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Bernard Warlop : l’esprit «groupé» autour de la fécule

Il est à l’origine de la création du groupement des producteurs de pommes de terre féculières pour Vecquemont, comme de la coopérative en 2010.

© AAP

Il a pris sa retraite il y a quatre à cinq ans, laissant le soin à son fils d’assurer désormais l’avenir de l’exploitation familiale. Mais sa passion pour la pomme de terre féculière est telle qu’il n’y a pas une seule campagne, depuis sa retraite, où Bernard Warlop n’a pas résisté à la tentation d’être dans les champs. «Rien ne peut lui faire abandonner ses patates», commente son épouse.
Pourtant, rien ne le prédestinait à se lancer dans cette culture. Fils d’agriculteurs, Bernard Warlop pensait suivre les pas de ses parents, venus s’installer dans le Vermandois à la fin des années 1950, pour développer leur production d’élevage porcin, débutée dans le Nord. «Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, c’était encore dans l’esprit de l’époque, en agriculture, que de faire la même chose que ses parents. Dès l’âge de 16 ans, on travaillait à leurs côtés. Chacun de nous avait une responsabilité dans la ferme», se souvient-il.
Mais, avec sept enfants à la maison, il n’y a pas de place pour tout le monde. Le père ayant transmis le virus de l’agriculture à son fils Bernard, ce dernier décide de rester dans ce secteur d’activité lorsqu’il quitte la maison familiale. C’est dans le canton de Bernaville, à Heuzecourt, qu’il trouve son bonheur en 1976 : une ferme d’élevage de vaches laitières. Mais son envie est de faire du porc.
Sa femme «n’aimant pas les bêtes» et se souvenant encore de la galère traversée par sa famille quand, une année, ils avaient été obligés d’abattre tous les animaux en raison de la peste porcine, il reconsidère sa position. C’est alors l’époque du boom économique des céréales. Bernard Warlop réoriente donc ses terres vers la production de blé, d’escourgeon, de pois protéagineux et de betterave. Son intérêt pour les évolutions agronomiques et la technicité lui permet d’atteindre, dès les premières années, de très bons résultats, comme d’être à l’origine, avec une petite poignée de passionnés comme lui, de la création du Gitep en 1986. «On voulait aller toujours plus loin. On était en quête de savoir», raconte-t-il.

Le déclic
Retour en arrière. La chute du prix des céréales à la fin des années 1970 et l’absence de débouchés dans la betterave l’obligent, une nouvelle fois, à reconsidérer ses choix. Le déclic vient d’une rencontre avec un représentant de la maison Roquette. L’industriel lui propose un contrat. Bernard Warlop prend une autre option : faire juste un hectare de plants. «Je voulais connaître mon parcours de plants. J’ai pris le risque de dire non à Roquette, qui voulait que je me lance tout de suite», raconte-t-il. L’essai étant concluant, l’année suivante, il signe un contrat avec l’industriel pour une production de pommes de terre féculière sur 15 ha.
Au fur et à mesure des années, l’agriculteur développe sa production, passant de 15 ha jusqu’à une bonne centaine, grâce à des reprises, des locations et des échanges de terre avec les voisins. Il fait même de la prestation de services pour quelques agriculteurs, gérant, pour eux, la production de pommes de terre féculières sur leurs terres. La pomme de terre féculière devient rapidement, et de très loin, la production principale de la ferme. Les rendements et les prix sont là. Il a fait le bon choix. Ce pionnier dans son secteur entraîne très vite dans son sillon un certain nombre d’agriculteurs, peu enclins au départ à se lancer dans cette production.

Une stratégie gagnant - gagnant
Ses compétences, son sens des affaires, sa pondération et sa passion pour cette production attirent l’attention du Syndicat de la pomme de terre de la Somme. Alors dans une impasse dans des accords interprofessionnels, le président du syndicat est à la recherche de celui qui saura sortir du conflit avec une solution honorable pour les producteurs. «Il fallait défendre nos revenus et structurer la profession, trop dispersée en raison des contrats individuels passés avec l’industriel», commente-t-il. Il est élu par ses pairs en 1988.
Une idée n’a de cesse de lui trotter dans la tête. «On livrait tous à la même usine, mais chacun de son côté. Il fallait à tout prix mettre fin aux accords particuliers pour aller vers des accords collectifs. Il y avait plus de mille contrats particuliers», se rappelle-t-il. D’où l’idée d’un groupement. Mais mettre tout le monde d’accord n’est pas chose aisée. Qu’importe. Pour lui, c’est le seul moyen d’avoir une stratégie «gagnant - gagnant» avec l’industriel. Le Groupement de producteurs de pommes de terre féculières pour Vecquemont est porté sur les fonts baptismaux en 2006.
Si Bernard Warlop a toujours privilégié le dialogue avec la maison Roquette, il proposera pourtant, une année, aux producteurs du groupement, de bloquer l’usine. «Chacun d’entre nous avait un tonnage contingenté. On voulait savoir quoi faire des excédents et connaître les engagements pour l’année suivante, mais l’industriel ne nous donnait aucune réponse. J’ai proposé de bloquer l’usine. Tout le monde a suivi et, grâce à la mobilisation, la discussion a avancé avec l’industriel», se souvient encore Bernard Warlop.
Toujours dans cette même idée de structurer la profession pour la rendre plus forte, plutôt que chaque département fasse ses assemblées générales dans son coin, il propose de les faire ensemble. Il fera aussi partie des fondateurs de l’Unpt. Toujours à l’affût des moindres évolutions, que ce soit en matière agronomique ou en matière réglementaire, en 2010, Bernard Warlop propose avec d’autres élus du Groupement des producteurs de mettre en place une coopérative. «Avec les nouvelles orientations européennes, on craignait de perdre notre outil industriel dans le département. Mais mettre en place la coopérative n’a pas été facile. Les producteurs n’étaient pas très convaincus. Pour eux, c’était le boulot de l’industriel, pas le nôtre. Je n’ai eu de cesse de leur répéter que si on voulait garder l’usine dans le département, c’était à nous de l’alimenter, et qu’on pouvait le faire, car la fécule est une production viable et rentable», raconte-t-il.
Son sens de la stratégie, de l’observation et la finesse de ses analyses font que la coopérative, dont il a quitté la présidence, peu après sa retraite, recherche toujours ses conseils et ses réflexions. Son épouse a raison : rien ne détournera jamais Bernard Warlop de cette production.

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