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Bilan de récolte 2020 : «des revenus agricoles très bas»

Une mauvaise année sur le plan économique, et cela, pour tous les systèmes d’exploitation. C’est le triste bilan que tire le Cerfrance Picardie Nord de Seine (PNS) de cette récolte 2020.

La campagne 2020 n’est pas terminée, mais elle est déjà décevante. En blé, la marge brute de 1 002 €/ha aura du mal à couvrir les charges de structure.
La campagne 2020 n’est pas terminée, mais elle est déjà décevante. En blé, la marge brute de 1 002 €/ha aura du mal à couvrir les charges de structure.
© A. P.



Des conditions météorologiques particulières, avec un automne pluvieux, puis un printemps sec et chaud, et donc des rendements très hétérogènes. Ajoutez à cela des prix peu élevés, voire en baisse pour certaines filières comme le lin et les pommes de terre, et l’impact de la crise du Covid-19… «2020 est une mauvaise année agricole sur le plan économique, et cela, pour tous les systèmes d’exploitation», résume Sébastien Daguenet, responsable développement du marché agricole au Cerfrance PNS.
En ce qui concerne la moisson, Cerfrance PNS estime un rendement moyen de 9,1 t/ha en blé. «L’hétérogénéité était frappante cette année, surtout liée aux conditions d’implantation plus ou moins bonnes et à la pluviométrie très localisée.» Le prix de vente, de 165 €/t est cependant correct. Mais la campagne n’est pas terminée. Résultat estimé, avec des charges de 500 €/ha : une marge brute de 1 002 €/ha. «On frôle tout juste l’objectif minimal de 1 000 €/ha. Les marges ont du mal à couvrir les charges de structure», analyse Sébastien Daguenet. En escourgeon, le résultat est encore plus décevant. Les rendements ne sont pas au rendez-vous avec une moyenne de 8,5 t/ha et un prix de vente de 145 €/t. «La filière brassicole a particulièrement été impactée par le confinement avec la fermeture des bars. La marge brute de 744 €/ha ne permet pas de couvrir les charges de structure.»
Les autres cultures ne rattrapent pas la déception en céréales. En colza, c’est la douche froide : un rendement moyen de 3,3 t/ha, pour un prix de vente de 370 €/t, soit une marge brute de 638 €/t.
«C’est très en dessous de la moyenne dix ans qui est de 934 €/ha. La culture commence à être boudée par les producteurs, qui la remplacent par du tournesol, des pois d’hiver, du lupin, des lentilles ou encore du maïs grain…» Les pois protéagineux sont eux aussi largement sous la moyenne dix ans (728 €/ha) avec une marge brute de 468 €/ha. Le prix, à 220 €/t est stable, mais les rendements sont très bas, à 3,5 t ha. «Pour que la culture soit rentable, il faudrait une marge brute de 800 €/ha», estime Sébastien Daguenet. Le lin, qui d’habitude présente une forte valeur ajoutée, ne redonne pas le sourire non plus. «Il cumule un ensemble de mauvais facteurs, entre la perte de qualité due aux conditions météo, les faibles rendements et l’effondrement du marché pendant la crise du Covid-19…» Comptez une marge brute de 1 206 €/ha, alors que la moyenne dix ans est de 2 080 €/ha.
La campagne des betteraves et des pommes de terre est toujours en cours, mais Cerfrance dresse une estimation, encore une fois peu optimiste. Pour cause : les betteraves ont fait la triste actualité de l’été, victimes d’attaques de pucerons ingérables depuis de retrait des néonicotinoïdes. «Les parcelles les plus au nord sont moins touchées par la jaunisse. Mais même de bons rendements ne compenseraient pas la chute des prix depuis la fin des quotas sucriers.» Cerfrance se base sur un rendement moyen de 80 t/ha, avec un prix de 23 €/t, soit une marge brute de 954 €/t. La moyenne dix ans est de 1 621 €/ha. En pommes de terre, le rendement de 43 €/t multiplié au «petit» prix de 150 €/t donne une marge brute de 3 969 €/ha, soit près de 600 €/ha de moins que la moyenne dix ans. Petit espoir en fécules, avec une marge brute de 1 798 €/ha, soit 60 €/ha de plus que la moyenne dix ans. En lait, enfin, la marge brute est estimée à 200 €/1 000 l, soit 11 € de moins que l’année dernière, mais 6 € de plus que la moyenne dix ans. «Ce n’est toujours pas suffisant pour couvrir les charges et la main-d’œuvre.»

Résilience nécessaire
Sans surprise, «le revenu agricole est bas cette année». Pour Cerfrance, une exploitation d’une SAU (Surface agricole utile) de 173 ha présenterait en moyenne un produit brut de 487 000 €, des charges réelles de 460 000 €, un EBE (excédent brut d’exploitation) de 100 000 € (- 20 % par rapport à l’objectif), et donc un revenu de 27 000 € «seulement». «Quel que soit le système, nous estimons que l’EBE ne suffira pas à rembourser les annuités et à subvenir aux besoins de l’exploitant.»
Pour Sébastien Daguenet, l’enseignement à retenir est le même qu’en 2016 : «dans la gestion de l’entreprise, les liquidités ont toute leur importance. Il manque en moyenne 20 000 € pour boucler le budget cette année, et l’équilibre financier peut être trouvé grâce à l’injection d’une déduction pour épargne de précaution. Il s’agit de la première résilience de l’exploitation.»
L’expert apporte d’autres conseils pour équilibrer son budget. «Les agriculteurs qui ont les meilleurs résultats sont ceux qui parviennent à adapter les instants au potentiel de rendement de leur sol. La technicité est gage de résultats.» Autre piste de réflexion : «raisonner le parc de matériel aux besoins. Les plus performants ont une charge de mécanisation inférieure de 100 €/ha.»


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