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Médias
À 80 ans, L’Action agricole picarde se projette : informer mieux pour durer longtemps

À l’occasion de ses 80 ans, L’Action agricole picarde ne se contente pas de célébrer son histoire. Dans un discours à la fois personnel, collectif et stratégique, son directeur, François Magnier, a tracé lors de la soirée anniversaire du 10 février les lignes de force des vingt prochaines années : un journal toujours ancré dans le terrain, résolument hybride, et convaincu que l’information agricole de qualité a — et aura — un prix.

Toute l'équipe de l'Action agricole picarde, de gauche à droite, François Magnier, Maryline Depuille, Dominique Mistarz, Sylvie Desanlis, Margaux Bart, Dominique Gay, Vincent Fermon, Alix Penichou, Charlotte Thiébaut. Assis : Daniel Rigaux et Nicole Ouvrard.
Toute l'équipe de l'Action agricole picarde, de gauche à droite, François Magnier, Maryline Depuille, Dominique Mistarz, Sylvie Desanlis, Margaux Bart, Dominique Gay, Vincent Fermon, Alix Penichou, Charlotte Thiébaut. Assis : Daniel Rigaux et Nicole Ouvrard.
© AAP

À l’issue d’une table ronde en présence de la rédactrice en chef adjointe du journal, Alix Penichou, d’un ancien directeur, Daniel Rigaux, et de Nicole Ouvrard, directrice générale du groupe de presse Réussir sur L’Action agricole picarde d’hier à demain, son directeur actuel, François Magnier, a conclu la soirée en rappelant que rares sont ceux dans le monde agricole samarien à ne pas avoir un lien particulier avec le journal… à commencer par lui-même : «Quand j’étais enfant, je découpais les publicités de matériel et je les collais dans un cahier scolaire dédié pour me faire mon album de matériel… ça démarrait tôt !», a-t-il confié. Des années plus tard, devenu agriculteur et directeur de la publication, François Magnier a conservé ce lien fort et partagé ses anecdotes : «Pour le premier numéro pour lequel j’étais directeur de publication, l’imprimeur a subi un incendie… ça démarrait bien !»

Aujourd’hui, dans un contexte mouvementé pour le monde agricole comme pour celui des médias, le directeur souligne surtout la capacité de la rédaction à tenir la barre dans la durée : «On a passé le 4 000e, on a passé les 60, 70 et aujourd’hui 80 ans… Aujourd’hui, je me dis qu’on a su tenir la barre quand même.» Et les chiffres confirment cette solidité : «En janvier, avec une actualité agricole riche et une équipe motivée, on a passé les 100 000 pages vues sur le site internet.»

Une équipe, une chaîne de valeur

Derrière la longévité du titre, François Magnier met en avant une organisation collective, visible et invisible à la fois, et son équipe. «L’Action agricole picarde ce n’est pas que Margaux et Alix… C’est aussi Vincent, notre rédacteur en chef, […] Maryline, chargée de la relecture, des annonces légales, du site web et du routage, Dominique pour la mise en page et la publicité, Sylvie pour les abonnements, Charlotte pour les partenariats… Bref, une équipe variée, qui chaque matin ou chaque semaine “remet” le couvert.» Et de rappeler avec humour — empruntant une formule à son prédécesseur : «L’Action agricole picarde, c’est un journal hebdomadaire, et en plus, c’est toutes les semaines ! […] Avec le digital ou les réseaux sociaux, aujourd’hui, c’est tout le temps !»

Annonceurs, partenaires : un écosystème structurant et fidèle

Si le modèle économique du journal repose sur une vente par abonnement, la publication d’annonces légales et de petites annonces, il repose aussi sur des partenariats durables avec des annonceurs, à qui François Magnier a adressé un clin d’œil appuyé : «L’Action agricole picarde ne tiendrait pas non plus sans ses annonceurs. Vous êtes nombreux, fidèles, souvent présents à nos côtés.» Parmi eux, il cite des «monuments» présents dans des secteurs clés et emblématiques : machinisme, filières, formation, services. Leur nom ? «Le Groupe Gueudet Agriculture, Noriap, le Lycée du Paraclet et le Crédit agricole Brie Picardie.»

