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Pommes de terre
Alternatives au CIPC : tirer le meilleur parti de chaque molécule

L’utilisation du CIPC pour le contrôle de la germination des pommes de terre est interdite en France depuis le 8 août 2020. Arvalis-institut du végétal, travaille en lien avec les différentes sociétés impliquées dans la mise en marché des molécules inhibitrices de germination, fait le point sur les différents produits commercialisés.

Il est possible de combiner l’utilisation des différents produits pour parvenir au résultat escompté en cherchant à tirer le meilleur parti des spécificités de chaque molécule.
© Arvalis

Pour remplacer le CIPC, plusieurs alternatives sont proposées aux producteurs de pommes de terre comme l’huile de menthe homo- loguée en 2010, l’éthylène en 2011 et le 1,4 DMN en 2017 et, plus récemment, en novembre 2020, un produit à base d’huile essentielle d’orange. La stratégie de lutte contre la germination peut également intégrer au champ l’emploi de l’hydrazide maléique applicable en végétation et homologué depuis 1992. Spécialiste de la pomme de terre chez Arvalis, Michel Martin détaille les points forts et les points faibles des rem- plaçants du CIPC.

Hydrazide maléique : un inhibiteur multifacette

L’hydrazide maléique (Fazor® Star, Itcan...) doit être appliqué en végé- tation avant que les tubercules ne soient trop développés (80 % au calibre 30/35 mm) et au minimum quinze jours à trois semaines avant la date de défanage. «Cela permet à cette molécule systémique de migrer vers les tubercules et d’y être présente en quantité suffisante au moment de la récolte. Elle bloque alors en général pendant deux à trois mois la germination des tubercules en fonction de la variété et de la température de conservation. L’agriculteur dispose ainsi d’une plus grande souplesse dans le raisonnement de la date de première intervention pour le(s) traitement(s) complémentaire(s) par thermonébulisation s’il souhaite stocker sur une plus longue période.»

Les essais réalisés par Arvalis ont, par ailleurs, montré qu’en fin de conservation, l’action du produit pouvait limiter le risque de germination interne, notamment pour les variétés destinées à la transformation industrielle, stockées à 8°C et plus. «Le produit possède également des actions secondaires intéressantes pour réduire la repousse physiologique («rejumelage») en végétation et les repousses de pomme de terre dans les cultures suivantes. Sa limite maximale de résidus (LMR) est désormais de 60 mg/kg.»

1,4 DMN : retardateur de germination

Le 1,4 Dimethylnaphtalène (1,4 DMN) est commercialisé par Dormfresh à travers la spécialité Dormir. Ce produit contient 980 g/kg de 1,4 DMN et il est thermonébulisable à la dose de 20 ml/t. «Un bon suivi permet de réduire le nombre maximum de six applications par an en respectant un délai de trente jours après traitement pour la commercialisation des tubercules. La LMR est xée à 15 mg/kg (15 PPM). Les mentions de danger évoquées à son égard nécessitent une protection appropriée des yeux et des voies respiratoires pour les opérateurs, y compris pour les visites de contrôle, et les écarts de tri ne doivent pas être donnés aux animaux», prévient Michel Martin. Les essais conduits durant plu- sieurs années sur le centre de Villers-Saint-Christophe (Aisne) par Arvalis-Institut du végétal ont montré une bonne ef cacité de contrôle de la germination en utilisant le produit soit seul en traitement répété à 20 ml/t toutes les six semaines environ, soit en programme après une application initiale d’hydrazide maléique au champ, en réduisant alors les doses complémentaires de 1,4 DMN à 15, voire 10 ml/t.

«Le produit retarde le démarrage de la germination. Il doit donc être appliqué suf samment tôt après la rentrée des pommes de terre dans le bâtiment de stockage pour garantir une ef cacité maximale pour les variétés à court repos végétatif, en veillant cependant à traiter sur des tubercules secs et bien cicatrisés, tout spécialement pour les variétés à peau ne comme les chairs fermes

Argos : un produit composé d’huile essentielle d’orange

Argos sera commercialisé par la société Arysta LifeScience/UPL et, plus particulièrement, sa liale spécialisée Néo-Fog située à Frelinghien (Nord). Ce produit d’origine naturelle est à base d’huile essentielle d’orange (843,2 g/l). Il s’applique par thermonébulisation directement dans le bâtiment de stockage ; la mise en marche de la ventilation à faible débit, en mode recyclage interne, permet de le distribuer de manière homogène dans la masse des tubercules stockés. «La dose d’application unitaire est de 100 ml par tonne de tubercules stockés. Elle doit être régulièrement renouvelée en cours de conservation, dès que de nouveaux germes apparaissent au bout de quelques semaines, avec un délai d’au moins trois semaines entre deux traitements et un maximum de neuf applications par an», stipule Michel Martin.

