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Après le gel, betteraviers et céréaliers retiennent leur souffle

Les conséquences des gelées nocturnes et matinales de ces derniers jours ne sont pas encore entièrement connues pour les betteraves et les céréales. Si les grandes cultures du département de la Somme semblent épargnées, il est encore trop tôt pour chiffrer les vrais dégâts.

En colza, les cultures les plus touchées sont celles dont la végétation était déjà chétive en raison d’un précédent épisode de gel en février.
© Gauthier Charle/Réussir grandes cultures

C’est une question à laquelle il est encore, de l’avis de plusieurs experts du département de la Somme, difficile à répondre. Alors que les images des vergers et des vignes ravagées par deux vagues de froid successives ont capté de nombreuses attentions, la situation est plus contrastée pour les autres cultures. Faut-il croire pour autant que le froid a épargné les autres cultures ? Rien n’est moins sûr. Si l’on s’intéresse à la betterave, par exemple, la CGB estimait le 12 avril que «plus de 10 % des betteraves françaises étaient détruites par le gel». Pour le syndicat betteravier, «entre 30 000 et 55 000 hectares de betteraves en cours de levée» seraient détruits. Un vrai coup dur d’autant que les dégâts les plus importants se situeraient «dans des régions où la jaunisse avait le plus durement frappé les exploitants en 2020», rapporte la CGB.

 

Danger pour des semis de betteraves peu profonds

Le département la Somme pourrait quant à lui avoir été relativement épargné, même si des dégâts sont attendus, d’après un premier relevé de l’ITB. Pour son responsable départemental, Yohan Debeauvais, «le premier épisode de gel n’a pas tellement causé de dégâts pour le moment puisque les semis y ont été plus tardifs que dans d’autres régions». «Finalement, on ne peut pas vraiment dire que le département ait été fortement touché, à l’exception de l’Amiénois, et en particulier au nord-ouest où la température a pu atteindre -7°C», constate le délégué de l’ITB. Plus d’inquiétudes sont en revanche liées au second épisode de gel, en ce début de semaine : «Avec la pluie du week-end et le redoux, les plantes ont poussé. On peut donc s’attendre à quelques dégâts, en fonction des secteurs et de différents critères» : profondeur de semis, type de sol, rappuyage… Pour Yohan Debeauvais, «les parcelles les plus touchées seront celles où les betteraves étaient semées peu profondément, à la limite de la sortie».

À partir de ces constats, ce n’est donc pas dans le département de la Somme que l’effort de prise en charge des ressemis de betteraves par le groupe coopératif Cristal Union sera le plus important ; ce que confirmait le président de la section «Sainte-Émilie» de Cristal Union, Jérôme Fourdinier, le
14 avril : «Notre bassin, c’est vrai, est peu concerné par le gel de betteraves. En tout, cela devrait concerner une centaine d’hectares, mais il faut rester prudent dans les chiffres. Nos agents de plaine font actuellement le tour des parcelles à la recherche de dégâts. Il est clair qu’au sud de Paris, c’est la catastrophe. Chez nous, il faut être plus attentif parce que s’il y a dégâts, ce n’est pas encore très visible. Il faut vraiment regarder aux quatre coins de la parcelle. On peut avoir des trous ou des couloirs touchés et nous saurons vraiment ce qu’il en est quand les températures remonteront».

 

Symptômes à retardement sur céréales ?

Toujours dans le département de la Somme, les céréales auraient, pour le moment, plutôt bien supporté le froid, même s’il est encore trop tôt pour l’affirmer avec certitude. Concernant les escourgeons, «dans les parcelles proches du stade 1 nœud, notamment en bordure maritime, quelques épiais ont pu geler, mais il faudra attendre encore quelques jours pour confirmer si certaines parties de l’épi seront stériles», expliquait en ce milieu de semaine Mathilde Lheureux, conseillère en productions végétales à la Chambre d’agriculture de la Somme. Pour ce qui est des blés, «dans les parcelles au stade
1 cm, le gel de quelques épis est à craindre et nous verrons seulement dans quelques jours si une couleur brune apparaît
», poursuit la conseillère.

Pour ce qui est du colza, quelques dégâts sont avérés dans des parcelles en floraison. Les cultures les plus touchées restent toutefois celles dont la végétation était déjà chétive en raison d’un précédent épisode de gel en février. À partir de ce constat, quelques retournements de parcelles ne sont pas à exclure pour laisser place à des semis de maïs.

 

 

 

Des lins sensibles mais épargnés

Reste enfin la question du lin. D’après les observations d’Arvalis-Institut du végétal, la situation était jugée plutôt rassurante, en ce milieu de semaine. «Les gelées printanières entraînent un risque de dégâts essentiellement pour les linières en cours de levée», souligne l’institut technique. Si l’épisode de pluies survenu au cours du week-end dernier est «un facteur de risque supplémentaire», il faudra surveiller l’apparition d’une coloration jaunâtre des cotylédons et/ou de l’hypocotyle. Le conseil d’Arvalis consiste donc à estimer le pourcentage de perte et d’estimer la densité de plantes/m2 intacte avant de prendre une décision. Ainsi, toujours selon Arvalis, «un retournement de la parcelle où un ressemis est envisageable uniquement si les linières sont en dessous 900-1200 plantes/m2
et hétérogènes avec les graines déjà germées dans les zones non levées. Les jaunissements des lins prêts à lever ne sont pas irréversibles.
» Et de rappeler que «tant que l’apex, qui est la base d’insertion des premières feuilles, n’est pas touché, les plantules peuvent redémarrer». Tout n’est donc pas perdu.

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