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Audits-conseils : un plan pour aider les éleveurs à passer la crise

Lancée par le Conseil régional Hauts-de-France, le 11 mars dernier, la phase test des audits-conseils vient de s'achever. Premier bilan.

Les indicateurs économiques étudiés révèlent un même constat : tous les éleveurs sont en grande difficulté.
Les indicateurs économiques étudiés révèlent un même constat : tous les éleveurs sont en grande difficulté.
© Emeline Bignon


A l'heure où nombre d'éleveurs en difficulté se posent la question de continuer ou pas dans l'élevage, le temps n'est plus au diagnostic pur et dur tel que cela leur a été proposé par le passé, le dernier datant de 2009. D'autant que la disparition de l'élevage sur le territoire aurait des effets collatéraux sur les abattoirs, les industries agroalimentaires, l'emploi et les paysages. Or, dans une région où le chômage sévit et où les industries ne sont pas épargnées par la crise, c'est un luxe que les Hauts-de-France ne peuvent vraiment pas se permettre. Aussi le Conseil régional Hauts-de-France a-t-il lancé, dans le cadre de son plan d'urgence en faveur de l'élevage des audits-conseils (cf. encadré), dont l'objectif est d'accompagner les éleveurs pour les aider à surmonter leurs difficultés.
Pour ce faire, un test grandeur nature a été réalisé sur cinq exploitations par département de la grande région, soit vingt-cinq audits-conseils au total. De quoi aussi tester la méthode retenue, vérifier qu'elle correspond bien aux attentes, puis concevoir les besoins en conseil pour la mise en oeuvre du plan d'actions. Sur les vingt-cinq audits-conseils, quatorze ont concerné des exploitations laitières (de 28 à 300 ha, produisant 175 000 l à 1 450 000 l), huit des exploitations de bovins viande (de 70 ha à 437 ha, et de 45 à 115 VA), et trois de porcs (de 72 à 138 ha, et de 90 à 150 truies). Ils ont tous été menés par des conseillers des chambres d'agriculture de la région.
Premier enseignement : une majorité des exploitations sont concernées par des problématiques structurelles plutôt que conjoncturelles.
Deuxième enseignement : point de spécificités d'un département à l'autre. «C'est fondamentalement une région de polyculture et d'élevage, avec une particularité sur la filière bovins liée, en lait, à la spécialisation d'un certain nombre d'exploitations, faisant que le chiffre d'affaires de la production laitière est plus important que celui réalisé par les cultures», précise Fabrice Riquier, en charge du pilotage des audits-conseils avec Jocelyne Machefer. Si spécificité il y a, elles «sont plutôt à l'intérieur des départements», ajoute-t-il. Troisième enseignement : «plutôt que des surprises, surtout des confirmations.»

Les indicateurs économiques
Que ce soit sur l'efficacité économique, le revenu disponible ou l'autonomie financière, ces indicateurs économiques révèlent que les éleveurs sont tous en grande difficulté. Sur l'efficacité économique (EBE/PB), elle est d'un niveau correct à 30 %. Or, celle-ci est entre 8 et 33 % en bovins lait et bovins viande. Quant aux exploitations de porcs, elles ne dépassent pas les 14 %.
Pour ce qui est du revenu disponible par rapport à l'unité de main-d'oeuvre, en bovins lait et viande, il oscille entre - 11 000 EUR et 17 000 EUR ; en porcs entre - 25 000 EUR et - 7 000 EUR. «Pour le calcul des coûts de production, on base normalement le revenu sur un Smic et demi. Or, on n'atteint même pas 18 000 EUR dans toutes les filières», précise Fabrice Riquier.
Quant à l'autonomie financière (annuités/EBE), le risque est estimé d'ordinaire au-dessus de 65 %. Or, dans la filière bovins lait, l'autonomie est entre 54 et 200 %, dans la filière bovins viande entre 50 et 154 %, et dans la filière porcs de 131 à 200 %. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Si, pour certains, la situation s'est aggravée depuis l'été dernier, pour d'autres, cela a commencé bien plus tôt, ce qui révèle un problème d'anticipation dans leur gestion.

