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Syndicalisme
Arnaud Rousseau : «La FNSEA ne renonce jamais, ni à ses valeurs, ni à ses combats»

À quelques semaines du 80e congrès de la FNSEA qui se tiendra à Caen (Calvados) les 31 mars, 1er et 2 avril, son président, Arnaud Rousseau, a bien voulu répondre à nos questions.

Le congrès de la FNSEA qui se tient cette année à Caen est un congrès électif. Êtes-vous candidat à votre réélection ?

Après une longue réflexion personnelle et professionnelle, j’ai informé le Conseil d’administration et le réseau il y a quelques jours que je sollicitais leur confiance pour un nouveau mandat à la tête de la FNSEA. J’ai pris cette décision à l’aune des crises agricoles que nous traversons depuis longtemps déjà et à l’aune des soutiens que j’ai trouvés dans une équipe soudée et solide pour mener des combats en France, en Europe et pour replacer l’agriculture au cœur des débats. Nous devons affronter les défis qui nous attendent et surtout ne pas refuser l’obstacle.   

Avez-vous un moment douté de vous représenter ? Si oui, pourquoi ?

Je n’ai jamais douté à titre personnel des capacités de la FNSEA, syndicat à vocation économique, à faire bouger les lignes. Il est vrai que porter cette ambition collective, porter la voix des agricultrices et des agriculteurs pour faire en sorte que la FNSEA soit plus performante et fasse mieux entendre ses propositions, demande un travail d’introspection. J’entends aussi les questionnements extérieurs. Être président d’un syndicat national est exigeant et à l’image d’autres fonctions, nous sommes directement à portée de critiques. Je constate çà et là que d’autres syndicats ont changé de gouvernance au plus fort de la tempête... Ce qui m’anime, et c’est ce qui a été décisif, c’est le collectif et la diversité de tout le réseau FNSEA. C’est une aventure humaine, prenante, mais extraordinaire, que de rencontrer tous ces agriculteurs et agricultrices, quels que soient leurs productions, leurs territoires, qui incarnent si bien ce goût d’entreprendre qui m’est cher et autour duquel j’ai la conviction que nous nous rassemblons.

Quel bilan tirez-vous de votre premier mandat à la tête de la FNSEA ?

Je ne pense pas être le mieux placé pour répondre à cette question. Je dirais, avec tout le recul nécessaire, qu’au cours des trois dernières années, j’ai tenté de réaffirmer la vision des hommes et des femmes qui vivent de ce métier et de tracer collectivement un horizon qui nous permette de dégager du revenu, d’investir et de transmettre. Ensemble, nous avons porté nos propositions au Parlement sur les différents projets de loi d’orientation, de finances, de financement de la Sécurité sociale... Nous nous sommes mobilisés avec force et conviction à de nombreuses reprises depuis 2024 pour repositionner l’agriculture en tête des priorités politiques et réussir à pousser la Commission européenne dans ses retranchements sur le dossier du Mercosur, alors même que beaucoup croyaient la bataille perdue. Nous avons également entamé le processus de transformation de la FNSEA pour remettre en adéquation notre fonctionnement, les attentes de nos adhérents et notre ambition pour l’agriculture française. Je reste lucide. Les chantiers sont encore nombreux. Cependant, ces trois dernières années ont renforcé ma certitude que la FNSEA ne renonce jamais, ni à ses valeurs, ni à ses combats et qu’elle demeure plus que jamais un syndicat qui entend la colère et les inquiétudes du terrain pour les transformer en revendications et en solutions.     

Quelles sont vos satisfactions ? Vos regrets ?

Au risque de me répéter, ma grande satisfaction est celle de notre collectif et le fait que la FNSEA est reconnue comme un syndicat qui construit, qui donne des perspectives, qui élabore des projets, y compris en temps de crise. Nous l’avons constaté ces derniers mois avec la crise de la dermatose nodulaire contagieuse. Nous n’avons pas cédé à la panique, en lien avec nos associations spécialisées, la FNPL (producteurs de lait) et la FNB (producteurs de viande bovine), nous nous sommes appuyés sur les scientifiques qui ont travaillé sur le protocole à suivre. 
À raison puisqu’aujourd’hui la situation est sous contrôle. Côté regrets, le résultat des élections aux Chambres d’agriculture nous a interrogés sur notre capacité à porter auprès des agriculteurs un projet structuré et construit de propositions. Il nous a aussi questionnés sur le rôle des réseaux sociaux. C’est tout l’objet du chantier de transformation du réseau que nous menons et qui vise à adapter nos fonctionnements après quatre-vingts ans d’existence.