Savoir pour qui on travaille

Dans un contexte de remise en question permanent du rôle de la presse et des médias en général, François Magnier réaffirme une boussole éditoriale simple et assumée : «Nous avons une charte éditoriale qui nous dit que nous travaillons pour l’agriculteur professionnel de la Somme, son premier cercle professionnel et personnel.» Ceci étant dit, pour le directeur du journal agricole et rural de la Somme, le vrai défi qui attend son équipe n’est pas «que» technologique, mais bien «éditorial et économique», a-t-il assuré.

«Même si le papier est en régression, nous devons ce service à nos lecteurs “papier”.» Le digital ? À L’Action agricole picarde, le virage est déjà pris puisque «nous pouvons répondre aujourd’hui à un abonnement 100 % en ligne, à prix réduit», détaille François Magnier.

Le véritable enjeu est donc ailleurs : «Le challenge est dans le contenu et le modèle économique», dit-il, avec une question en filigrane : «L’information a-t-elle un prix ?» Et une réponse nette : «Nous faisons le pari que si elle est fraîche, honnête et de proximité, elle a une forme d’exclusivité qui lui donne un prix.»

Parmi les défis encore à relever pour le journal, celui de distinguer fermement information et communication : «L’info, c’est notre article, le reportage, le fait d’avoir fait du terrain ou d’être à l’affût pour capter une information. Ça a une valeur ; la com, c’est le post Facebook qui l’accompagne.» Ainsi, même si la transition numérique de L’Action agricole picarde est déjà bien engagée, elle se présente comme un moteur pour les prochaines années : «Avec plus de 100 000 pages vues dans le mois sur notre site, sans même parler des fréquentations de notre page Facebook, les vues de nos vidéos sur notre chaîne YouTube, nous sommes à plusieurs centaines de milliers d’interactions chaque mois.»

Rendez-vous dans dix ans

Pour conclure la soirée d’anniversaire, le directeur a emmené avec lui l’équipe et ses partenaires sur un temps long, celui des vingt prochaines années qui mèneront L’Action agricole picarde vers son centenaire. La feuille de route ? : «Nous allons encore explorer davantage de voies pour être encore plus dans les modes d’information actuels». Quant à l’enjeu, il est double : «Continuer à produire une information utile et valorisable et la rendre accessible par les canaux privilégiés des agriculteurs.» À 80 ans, L’Action agricole picarde ne regarde pas seulement derrière elle. Elle se projette, avec une certaine lucidité et ambition, dans un futur où l’information agricole restera un bien commun… mais jamais gratuit.

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Nicole Ouvrard (Réussir) : «Tout ce que l’IA ne peut pas faire»

Invitée d’une table ronde sur L’Action agricole picarde «d’hier à demain», la directrice générale du groupe Réussir – dont L’Action agricole picarde est partie prenante — dresse un constat sévère : «La presse agricole départementale ne va pas bien partout…» Sous-entendu, dans la Somme, il n’y a pas à rougir et la situation est saine. «Dans beaucoup de départements, cette presse est en difficulté. Ce n’est pas le cas ici, mais il y a de grands écarts entre départements», a ajouté Mme Ouvrard, sûre du fait que «quand il n’y a plus de journaliste dans un journal, c’est la mort assurée.» La recette pour «tenir» ? «Apporter des services. Un agriculteur ne paiera pas pour un journal qui ne lui fournit que des communiqués de presse… Il faut des reportages, de l’information technique, des témoignages dans lesquels le lecteur peut se reconnaître. Et tout cela ne peut pas être fait par l’IA.» Quant au prix du journal et de l’abonnement, Nicole Ouvrard estime qu’il ne s’agit pas d’un frein, pourvu que cela soit justifié : «Les façons de consommer l’information sont en train de changer. Il y a eu l’ère du tout-gratuit, mais on constate que de plus en plus de gens sont prêts à s’abonner pour avoir un accès à un contenu qui les intéresse.» L’exemple ? La plateforme Netflix : «Si le contenu et le service sont au rendez-vous, ce n’est pas un problème.»

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