«La première application doit être réalisée a minima lorsque les tubercules sont bien secs et cicatrisés. La fréquence de renouvellement du traitement dépend principalement de la variété (vitesse d’incubation), de la température de stockage et de la maîtrise des conditions de conservation. L’application se réalisant sous la forme d’un brouillard de très petites gouttelettes de quelques microns de diamètre, le bâtiment doit disposer d’une étanchéité suf sante pour éviter les pertes de produit.»

Huile de menthe et éthylène en AB

Ces deux molécules d’origine naturelle, homologuées en France au travers des spécialités commerciales respectivement BioxM, Restrain et Biofresh Safestore, sont inscrites sur la liste des produits utilisables en agriculture biologique. Ils ne laissent pas de résidus sur les tubercules et ne sont pas concernés par une limite maximale de résidus (LMR). Ces produits ont cependant un profil et un mode d’action très différent. L’huile de menthe doit être appliquée par thermonébulisation dans le bâtiment. Celui-ci doit donc disposer d’une ventilation optimale pour assurer une bonne répartition du produit. «L’huile de menthe agit en détruisant les germes en formation à condition de bien respecter la dose d’emploi préconisée (au moins 60 à 70 ml/t) et de laisser le bâtiment au repos, fermé pendant au moins 48h, le produit étant particulièrement volatile. La première application doit être réalisée assez tôt, de préférence au stade point blanc, de façon à détruire au mieux le méristème à l’origine du germe. Par la suite, il est nécessaire de renouveler l’opération lorsque la germination reprend et, au plus tard, à nouveau au stade point blanc, c’est-à-dire après quelques semaines en fonction de la variété et de la température de stockage».

Le mode d’action de l’éthylène est tout autre car il ne détruit pas les germes, mais agit comme une hormone végétale : d’abord, il freine considérablement leur apparition puis leur vitesse d’élongation. Là aussi, si la pression germinative est faible (température de consigne basse et variété à repos végétatif long) l’efficacité antigerminative est améliorée. Dans tous les cas, les germes, s’ils apparaissent, restent petits, trapus et faiblement adhérents aux tubercules. Ils sont ainsi très aisément éliminés lors de la reprise à la moindre manipulation. Dans le procédé Restrain, l’éthylène est produit par un générateur d’éthylène à partir de la catalyse de l’éthanol présent dans le réservoir de l’appareil. L’éthylène agit sous forme gazeuse. Il est nécessaire de maintenir une concentration au maximum de 10 PPM dans l’ambiance du bâtiment pendant toute la durée du stockage après une phase de montée progressive en concentration pour éviter un stress trop important des tubercules. Dans le cas du procédé Biofresh Safestore, l’éthylène est directement diffusé dans le stockage à partir de bouteilles de gaz comprimé. Même si le maintien d’une concentration en éthylène est nécessaire, cela n’exclut pas de devoir procéder régulièrement à une aération du bâtiment pour éviter une élévation néfaste de la teneur en CO2.

«Les contrôles réalisés sur la qualité technologique et organoleptique des tubercules stockés ont montré que pour les deux produits, la cuisson vapeur n’est pas altérée par l’un ou l’autre. En revanche, on observe une certaine tendance à l’accroissement du sucrage des tubercules lorsqu’on utilise de l’éthylène, déconseillant de ce fait cette pratique pour les débouchés en produits frits indus- triels, surtout, si on ne maîtrise pas bien la montée en concentration en éthylène ainsi que la teneur en gaz carbonique dans le bâtiment. Les récents travaux ont toutefois montré qu’une forte variabilité existait entre les variétés vis-à-vis de leur sensibilité au sucrage à l’éthylène. Pour l’instant, seul apparaît possible l’utilisation de cette pratique sur les variétés spécialisées Fontane et Markies pour la fabrication de frites, à condition d’un suivi régulier de l’évolution de la qualité par le producteur et l’industriel.»

Combiner des différents produits

Au final, les alternatives présentées par Arvalis-Institut du végétal sont différentes et ont chacune leurs spécicités. La gamme de produits oblige à une adaptation des stratégies de traitement antigerminatif en fonction du degré de sophistication du bâtiment de stockage, du type de variété et de débouché, de la température de consigne et de la durée de conservation envisagée. «Il est, en effet, possible de combiner l’utilisation des différents produits pour parvenir au résultat escompté en cherchant à tirer le meilleur parti des spécificités de chaque molécule», explique Michel Martin qui conclut que «chaque solution n’est cependant pas équivalente en termes financier compte tenu du prix respectif de chaque produit et des doses appliquées. Les estimations de coût ne peuvent être évoquées qu’en fonction de la stratégie adoptée».

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