Quels seront vos objectifs pour votre prochain mandat de trois ans ?

Si le Conseil d’administration décide de m’accorder sa confiance pour les trois prochaines années en renouvelant mon mandat de président de la FNSEA, mon objectif sera clair : continuer à faire de la FNSEA un syndicat utile, influent et tourné vers les solutions, au service concret des agriculteurs. La FNSEA est un corps intermédiaire. Elle n’a pas vocation à cogérer ou à cogouverner, mais à peser, à proposer et à faire bouger les lignes. C’est notre responsabilité syndicale : porter des solutions réalistes, construites avec le terrain, et mener des combats concrets pour que notre vision de l’agriculture française devienne une réalité. Cette vision repose d’abord sur un pilier fondamental : le revenu. Sans revenu, il n’y aura ni transitions réussies, ni investissements, ni renouvellement des générations. On n’attirera pas de jeunes agriculteurs et agricultrices en leur promettant 60 heures de travail par semaine pour moins d’un Smic. C’est une bataille centrale que nous continuerons à mener avec détermination.

Nous savons aussi que le contexte politique est aujourd’hui bloqué et que le changement de logiciel que nous appelons de nos vœux ne se produira pas avant la présidentielle de 2027. Pour autant, nos revendications restent pleinement d’actualité, en France comme en Europe. L’agriculture est la seule politique véritablement intégrée de l’Union européenne : elle mérite d’être traitée comme telle. Les règles et les accords de libre-échange déséquilibrés fragilisent nos agriculteurs, et la réforme de la Pac actuellement sur la table n’est pas acceptable en l’état. Ce sera le combat majeur des semaines et des mois à venir.

Enfin, ce mandat devra aussi être celui de la transformation de la FNSEA elle-même. Nous devons accompagner concrètement l’évolution de notre syndicat et de notre réseau pour les armer face aux défis à venir, maintenir notre place de premier syndicat agricole de France et apporter à nos adhérents des réponses et des solutions toujours plus adaptées à leurs réalités. C’est à cette condition que la FNSEA restera forte, légitime et utile.

Le prochain congrès va-t-il apporter quelques mouvements au sein du Conseil d’administration ?

Indéniablement comme à chaque congrès. Certains administrateurs ont fait savoir qu’ils souhaitaient cesser leurs responsabilités pour se consacrer à d’autres mandats. Certains ont pris d’autres fonctions, par exemple dans les chambres d’agriculture… Il ne faut y voir ici que la vie normale d’une organisation. Des changements sont attendus sur la composition du Conseil avec la montée en puissance de la féminisation de nos instances ; comme nous nous y étions engagés lors du congrès de Grenoble en mars 2025. La diversité des expériences reste une richesse inégalable.

Quel sera le thème de votre rapport d’orientation ?

Travaillé par un groupe d’élus présidé par Yohann Barbe, porte-parole de la FNSEA et, par ailleurs, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), ce rapport regroupe nos propositions pour replacer l’agriculture et l’acte de production au cœur du projet de société de la France, en construisant une agriculture productive, durable et souveraine, fondée sur la juste rémunération et la liberté d’entreprendre.

Pour la première fois, ce rapport est issu d’une grande consultation des agriculteurs menée cet été par les Fédérations départementales, qui a permis de faire remonter tous les sujets de préoccupation et les propositions du terrain. Sur cette base, nous en avons extrait les mesures à même de faire changer le logiciel de la politique agricole française que nous adressons au prochain président de la République. Ce que nous demandons, c’est un changement profond dans l’approche des sujets agricoles qui doit permettre à la France de retrouver le chemin de la production sur son territoire. Pour cela, il faut agir en priorité sur ce qui relève de la prérogative d’un président : nous exigeons une vision, la consolidation du rôle stratégique de l’agriculture avec une réforme constitutionnelle pour la reconnaissance de l’agriculture comme activité d’intérêt général majeur et une ambition européenne et internationale qui repose sur la valorisation de l’acte de production. Avec ce projet, nous interpellerons tous les candidats à l’élection présidentielle, car nous en faisons une base d’engagements sur laquelle nous jugerons de leur engagement pour l’agriculture des prochaines décennies.

