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Billet : « Je n'irai jamais dîner chez toi, Charline »

Charline Vanhoenacker est journaliste et humoriste belge. Chaque matin, sur la radio France Inter, elle croque un sujet d'actualité en 2 minutes, avec humour. Ce jeudi matin, le 8 octobre, elle s'est penchée avec fracas et contre-vérités sur la ré-autorisation temporaire des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave et ses conséquences pour les abeilles. Vincent Fermon, journaliste agricole et rédacteur en chef de l'Action agricole picarde lui répond.

La journaliste et humoriste belge Charline Vanhoenacker, est chaque matin, sur France Inter.
La journaliste et humoriste belge Charline Vanhoenacker, est chaque matin, sur France Inter.
© France Inter

Trop, trop c'est trop. Si on ne compte plus depuis plusieurs semaines les inepties autour de la ré-autorisation temporaire des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave, ce matin, c'était la fois de trop. J'ai frôlé l'indigestion. Pour ne pas dire un étouffement. La cause ? La fausse route d'une consoeur.

Tranquillement installé dans ma cuisine avant de partir au bureau, à l'heure du petit-déjeuner, vers 7H57, la radio diffusait en fond sonore France Inter. Je n'aurais pas dû l'allumer ce matin. D'ailleurs, je n'ai pas encore compris à cette heure-ci ce qui m'a pris ; d'habitude, j'écoute plutôt RTL et Laurent Gerra. Lui aussi raconte pas mal de conneries, mais il me fait rire au moins. Avec la chronique de Charline Vanhoenacker, j'ai ri... jaune, comme le feuillage des betteraves touchées par la jaunisse.

Charline, si tu lis ce billet comme j'ai pris la peine d'écouter ta chronique jusqu'au bout ce matin, profitons donc de ces quelques instants avant que tu ne prépares ta prochaine session pour rétablir quelques vérités, si tu veux bien.. Mais avant cela, disons-le de suite, contrairement à toi, Charline, je ne suis pas un expert de la betterave, ni des abeilles (rires).

Commençons par le début. Dès tes premiers mots, tu nous dit ceci : « La betterave tombe souvent malade (...) Heureusement, il existait un remède : s'asperger d'un produit magique... Seulement voilà, ce qui guérissait la grosse betterave était un poison pour la petite abeille... (...) C'était en fait la malédiction des néonicotinoïdes... » Mensonge ! Je tousse...

Combien de fois faudra-il le dire ? Les néonicotinoïdes, ça ne s'épand pas avec un pulvérisateur ! Pour protéger la betterave des pucerons qui leur filent la jaunisse, la solution actuelle, c'est l'utilisation de semences enrobées de néonicotinoïdes.

Une rentabilité à démontrer

Un peu plus loin dans ta chronique, mais finalement, pas si loin - 2 minutes, c'est court, mais c'est bien ainsi -, tu en remets une couche, comme si cela ne suffisait pas. Au sujet de la betterave, tu lui fais dire : « Moi, je suis super bonne en salade avec de la vinaigrette, et je rapporte de l'oseille à celui qui me cultive (alors que l'oseille, elle rapporte rien du tout)... et aussi je fais du sucre ! »

Si je t'épargne au passage un commentaire sur le rôle de la ministre Barbara Pompili dans cette affaire, c'est pour mieux me concentrer sur ces anonymes à qui tu t'en prends : les producteurs de betteraves. Je suis bien d'accord avec toi sur un point : avec de la betterave, on fait du sucre. Pour le reste, nous ne pouvons pas être d'accord... Pour le rapport à l'oseille par exemple, je te conseille modestement d'aller discuter avec quelques agriculteurs qui produisent de la betterave, tu risques d'être étonnée...

De la betterave au dîner ?!

Enfin, pour ce qui est de faire une salade avec une betterave à sucre, bon courage ! Ma pauvre Charline, dans quel livre de cuisine as-tu pu faire pareille trouvaille ?! Au secours !! La betterave en question a, certes, un feuillage vert, mais sa couleur est bien blanche quand tu voudrais la voir en rouge...

Comme toi, Charline, j'ai aussi quelques mauvais souvenirs de cantine au collège, puis au lycée. Je me suis rattrapé depuis, c'est un fait. Les mauvais souvenirs se sont un peu effacés, mais franchement, si un jour on m'avait servi de la betterave à sucre au déjeuner, je pense que je m'en souviendrais...

Remettons donc les choses simplement à leur place : la betterave à laquelle tu as décidé de consacrer un billet aujourd'hui n'a pas vocation à finir « servie coupée en petits morceaux dans une cantine scolaire ». Ok ? De Cyril Lignac à Ratatouille, on sait tous bien cela, voyons !

Pour résumer, Charline, si c'est pour me servir une aussi mauvaise soupe, et après une telle démonstration de tes talents culinaires, je suis désolé de te le dire ainsi : je ne suis pas prêt à accepter une invitation à dîner chez toi.

Charline Vanhoenacker est journaliste et humoriste belge, également animatrice et productrice de radio. Chaque matin, sur la radio France Inter, elle croque un sujet d'actualité en 2 minutes, avec humour. Ce jeudi matin, le 8 octobre, elle s'est penchée avec fracas et contre-vérités sur la réautorisation temporaire des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave et ses conséquences pour les abeilles. Le lien vers sa chronique : https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-charline-vanhoenacker/le-billet-de-charline-vanhoenacker-08-octobre-2020

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