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Cadeau de bienvenue à la nouvelle secrétaire d’Etat à la biodiversité

Vendredi 12 février, dans la soirée, la FDSEA et les JA de la Somme ont mené une action coup-de-poing devant la permanence de Barbara Pompili.

Olivier Thibaut, éleveur laitier à Belloy-sur-Somme, et président de l’UPLP de la Somme : «S’il n’a plus d’élevage dans les campagnes, il n’y aura plus de biodiversité, ni d’emplois.
Olivier Thibaut, éleveur laitier à Belloy-sur-Somme, et président de l’UPLP de la Somme : «S’il n’a plus d’élevage dans les campagnes, il n’y aura plus de biodiversité, ni d’emplois.
© AAP

L’annonce est tombée la veille. A la suite du remaniement ministériel, Barbara Pompili, députée écologiste d’Amiens, est entrée dans le nouveau gouvernement de Manuel Valls, au poste de secrétaire d’Etat à la biodiversité. Un secrétariat créé de toutes pièces. Du sur-mesure pourrait-on penser pour une écologiste, peut-être, mais un tout petit maroquin, selon certains. Petit ou grand, peu importe. Elle voulait entrer au gouvernement. Elle y est.
Les agriculteurs samariens ont donc voulu la féliciter pour sa nomination. Pour ce faire, à défaut de pouvoir la rencontrer, ils lui ont organisé, en parallèle de la cérémonie d’installation à Paris, une cérémonie à «leur mode», sans chichi ni tralala, devant sa permanence, dans le quartier Saint-Leu. En hommes galants, ils lui ont apporté, le 12 février dernier,  en début de soirée, leur cadeau à la biodiversité. «On n’avait pas assez de sous pour lui offrir un bouquet de fleurs. Alors, on lui a apporté ce que l’on a», précise Elie Vermeersh, jeune agriculteur qui vient de s’installer en élevage.
«C’est un cadeau rare qu’on lui amène, ajoute Olivier Thibaut, président de l’UPLP de la Somme. C’est un élément de la biodiversité qui va bientôt disparaître de nos campagnes si l’on continue comme cela : le fumier.» C’est leur «façon campagnarde», dit-il, de la mettre «au parfum sur la biodiversité dans le département», avant que les ors de la République ne l’éblouissent de trop et finissent par lui faire oublier la Somme.
21h30, une trentaine d’agriculteurs, six tracteurs, deux bennes remplies à ras bord de fumier se trouvent devant la permanence. Pendant que les uns affichent sur les murs du local le portrait de la députée grimée en clown - «c’est ainsi qu’on  voit les politiques. C’est un habit qui leur va bien», commente Christophe d’Halescourt, éleveur laitier à Brettencourt - d’autres taguent sur des plastiques recouvrant des palettes les messages qu’ils veulent lui faire passer. Puis, un jeune agriculteur monte dans son tracteur, équipé d’une benne remplie de fumier, qu’il déverse devant la permanence. Fin de l’action coup-de-poing pour ce vendredi soir.

«On va continuer à se battre»
«Le 30 janvier dernier, on a déposé un cercueil devant sa permanence en guise de funérailles symboliques de l’agriculture. On n’a même pas eu un coup de téléphone de sa part. Et rien n’a changé pour nous depuis. Il faut qu’on se fasse entendre. Alors, on a décidé de recourir aux grands moyens, même s’ils ne sont pas très académiques, pour attirer son attention et lui faire comprendre que nous, on vient défendre nos territoires», raconte Nicolas Patte, qui vient de s’installer comme éleveur laitier à Domart-en-Ponthieu.
La biodiversité, les éleveurs y participent tous les jours, avec leurs vaches et leurs prairies. Alors la biodiversité version grenouilles et campagnoles, «ça nous gonfle un peu, car s’il n’y a plus d’élevage dans les campagnes, il n’y aura plus de biodiversité, ni d’emplois», s’agace Olivier Thibaut. Et de ne pas comprendre les politiques dont la première priorité, aujourd’hui, disent-ils tous comme un seul homme, est la défense de l’emploi.
De Barbara Pompili, comme des autres politiques au gouvernement, ils attendent que ces derniers mettent le holà aux charges et aux contraintes environnementales qui les accablent, contribuant à accentuer la crise que traverse la filière laitière. «A Paris, ils n’ont pas l’air de se rendre compte de la situation, note Olivier Thibaut. Tous les jours, ils nous inventent de nouvelles réglementations. Quand ce ne sont pas les zones vulnérables, c’est la loi sur la biodiversité, ou encore les dates d’épandage, les Schémas de cohérence écologique, etc. On ne s’y retrouve plus. Il faut que cela cesse. Nous, on va continuer à se battre. Ce que l’on attend d’eux, c’est qu’ils se battent aussi pour défendre l’élevage dans nos campagnes.»
La pression sur les politiques ne fait que commencer. D’autres actions suivront immanquablement. «On a été écoutés par la grande distribution, qui s’est engagée à signer la charte laitière des valeurs, on va bien voir si les politiques entendent. Nous, dans tous les cas, on est et l’on reste mobilisés», conclut Nicolas Patte.

Françoise Crété s’invite à la réunion de l’amicale des maires du canton de Rue
Le même jour, en fin d’après-midi, les maires du canton de Rue étaient réunis autour du sénateur Jérôme Bignon pour parler, entre autres, de la loi NOTRe, de la biodiversité, de la COP 21. Françoise Crété, la présidente de la FDSEA de la Somme, accompagnée de Thibaut Henocque, président du canton d’Ault, a décidé de s’y rendre pour rappeler à tous les maires que chaque décision qu’ils pouvaient prendre en faveur de l’environnement ne devait pas être préjudiciable à l’économie du territoire et aux agriculteurs.
«Aujourd’hui, avec ce que vivent les agriculteurs, cela me semble déplacé de se concentrer sur l’environnement au lieu de se préoccuper des solutions qui pourraient être apportées à l’agriculture pour la sortir de la crise. Par ailleurs, tout le monde est d’accord pour préserver l’environnement, mais, à un moment, il faut prendre conscience de l’incidence économique que cela peut avoir sur l’économie de nos territoires. C’était mon message pour eux», explique Françoise Crété. Un message écouté, entendu même par certains, mais seuls les faits permettront de savoir s’il a atteint sa cible.
Et la présidente, faisant écho de la nomination de Barbara Pompili au secrétariat d’Etat à la biodiversité, de relever qu’il aurait été préférable de créer un secrétariat d’Etat à l’agriculture, «là où cela va mal». Avant d’ajouter : «La mettre à ce poste-là, c’est étonnant, car elle n’a aucune compétence ni diplôme sur le sujet. Elle ne fait que se placer, ce qui est regrettable. Que va-t-il se passer ? Elle va vouloir marquer son passage en nous faisant encore une loi. Elle va rester un an et demi en poste, puis après, elle sera payée toute sa vie par nos impôts pour avoir occupé ce poste.»
F. G.
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