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Chez Cristal Union, la campagne rassure tout le monde

Après une année 2020 très difficile, la campagne betteravière 2021 donne du baume au cœur des coopérateurs Cristal Union, à Sainte-Émilie. Le record de la plus grosse quantité de betteraves travaillées à l’usine a même été battu. 

Le marché dynamique du sucre est de bon augure. 2 000 ha de plus pourraient être emblavés au printemps, dans un rayon de 50 à 60 km autour de Sainte-Émilie.
Le marché dynamique du sucre est de bon augure. 2 000 ha de plus pourraient être emblavés au printemps, dans un rayon de 50 à 60 km autour de Sainte-Émilie.
© Alix Penichou

«On renoue avec une année normale, et ça rassure tout le monde», résume Jérôme Fourdinier, président du conseil de section de la sucrerie de Sainte-Émilie. L’usine Cristal Union a râpé sa dernière betterave ce samedi
22 janvier à 12h30, après cent-quinze jours de campagne.  «Nous atteignons presque un rendement de 90 t à 16°, avec une richesse de 17,45 t de sucre/ha. C’est tout à fait dans la moyenne cinq ans», précise Vincent Caille, responsable betteravier. L’usine a même battu quelques records. «Nous avons travaillé 1 860 000 t de betteraves, pour environ 21 000 ha. On n’avait jamais dépassé 1,8 million. Nous avons aussi cristallisé plus de 270 000 t de sucre, contre
260 000 t en 2017, mais ce volume a été atteint grâce à l’arrêt de la production de sirop cette année. Un choix logistique
», ajoute Thierry Cousson, directeur du site. 

Rien n’était pourtant acquis avant le début des arrachages. «Nous avions perdu des surfaces avec les événements Goltix duo (le désherbant commercialisé par Adama France n’était en fait pas homologué pour la culture de betteraves, ndlr). Surtout, l’année a été froide, pluvieuse, avec un manque d’ensoleillement important. Nous avons donc pris la décision de démarrer la campagne le 29 septembre, plus tard que d’habitude, pour favoriser le rendement en sucre», explique Vincent Caille. Ces conditions ont entraîné un risque maladie important. «La cercosporiose était présente très tôt en saison, puis tard, vers le début du mois de septembre. Le traitement est uniquement préventif. Heureusement, nous bénéficions d’OAD – Cristal Cerc’OAD chez nous – qui permet de ne pas passer à côté.»

Les arrachages, eux, ce sont plutôt bien déroulés, même si les sols étaient lourds et collants. «La tare terre est élevée. La moyenne est même supérieure à 12 % en fin de saison, soit 2 % de plus que la normale. Les coûts de transport sont donc un peu plus élevés.» Pas de problème de conservation grâce à la technique de nivelage et bâchage (à partir du 15 décembre), désormais bien maîtrisée. 800 000 t de betteraves ont été nivelées, et 500 000 t ont été bâchées. L’usine, enfin, a tourné comme une horloge Suisse et a permis de dépasser la cadence prévisionnelle. Même la gestion du personnel, perturbée par le Covid-19, a été bonne.

 

Objectif 30 /t 

Surtout, la coopérative annonce aujourd’hui des prix bien plus attractifs que les années précédentes. «On approche les 29 /t à 16°, alors qu’on n’y croyait pas il y a deux ans. Ceci est dû au marché du sucre en hausse, mais aussi à la performance de notre outil industriel et à la restructuration que nous avons engagé il y a deux ans», avance Jérôme Fourdinier. Le groupe se dit confiant pour la prochaine campagne. «On vise clairement les 30 /t. La betterave tient toute sa place en Picardie.» 2022 laisse donc la place à de nouveaux planteurs, ou une augmentation des surfaces. «Une campagne de cent-vingt jours est l’idéal. Nous pouvons aussi traiter un peu plus de volume chaque jour, selon la richesse», note Thierry Cousson. 2 000 ha de plus pourraient ainsi être emblavés au printemps, dans un rayon de 50 à 60 km autour de Sainte-Émilie. Pour rappel, l’entrée se fait sur capital social (sans droit d’entrée) pour les betteraves contractées de référence (BCR), avec un paiement étalé sur cinq ans. Un volume de betteraves contractées annuelles (BCA) peut aussi être accordé selon l’année, avec un taux maximum de 50 % des betteraves produites au total.

 

L’empreinte carbone de plus en plus réduite

La décarbonation est le mot phare des industriels, et Cristal Union en fait une de ses priorités. Du point de vue des efforts fournis pour réduire son empreinte carbone, l’usine samarienne n’a pas à rougir. Par exemple, depuis la campagne betteravière 2018-2019, elle est dotée d’une centrale de cogénération high-tech, qui permet au site d’être auto-suffisant en électricité. Aujourd’hui, toute l’énergie est concentrée dans la construction du centre de déshydratation doté d’un sécheur-vapeur à Sainte-Émilie. Il remplacera celui d’Epénancourt, qui fonctionne au charbon. «Ce nouveau système sera intégré au schéma thermique de l’usine. L’eau issue des betteraves lors du processus d’extraction du sucre, puis transformée en vapeur, servira à la déshydratation des pulpes avant d’être redirigée vers l’extraction des jus», explique le directeur, Thierry Cousson. La vapeur, récupérée sous forme d’eau, sera condensée et stockée dans des bassins, puis utilisée pour l’irrigation (130 000 m3). La consommation de gaz de l’usine, elle, ne devrait pas augmenter. L’investissement de 25 M€ est largement subventionné, notamment dans le cadre de France Relance. Le tout devrait être opérationnel pour la campagne 2023. Un nouvel atelier de décalcification des jus avant évaporation sera aussi opérationnel pour la campagne 2022. «Il offrira un grain d’énergie et assurera la qualité du sucre lors de campagnes longues.»
Qui dit carbone dit aussi agriculture régénérative. Pour Vincent Caille, responsable betteravier, la betterave est loin d’être incompatible. «Elle peut aller chercher ses éléments minéraux à 2 m de profondeur, donc fissure très bien le sol. Et la photosynthèse est maximale en juillet et en août, les mois les plus chauds.» Le principal souci des planteurs est l’arrachage, parfois tardif, qui peut induire un tassement des sols. «Rien n’empêche de se positionner sur un arrachage de début de campagne. Une compensation financière est en place pour les arrachages précoces. Et puis une betterave se stocke très bien. Il s’agit d’anticiper», rétorque le responsable.

 

La fin des NNI moins redoutée

85 % des parcelles emblavées pour Sainte-Émilie cette année étaient traitées aux NNI (néonicotinoïdes). Autant devraient l’être en 2022. Mais quid de l’avenir ? Chez Cristal Union, on est plutôt confiant. «Nous fondons beaucoup d’espoirs en la génétique. Nous devrions bénéficier de variétés au niveau de tolérance à la jaunisse élevée», confie Vincent Caille, responsable betteravier. Parallèlement, la coopérative s’investit au sein du Plan national de recherche et innovation (PNRI), intitulé «vers des solutions opérationnelles contre la jaunisse de la betterave sucrière». «Nous expérimentons par exemple les jachères fleuries pour favoriser la présence d’auxiliaires. Nos pratiques culturales évoluent aussi, avec des interventions précoces notamment.» Jérôme Fourdinier, président de section, note tout de même que le plus efficace pour lutter contre les pucerons est «un bon coup de gel l’hiver». 
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