Agriculteurs (JA), le 14 septembre.