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Bien cultiver la luzerne pour une bonne valorisation

Une excellente tête de rotation, pérenne, et surtout intéressante dans la ration du troupeau :  la luzerne a des atouts indéniables. Avenir conseil élevage (ACE) y consacrait une demi-journée technique ce 1er juin. 

Parmi les points clés de la réussite de la luzerne : celui de la récolte. 
Parmi les points clés de la réussite de la luzerne : celui de la récolte. 
© Entraid.com

Voilà dix ans que Didier Poyelle, polyculteur et éleveur laitier installé à Lincheux (commune de Hornoy-le-Bourg), cultive de la luzerne. «Plusieurs raisons m’ont amenées vers cette culture, expliquait-il lors d’une demi-journée technique sur le sujet qu’organisait ACE le 1er juin.  Pour la ration de mes vaches (850 000 l de lait par an), je cherchais à apporter plus de fibres pour compenser les gros volumes de grains du maïs. Il fallait un apport de cellulose. La luzerne me permet aussi de valoriser des terres à petit potentiel, et de les nettoyer en graminées.» Il en cultive désormais 10 ha et y voit les avantages. «C’est une sécurité en termes de fourrage. Quand l’herbe ne pousse plus, la luzerne pousse encore. Elle souffre peu du manque d’eau grâce à ses racines qui descendent jusqu’à 1,50 m en profondeur.»

Pour être rentable, la légumineuse fourragère doit cependant être productive. Son itinéraire technique est donc à maîtriser. Première étape : le semis. «Comme il s’agit d’une plante pérenne, qui reste en place environ trois ans, il faut absolument réussir son implantation», prévient Teddy Rioufreyt, ingénieur chez le semencier Cérience. La culture est favorable à la plupart des sols dotés d’une bonne structure, hormis les sols limono-argileux hydromorphes. Un pH de 6,5 est idéal. 

«La légumineuse se sème après la récolte, en août, ou au printemps, entre février et début avril. Le TCS est adapté. Il est aussi possible de la semer sous couvert, dans de l’orge par exemple. Visez un objectif de 900 pieds/m2 pour 500 à 600 pieds levés», conseille Teddy Rioufreyt. Les petites graines sont à semer en surface et à bien rappuyer ensuite. Le choix variétal doit se faire selon la productivité, la teneur en protéines, la résistance à la verse, aux maladies (verticilliose et anthracnose) et aux nématodes. «Certaines variétés permettent largement une récolte de 17 à 19 t/ha. Mais tout dépend du climat… Et des apports.»

 

Un désherbage raisonné 

Après le semis, le désherbage. «Un désherbage de post-levée n’est pas systématique. S’il est nécessaire, il est à réaliser à l’installation, dès le stade 3 feuilles trifoliées, soit un mois et demi à deux mois après le semis.» Sur une luzerne installée, l’intervention peut se faire pendant le repos végétatif, ou avant la reprise de végétation. Le désherbage mécanique, par exemple à l’aide d’une herse étrille sur une luzerne de plus de six mois, au repos végétatif, a fait ses preuves sur les jeunes dicotylédones et les graminées. «Pour limiter le salissement, il est important de respecter une rotation d’au moins cinq à sept ans entre deux cultures de luzerne dans la même parcelle», précise le spécialiste. 

La fertilisation est également à soigner. Aucun apport d’azote n’est nécessaire pour cette légumineuse. Mais pour atteindre un objectif de 12 t de MS (matière sèche) par an et par hectare, Teddy Rioufreyt livre ses préconisations : «si le pH du sol est inférieur à 6,8, apportez 300 à 500 U/ha de calcium. Ajoutez à cela 200 à 300 U de potasse, 60 à 80 U de phosphore, 30 à 60 U de magnésium, 50 à 60 U de souffre, et des oligo-éléments (molybdène et bore).» Des apports organiques sont aussi intéressants. La culture est ensuite peu sujette aux ravageurs. «Il faut tout de même faire attention aux sitones», note Didier Poyelle. Les plus impactants s’avèrent être les campagnols. 

 

Quatre récoltes par an

Une fois une belle luzerne en place, la qualité de la récolte dépend beaucoup de la récolte elle-même. Comme la plupart des agriculteurs de la région, Didier Poyelle réalise quatre coupes par an, en général autour du 15 mai, 5 juillet, 10 août et début septembre. «Il convient de respecter un délai de quatre à cinq semaines entre deux coupes», ajoute Teddy Rioufreyt. Le stade bourgeonnement est optimal, mais il faut laisser la plante fleurir au moins une fois dans l’année (généralement la troisième coupe), pour assurer sa pérennité. Pour la fauche, préférez le matin, juste après la levée de la rosée, pour offrir une journée pleine de séchage, à 6 ou 7 cm minimum pour maximiser le séchage et favoriser la repousse. «Le fanage doit être le plus délicat possible, en évitant les heures chaudes, pour préserver les feuilles. Elles contiennent 70 % de la protéine et 90 % des minéraux et des vitamines.»

 

La semaine prochaine, retrouvez un article technique sur les modes de récolte de la luzerne et son intégration dans la ration du troupeau.

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