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Tribune
Arnaud Rousseau (FNSEA) : « Il n’est pas question pour nous de renoncer »

Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, dénonce une « société de la peur » qui paralyse l’action politique et condamne, selon lui, l’agriculture française à l’impuissance. Face à l’interdiction de l’acétamipride, il plaide pour la confiance en la science, l’innovation et la responsabilité.

FNSEA tribune Arnaud Rousseau
© FNSEA

« Le feuilleton que notre pays vient de vivre avec l’acétamipride dépasse largement les enjeux agricoles. Il n’est pas non plus, contrairement à ce que certains ont voulu faire croire, un sujet de santé publique. Il est d’abord le témoin tragique d’un pays foudroyé par les peurs et qui, sous couvert de précaution, alimentée par une bonne dose de mauvaise foi et ce qu’il faut de manipulation, a tourné le dos au bon sens et au goût d’entreprendre. On ne gouverne pas un pays par la peur. 

On ne gouverne pas un pays par la peur

Qui peut sérieusement croire que la majorité socialiste en Espagne, le gouvernement conservateur italien ou la coalition de centre droit allemande n’auraient pas le souci de la santé publique dans leur pays respectif ? Que devient l’autorité scientifique européenne si ses décisions sont tenues pour nulles et non avenues ? Quelle crédibilité mettre dans la construction européenne et le marché unique si 26 Etats-Membres sur 27 ont des moyens de production que la France s’interdit ? Peut-on au nom du principe de précaution et de la Charte de l’environnement renoncer à ce qui a fait la grandeur de notre pays, l’audace, l’innovation et l’exercice de la responsabilité ? Qui peut croire que les agriculteurs sont les ennemis de l’environnement, eux qui bien souvent travaillent la terre de leurs ancêtres et savent le rôle essentiel de la transmission du savoir liée au terrain ? Qui a intérêt à opposer agriculture et environnement pour laisser croire que le paysan du XXI siècle ne serait qu’un pollueur avide de profit sans souci de ses sols, de ses animaux et de son prochain ?  A-t-on conscience que la production agricole française est une des plus durables de la planète ? 

Notre pays a peur, notre pays se méfie, notre pays doute : de son avenir, de l’audace, de ceux qui entreprennent, de l’exercice de la responsabilité face à un juridisme dévorant. Cette société de la peur est savamment entretenue par les ‘‘collapsologues’’, complotistes et ceux qui annoncent tous les jours que nous allons tous mourir un jour. L’Etat n’échappe pas à cette peur. Les ministres, les administrations, les élus locaux, se couvrent en permanence afin d’éviter les recours, les condamnations voire la Haute cour de justice de la République. Les préfets voient nombre de leurs arrêtés attaqués devant les juridictions compétentes. Bien sûr, nous avons besoin d’un cadre légal et d’un État de droit, qui peut en douter, mais aujourd’hui le juridisme a pétrifié le politique. Face à ce sentiment d’impuissance du politique, nombre de Français se désintéressent de la chose publique quand ils n’expriment pas leur forte défiance à l’égard de ceux qui les gouvernent. 

Avant de décider, un agriculteur, comme tout chef d’entreprise, évalue les forces et les faiblesses, les menaces et les opportunités de son projet. Il devrait en être de même avec les parlementaires. Or le spectacle désolant donné de manière régulière par un certain nombre d’élus dans la fabrication de la loi est loin de la nécessaire analyse et prise de hauteur mais relève plus de la posture et du cirque de communication, augmenté par les réseaux sociaux qui sont, hélas souvent, devenus le déversoir d’une société malade. Le bon sens et le discernement ont laissé la place aux nombres de tweets et de likes. La violence des débats a neutralisé les opinions modérées. L’invective a remplacé le débat.  

Comment alors dans ces conditions continuer à produire pour nourrir face à une concurrence internationale exacerbée, des moyens de production empêchés ou interdits ? Que doit comprendre un producteur de betteraves français à qui on refuse l’utilisation de l’acétamipride alors que son voisin allemand vient de devenir le premier producteur européen de betteraves et que tout conduit à lui expliquer que le Brésil pourra exporter massivement de l’éthanol dans quelques semaines si l’accord du Mercosur est ratifié ? Les deux millions de Français qui ont signé la pétition pour interdire l’acétamipride ont-ils seulement conscience que la question légitime de leur santé ne sera en rien réglée puisque le produit importé se retrouvera dans leurs assiettes, et que la règle européenne ne nous permet pas de refuser ces importations. Leur a-t-on expliqué que l’usage domestique de l’acétamipride peut les amener à en avoir dans leur propre maison ? 

Les agriculteurs sont des pragmatiques et ne comprennent pas l’idéologie. Aujourd’hui des filières sont dans des impasses. Et si le Conseil Constitutionnel n’a pas définitivement fermé la porte, que dire les yeux dans les yeux aux producteurs de betteraves, de noisettes, de pommes, de poires….? Que l’idéologie les condamne mais qu’en revanche l’assiette des Français se remplira avec des produits importés moins disant sur le plan environnemental ? Jusqu’à quand ? Car ne nous y trompons pas, les appels depuis quelques jours au patriotisme alimentaire sont déconnectés de la réalité de consommation de nos compatriotes. Si certains ne manqueront pas de mettre en cohérence leurs actes avec leurs idées, les réalités de pouvoir d’achat et de consentement au paiement d’un modèle alimentaire sans phytosanitaire n’existent pas. 

Les efforts entrepris depuis 15 ans pour réduire les phytosanitaires sont manifestes mais ne laissons pas croire que nous pourrons demain nous en priver ; en agriculture conventionnelle comme biologique. Poursuivre les efforts nécessite d’investir, de faire confiance à la science, à la génétique, à l’agronomie sauf à laisser à d’autres choisir notre avenir. Travailler avec du vivant n’est pas chose aisée et nécessite humilité et remise en question. Peut-on pour autant laisser les producteurs sans solution ? Que nous répondent les responsables politiques qui nous avaient assuré quand la colère agricole grondait que ce ne serait pas le cas ?  

Le principe de précaution a mué en principe d’inaction

Le principe de précaution a mué en principe d’inaction et les marchands de peur se sont déchaînés reprenant les méthodes déjà utilisées lors des débats sur le nucléaire. Les données géopolitiques ont été largement bouleversées ces dernières années et dans le combat sans merci que se livrent les grandes puissances mondiales, la souveraineté alimentaire sera un enjeu de premier plan. Nos ventres pleins nous l’ont fait oublier.  Nos fermes ne sont pas délocalisables, elles sont très majoritairement familiales, en production animale, végétale ou spécialisée. Elles créent de la valeur, maillent le territoire et sculptent au gré des saisons les paysages. Les débats existent au sein de la profession agricole sur la meilleure voie à emprunter en fonction des contraintes de production, du territoire, du climat, des techniques mais l’acte de production reste le cœur vivant de notre engagement. Nourrir est une fierté. C’est la raison pour laquelle, si nous avons pris acte de la décision du Conseil Constitutionnel, parce que nous respectons les institutions, il n’est pas question pour nous de renoncer. 

Faire croire aux Français, qui aiment leurs agriculteurs, que leur agriculture serait là pour les empoisonner n’est pas une erreur, c’est une faute

Faire croire aux Français, qui aiment leurs agriculteurs, que leur agriculture serait là pour les empoisonner n’est pas une erreur, c’est une faute. La rudesse et l’adversité de ce beau métier, porteur de sens, nous ont appris l’abnégation et la détermination, sauf à disparaître. A nous d’en convaincre les Français ».

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