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Agence de l’eau Artois-Picardie : quel programme ?

Depuis plus de quarante ans, les agences de l’eau sont en charge de veiller à la préservation en qualité et en quantité de notre bien commun le plus précieux : la ressource en eau. Retour sur les actions de l’agence de l’eau Artois-Picardie avec son directeur, Bertrand Galtier.

Bertrand Galtier : «Nous avons conscience que, sur certains aspects, les substituts techniques n’existent pas encore, et que les agriculteurs doivent faire face à des impératifs commerciaux et de revenus.»
Bertrand Galtier : «Nous avons conscience que, sur certains aspects, les substituts techniques n’existent pas encore, et que les agriculteurs doivent faire face à des impératifs commerciaux et de revenus.»
© © V. C.



Rappelez-nous quelles sont les missions de l’agence de l’eau ?

Nos missions sont cadrées par des textes européens, principalement la directive-cadre sur l’eau qui porte sur la qualité des masses d’eau, leur disponibilité pour tous les usages et la préservation de la ressource sur le long terme. Le territoire d’intervention des agences de l’eau ne se fait pas à l’échelle des régions administratives, mais à l’échelle des bassins versants. L’agence Artois-Picardie a la particularité d’être située sur un petit territoire comparé aux autres agences de l’eau.
Nous fonctionnons à travers des programmes d’actions de six ans qui fixent les grandes orientations. Nous sommes en train d’élaborer le programme pour la période 2019-2024. Il doit être adopté au plus tard en octobre pour être opérationnel au 1er janvier 2019.
Notre rôle comprend aussi un volet financier à travers le prélèvement des différentes redevances liées à l’eau et à travers l’octroi de subventions pour des actions de préservation de la ressource en eau.

Quelles sont justement les grandes orientations du programme d’actions 2019-2024 ?
Beaucoup de choses vont être dans la continuité des actions menées dans le précédent programme, qui portait sur la garantie d’avoir une eau potable de qualité en quantité suffisante pour tous, l’accompagnement de l’assainissement dans les agglomérations et le milieu rural, et la protection des milieux aquatiques, afin de préserver les équilibres écologiques. Le nouveau programme comprendra un volet très important sur la gestion des eaux pluviales. Dans les périodes de fortes précipitations, nos stations d’épuration ne sont pas dimensionnées pour accueillir de telles quantités d’eau, souvent très polluées. L’enjeu est donc de trouver des solutions innovantes pour permettre à l’eau de mieux s’infiltrer à l’endroit où elle tombe et limiter les écoulements. Le programme comprendra aussi un volet sur la biodiversité en milieu aquatique.

Des assises de l’eau ont été organisées dans la région. Quel était leur objectif ?
L’événement organisé en région a surtout eu pour objectif d’apporter une contribution de terrain aux Assises nationales de l’eau, dont la synthèse et les orientations devraient être rendues publiques à l’automne. Ces assises font suite aux engagements pris par le président de la République, lors du dernier congrès des maires de France, concernant l’entretien des réseaux d’eau potable. Les communes l’avaient alerté sur les difficultés financières qu’elles rencontraient pour entretenir le réseau.
Dans un premier temps, il s’agira d’évaluer la capacité des différentes structures à faire face à leurs difficultés. Il faudra, dans un deuxième temps, réfléchir aux réponses techniques et financières que l’Etat pourra leur proposer. Les conclusions de ces Assises de l’eau vont sans doute entraîner quelques inflexions sur les actions du programme 2019-2024.

L’annonce du plan biodiversité du gouvernement, qui prévoit notamment de réduire les budgets consacrés à la modernisation des réseaux d’assainissement, ne vient-il pas en contradiction avec les objectifs des Assises de l’eau ?
Avant toute chose, en ce qui concerne le bassin Artois-Picardie, nous avions déjà anticipé ces nouvelles orientations autour de la biodiversité, en augmentant les lignes de crédit consacrées à ce sujet. Ensuite, je ne pense pas que ce soit contradictoire, au contraire. Les mesures favorisant l’infiltration de l’eau sont souvent favorables à la biodiversité puisqu’elles vont de pair avec une désartificialisation. Pour l’instant, nous sommes encore en attente d’instruction sur les orientations qui seront données…

Quels sont les dispositifs d’aides auxquels peuvent prétendre les agriculteurs pour mener des projets en lien avec la préservation de la qualité de l’eau ?
Les dispositifs d’aides se répartissent en deux catégories. Nous intervenons d’abord à travers les programmes de développement rural (PDR), en cofinançant notamment les mesures agro-environnementales et climatiques (Maec), les aides à la conversion à l’agriculture biologique, mais aussi les investissements productifs pour lutter contre l’érosion ou réduire les pollutions liées aux produits phytosanitaires.
Nous intervenons également plus directement en aidant des groupes d’agriculteurs qui souhaitent mettre en place une démarche collective à travers des appels à projets sur différentes thématiques. Ces appels à projets se font en coordination avec la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) et les chambres d’agriculture.

Que peut-on dire de la quantité et de la qualité des eaux souterraines et de surfaces dans le bassin Artois-Picardie ?
Pour ce qui est de la quantité, à ce jour, la situation est satisfaisante. Mais il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Le changement climatique ne va pas être sans conséquence. Il peut entraîner une raréfaction de la ressource due à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. C’est pourquoi il faut, dès maintenant, adopter des mesures d’économie d’eau.
Sur le plan qualitatif, les eaux souterraines restent à des niveaux de pollutions supérieures aux exigences européennes, notamment en ce qui concerne les nitrates. Seulement 33 % des nappes sont dans un bon état écologique. Sur le plan de l’assainissement, ces pollutions sont sous contrôle, mais il faut continuer les actions sur le milieu écologique pour diminuer leur niveau. Concernant les eaux de surface, 21 % sont dans un bon état écologique.

Comment travaillez-vous avec le monde agricole ?
Nous devons être dans une démarche collective avec les agriculteurs. Ils doivent aussi être moteur dans les propositions et continuer à faire évoluer leurs pratiques. Les changements doivent se faire en douceur et en favorisant l’expérimentation. Nous avons conscience que, sur certains aspects, les substituts techniques n’existent pas encore, et que les agriculteurs doivent faire face à des impératifs commerciaux et de revenus.
Dans la vision à moyen et long termes que nous avons à l’Agence de l’eau, l’idée est d’accompagner leur mutation vers l’agro-écologie. Notre action s’inscrit dans le temps, en sachant que les projets financés aujourd’hui n’auront parfois des effets que dans vingt ou trente ans.

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