Pensez-vous que les hommes et les femmes politiques aient véritablement pris conscience de l’intérêt hautement stratégique que constitue notre agriculture ?

Je ne pense pas que les hommes et les femmes politiques se posent cette question tous les jours, malgré le fait qu’ils aient rendez-vous avec l’agriculture trois fois par jour. Nous verrons bien leur attachement à cet intérêt stratégique quand ils passeront aux travaux pratiques, c’est-à-dire quand ils affronteront l’exercice réel de la loi d’urgence agricole. Nous avons demandé et obtenu cette loi pour maintenir le sujet agricole en haut de la pile des préoccupations du pays, dans un moment où trop d’agriculteurs n’arrivent pas à vivre de leur métier. Ce sera l’occasion de compter d’un côté ceux qui soutiennent des agricultures qui produisent pour des marchés et des consommateurs et de l’autre, ceux qui vont nous expliquer qu’ils sont «conscients de cet intérêt», mais qui feront tout pour entraver ces productions et alimenter un peu plus la paupérisation de notre secteur d’activité. En déplacement en Haute-Saône le 3 février, le président de la République a indiqué que «produire n’était pas un gros mot».

N’est-ce pas trop tard quand on liste toutes les entraves à la production que subit le monde agricole mais aussi toute la chaîne de transformation en termes de normes ?

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est une antienne que nous répétons depuis des années. Je constate simplement que depuis plus de huit ans, malgré les promesses, le dossier du stockage de l’eau est totalement bloqué. L’ensemble de nos productions est en baisse et nous importons toujours plus. La balance agroalimentaire qui était un atout — elle était encore excédentaire de plus de 10 milliards d’euros en 2022 — est aujourd’hui déficitaire ! Il a suffi de quatre ans. Oui, produire n’est pas un gros mot. Oui, produire est un acte noble et nous sommes tous fiers de notre métier. Maintenant, il faut mettre une réalité sur les mots, passer aux actes, c’est-à-dire, nous donner les moyens de produire. Nous espérons que la loi d’urgence s’inscrira dans cette ambition. Nous inscrivons d’ores et déjà cette perspective dans le temps long avec notre rapport d’orientation.

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Les attentes de la FNSEA pendant le Sia

Cette année, le Salon international de l’agriculture (Sia) intervient «à un moment charnière» pour le secteur, selon Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. Face à un déficit commercial agroalimentaire inédit en 2025, une baisse de production et une hausse des importations, il alerte sur la pression économique et réglementaire qui pèse sur les exploitations françaises. «Notre production recule. Nos importations progressent. Nos exploitations subissent une pression économique et réglementaire croissante. Ces signaux ne peuvent plus être relativisés», souligne-t-il.
Pour faire face à cette situation, Arnaud Rousseau réclame une loi d’urgence agricole, qu’il qualifie de «loi de réarmement agricole». Selon lui, celle-ci doit permettre de «produire davantage en France», «simplifier les procédures administratives», «sécuriser l’accès à l’eau», «alléger les charges», «Protéger les élevages» ou encore «mettre fin aux surtranspositions qui fragilisent la compétitivité». «Il faut dépasser les intentions. Il faut des actes. Le débat parlementaire doit permettre d’apporter des réponses concrètes et rapides aux agriculteurs», insiste le président de la FNSEA.
Alors que le temps législatif de la mandature est limité, Arnaud Rousseau appelle les parlementaires à faire preuve de courage politique : «Nous en appelons au courage politique des parlementaires pour faire aboutir cette loi d’urgence agricole, premier pas décisif pour renouer avec la production en agriculture.» Pour lui, le Salon sera un moment de vérité pour l’agriculture française, qui mérite «constance, cohérence et courage politique». «L’avenir agricole de la France dépendra aussi des futurs choix politiques du pays. Assumerons-nous pleinement une politique de production ? Ferons-nous de la souveraineté agricole une priorité durable ?», interroge-t-il.

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