Trois leviers pour agir
Ce qui pose problème est le coût de la mécanisation. Dans 80 % des situations étudiées, il y a une tendance au suréquipement. Si l'on veut améliorer son EBE ou son revenu, il faut donc se pencher sur les charges de mécanisation.
Sur le plan technique, des améliorations sont possibles dans les trois quarts des cas, soit sur la qualité du lait, soit sur la mortalité des animaux, soit sur les problèmes sanitaires, soit sur la gestion des prairies, ou encore la surveillance, et donc la réussite des vêlages. Autre source d'économies potentielle : les semences, les phytosanitaires et les engrais. «Les effluents d'élevage apportent de l'azote, du phosphore et de la potasse, ce qui permet de faire des impasses sur les engrais de fond», cite, par exemple, Fabrice Riquier.
Pour ce qui est de l'environnement social, la question fondamentale à résoudre est la suivante : comment améliorer sa qualité de vie par rapport au travail ? L'audit met en lumière que tous les exploitants, bien qu'accompagnés par leur coopérative, laiterie, centre de gestion ou autre, se sentent seuls. Ce sentiment d'isolement est renforcé par une relation avec les autres exploitants ou salariés qu'ils considèrent trop limitée dans la plupart des cas.
Un sentiment qui révèle, en fait, un problème d'organisation de travail. Mais la réflexion à mener sur le sujet est rarement abordée, car la plupart des éleveurs utilisent souvent de la «main-d'oeuvre bénévole», à savoir les parents ou autres mem­bres de la famille disponibles. De même, nombre d'entre eux ont préféré automatisé leur production en investissant, par exemple, dans un robot plutôt que de prendre un salarié. «Il ne faut pas voir le salarié seulement comme une charge, rappelle Fabrice Riquier. Trois types de solutions existent : soit on investit dans de la main-d'oeuvre, soit on automatise, soit on simplifie les pratiques. Il faut prendre le temps d'y réfléchir. Cela doit être d'ailleurs le premier poste de réflexion sur le fonctionnement d'une exploitation.»
Une fois tout cela posé, si la taille des exploitations fait que les problématiques ne sont pas tout à fait les mêmes, reste qu'une même question transversale à toutes les thématiques pointées doit se poser : pourquoi en sont-ils arrivés là ?
D'où l'importance, une fois les forces et faiblesses de l'exploitation définies, de faire un retour de ces éléments avec l'éleveur, le centre de gestion, la banque et la chambre d'agriculture afin de définir le plan d'actions à arrêter. L'étape suivante : l'enclenchement de la phase conseil pour s'attaquer aux principales problématiques identifiées. «Toutes les solutions ne seront pas trouvées demain. Il faudra parfois un peu de temps», prévient cependant Fabrice Riquier. De la patience, il en faudra aussi aux éleveurs qui feront cette démarche, car le nombre d'intervenants, aujourd'hui une quinzaine, et bientôt une cinquantaine, risque d'être insuffisant si les demandes se multiplient très vite. Entre le dépôt de votre demande et le lancement de l'audit, comptez au moins un mois.

En quoi consiste l'audit-conseil ?

- Cela concerne qui ?
Pour le moment, tous les éleveurs, notamment bovins, ovins, porcs et lapins, à condition qu'ils en fassent la demande. Le dispositif est aussi ouvert aux éleveurs qui auraient besoin d'une restructuration de leur dette, comme aux jeunes agriculteurs et récents investisseurs. C'est gratuit.

- De quoi s'agit-il ?

L'accompagnement proposé se fait en deux parties. La première est l'audit, qui se décline en trois phases : un diagnostic qui prend en compte l'ensemble des dimensions de l'exploitation (une quinzaine de thématiques abordées) ; la définition des points forts et faibles de l'exploitation, avec les marges de progrès qu'elle peut réaliser ; puis, le plan d'actions partagé. La seconde partie porte, elle, sur le conseil, soit deux demi-journées, pour mettre en oeuvre le plan d'actions.

 

 

- Comment entrer dans le dispositif ?

 

Une adresse mail dédiée servant de guichet unique : planregional.soutienelevage@npcpic-elevage.fr et un n° vert 0800 02 60 80.

 

180 demandes étaient déposées au 18 avril sur 14 000 éleveurs dans la région. Tous ne sont pas dans la difficulté cependant. Ils seraient 6 700 à être dans ce cas, selon Christophe Buisset, président de la Chambre régionale d'agriculture du Nord-Pas-de-Calais-Picardie.


Une méthode en cours d'évolution

Le test «grandeur nature» a soulevé d'entrée de jeu une première question : sur quelles références se baser pour faire la comparaison avec les exploitations auditées ? Deux options possibles : des références régionales ou des références nationales, par système d'exploitation. La première semble la plus pertinente. Autre question : quel objectif se donner par rapport aux références édictées ? Deux options : combler toute la différence entre le résultat de l'exploitation étudiée ou y aller pas à pas. La seconde semble, là aussi, la plus raisonnable. Une fois cela dit, «c'est un outil bien fait, dans la progressivité des problématiques abordées, comme dans la validité des réponses. On se rend compte cependant que certaines questions n'ont pas vraiment d'utilité (exemple : organisation de son espace bureau), comme il est nécessaire d'ajouter d'autres critères techniques et, surtout, financiers. Il faut vraiment aller plus loin sur la partie financière avec les partenaires impliqués», note Fabrice Riquier.

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