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Agroforesterie : l’appel à projet de la Région Hauts-de-France

L’agroforesterie serait une réponse à l’accroissement des performanes économiques, environnementales et sociales de l’agriculture. La région Hauts-de-France a donc lancé un appel à projets.

D’après les experts consultés par le gouvernement, les intérêts agronomiques de l’agroforesterie seraient multiples.
D’après les experts consultés par le gouvernement, les intérêts agronomiques de l’agroforesterie seraient multiples.
© Ministères de l’Agriculture

L’arbre. Cette plante ligneuse terrestre, dotée d’un tronc sur lequel s’insèrent des branches ramifiées, portant le feuillage dont l’ensemble forme le houppier, était autrefois au centre du système agricole. Un  véritable pilier économique, puisqu’il permettait de construire, de chauffer, de nourrir et de protéger.
L’arbre a pourtant été éradiqué des paysages au fur et à mesure du développement de l’agriculture, au profit d’une mécanisation plus aisée. Et s’il retrouvait toute son utilité au sein des exploitations modernes ? C’est en tout cas le sens de l’agroforesterie, que l’Etat (cf. encadré) et, par déclinaison, la Région, veulent développer.
Il s’agit en fait de la gestion simultanée d’une culture agricole et d’une culture forestière. En pratique la plus courante : des bandes alternées de cultures et d’arbres. Une technique assez ancienne, puisque les densités et les alignements actuellement recommandés correspondent à ceux qui étaient pratiqués dans le cadre des prés-vergers en Bretagne et Normandie il y a soixante ans.
Les intérêts sont multiples. Du point de vue écologique, les arbres offrent une meilleure structuration du sol, un développement de la biodiversité et de nombreux autres services écosystémiques. Du côté économique, la quantité de biomasse produite à surface équivalente serait plus importante dans un système agroforestier que dans un système en culture pure (34 % de biomasse en plus selon le rapport Land Equivalent Ratio, qui correspond à la surface qu’il serait nécessaire de cultiver pour obtenir la même quantité de biomasse en culture pure).

Appel à projets régional
Le Conseil régional des Hauts-de-France a donc décidé de soutenir cette filière. Dans le cadre du Programme de développement rural de Picardie, il propose un nouvel appel à projets 2018 «Aide à la mise en place de systèmes agroforestiers». Les bénéficiaires éligibles peuvent être : les propriétaires ou gestionnaires privés, les agriculteurs ou groupements d’agriculteurs, les collectivités. Attention, cet appel à candidatures est ouvert jusqu’au 4 septembre 2018.
Plus précisément, la demande doit porter sur des terres agricoles (non boisées), qui ont fait l’objet d’une exploitation agricole pendant au moins deux années consécutives au cours des cinq dernières années précédant la demande.
Le projet d’agroforesterie devra concerner une surface minimale d’un hectare et devra concerner la plantation d’au moins trente tiges dans une liste donnée. Une quarantaine d’essences sont listées :  aulne, bouleau, charme, chêne, érable, noyer, fruitiers, tilleul, lilas, noisetier, sureau ou encore aubépine… Précision : les arbres fruitiers ne peuvent pas composer plus de 50 % des tiges principales (c’est-à-dire hors essences arbustives complémentaires).
«Tenant compte des conditions pédoclimatiques locales, des espèces forestières et fruitières éligibles et de la nécessité d’assurer l’utilisation agricole des terres, à la plantation, la densité d’arbres par hectare doit être comprise entre trente et deux cent cinquante arbres. Cette densité doit être maintenue à l’identique pendant au moins cinq ans après la date de paiement de la subvention», précise la Région. Pour rappel,  au-delà de cent arbres forestiers, la surface considérée n’est plus éligible aux Droits à paiement de base (DPB) de la Pac.

Quelles aides ?
Le taux d’aide publique est de 80 % des dépenses éligibles retenues. Il n’y a pas de plafond de dépenses. Les financeurs potentiels, en contrepartie du Feader, sont la Région Hauts-de-France, l’Etat, l’Agence de l’eau Seine-Normandie et l’Agence de l’eau Artois-Picardie.
Sont éligibles à l’opération : les frais généraux, à savoir notamment les coûts liés aux études de faisabilité en fonction des conditions pédoclimatiques et environnementales ; les coûts des plants et de la plantation, y compris les frais de transport, le stockage, le traitement des graines et plants, et la préparation du terrain ;  les autres coûts directement liés à la création d’un système agroforestier (analyse de sols, préparation et protection du sol, protection des plants, paillages biodégradables, etc.).
La sélection des dossiers est mise en œuvre sur la base d’une grille de sélection, à travers un système de points permettant le classement des dossiers, ainsi que la fixation d’un seuil minimal pour accéder aux soutiens.

Grande surface, nombreuses essences
Pour être éligible, mieux vaut mettre tous les atouts de son côté. Il s’agit en fait de récolter un maximum de points. Les dossiers inférieurs à 20 points ne seront pas soutenus.
Ainsi, plus la surface est grande, plus il y aura de points attribués. Comptez 0 point pour une surface inférieure à 2 ha et 20 points pour une surface supérieure à 10 ha. Le nombre d’essences d’arbres doit aussi être significatif : 0 point pour deux essences, 20 points à partir de cinq essences et un bonus de 10 points lorsqu’il s’agit d’essences favorables à la biodiversité.

Une volonté de développement nationale

Pour le gouvernement, l’agroforesterie serait «l’un des leviers majeurs visant à dynamiser les territoires ruraux et à accroître les performances économiques, environnementales et sociales des modes de production agricole». Un Plan national de développement de l’agroforesterie est donc en place depuis décembre 2015 (Stéphane Le Foll était à l’époque ministre de l’Agriculture, de l’agro-alimentaire et de la forêt). Il se prolonge jusqu’en 2020, période de programmation de la Pac, dont dépend un ensemble de mesures de soutien à l’agroforesterie, mais devrait s’étendre à plus long terme.
Il entend redonner une place à l’arbre dans le champ, où il constitue une «voie de diversification des productions pour les agriculteurs».  En bref, cinq axes sont déclinés : mieux connaître la diversité des systèmes agroforestiers et leur fonctionnement, améliorer le cadre réglementaire et juridique, renforcer les appuis financiers, développer le conseil, la formation et la promotion de l’agroforesterie, améliorer la valorisation économique des productions agroforestières. Vingt-trois actions complémentaires, «susceptibles de lever les freins, d’encourager les initiatives pour la promotion de l’arbre en agriculture», doivent être mises en place.
Ces axes se déclinent eux-mêmes en vingt-trois actions concrètes. Par exemples, renforcer les moyens de connaissance et de suivi des systèmes agroforestiers, sécuriser les relations propriétaires-fermiers, renforcer la place de l’arbre et de la haie dans les dispositifs de formation, ou encore développer des synergies avec les signes de qualité.
Pour le gouvernement, l’agroforesterie est en réalité une des réponses que peut apporter l’agro-écologie qu’elle veut développer. Elle permettrait d’enrichir les sols en matières organiques, de diversifier et améliorer la production, de participer à l’adaptation au changement climatique et à son atténuation.

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