Élections sénatoriales
Rémi Cardon : «La Pac doit soutenir des pratiques plus durables»
Candidat à sa réélection aux sénatoriales, Rémi Cardon défend une agriculture davantage rémunérée et accompagnée dans sa transition agroécologique. Le sénateur socialiste plaide pour une régulation du foncier, une meilleure répartition de la valeur et une gestion collective de l’eau.
Candidat à sa réélection aux sénatoriales, Rémi Cardon défend une agriculture davantage rémunérée et accompagnée dans sa transition agroécologique. Le sénateur socialiste plaide pour une régulation du foncier, une meilleure répartition de la valeur et une gestion collective de l’eau.
Quelle est votre motivation pour cette nouvelle candidature ?
Pendant mon mandat de sénateur, j’ai arpenté la Somme. J’ai visité six-cents communes en six ans, pour développer mon rôle de facilitateur de projets. Je maîtrise désormais un certain nombre de dossiers. L’idée est d’amplifier ce mouvement lors d’un second mandat. Je serai au plus près des élus, peu importe leur situation géographique ou leur bord politique, mais parce qu’ils ont la volonté d’agir pour leur territoire. La Somme a des atouts, mais aussi des faiblesses. Elle a de l’avenir, si l’on s’en donne les moyens. Préserver les industries et l’activité agricole est un enjeu fort, et cela implique de parler des sujets d’actualité : le maintien des services publics, santé et éducation, la mobilité, les commerces de proximité, le foncier… Tout ça est lié.
Pouvez-vous expliquer votre opposition à la loi Duplomb ?
J’ai effectivement voté contre, notamment pour son volet sur la réintroduction de l’acétamipride. Je pense que le combat est à mener au niveau européen. La distorsion de concurrence entre les pays n’est pas acceptable. Mais le nivellement vers le bas n’est pas la solution. On doit se montrer plus convaincant pour faire adopter dans les autres pays les règles qui vont dans le bon sens. L’agriculteur est un professionnel particulièrement touché par les cancers, dont on sait que les pesticides en sont une des causes. On a aussi un problème de qualité de l’eau potable dans certains secteurs, comme le Santerre. On ne peut pas fermer les yeux sur ces sujets.
Comment influencer le reste de l’Europe sur ces sujets ?
Pour bousculer les autres pays, la Pac est le bon outil. Elle doit permettre de préserver les outils de régulation. Ils sont garants de la justice sociale et de l’acceptabilité de la transition agroécologique. Jusqu’ici, la prime à l’hectare et la libéralisation des marchés ont conduit les agriculteurs vers la précarité et n’ont pas été favorables à la préservation de l’environnement. Il faut une Pac qui réoriente les soutiens publics vers des pratiques plus durables et en même temps une juste rémunération des agriculteurs.
Par quels moyens pensez-vous aller vers cette juste rémunération ?
Les deux gros sujets sont la concurrence déloyale et le revenu des agriculteurs. Or, en circuit long, ces agriculteurs sont les plus exposés. La répartition de la valeur est un enjeu. Les agriculteurs sont les victimes de la guerre des prix que se livrent les industriels et la grande distribution. J’ai fait partie de la commission d’enquête sur les marges des industriels, qui a relevé des écarts considérables : sur 100 € dépensés par le consommateur, les agriculteurs ne perçoivent que 8 %, les transformateurs et industriels 14 %, les importations représentent 35 %, et plus de 40 % reviennent à la distribution et aux services… Il faut plus de transparence sur le sujet. Et il peut exister des échelons intermédiaires de commercialisation. Les collectivités peuvent peser, à l’image de l’échelon départemental avec des achats de produits locaux pour les cantines des collèges. Il faut dupliquer cela à l’échelle intercommunale.
Quelle politique de l’eau voulez-vous mener ?
Je pars du principe que l’eau est un bien commun. C’est à la collectivité de piloter sa répartition. Elle doit garantir une répartition juste et éviter toute privatisation. Les stockages ? Je n’y suis pas fermement opposé. Tout dépend de la dimension, de la manière dont ils sont alimentés et utilisés.
Vous voulez aussi porter le sujet du renouvellement des générations. De quelle manière ?
Favoriser l’installation des jeunes passe par une régulation du marché foncier. La course à l’agrandissement des exploitations est loin de leur être favorable. L’enrichissement de quelques-uns se traduit par une fragilisation économique collective. Ces jeunes ont aussi une sacrée responsabilité : celle de mener à bien le défi de la transition agroécologique. Et pour cela, l’appareil de formation agricole a un rôle majeur à jouer pour les mener vers cette réussite.