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Ch’troupe Gaité, ché vedettes d’Ech’festival ed’Peronne

Les 16 et 17 février, Ech’festival ed’Peronne met à l’honneur l’héritage linguistique picard. En tête d’affiche, samedi soir, la troupe Gaité, qui joue les pièces hilarantes de Françoise Sellier depuis vingt-huit ans. En patois bien sûr !

«J’observe les gens et l’idée d’une pièce me vient. On ne s’en rend pas compte, mais en fait, tout le monde joue la comédie dans la vie !»
Voilà vingt-huit ans que Françoise Sellier, habitante de Cartigny, près de Péronne, puise son inspiration des scènes de la vie courante, pour en faire des comédies de théâtre.
«Tout a commencé en 1989, explique-t-elle. Le maire voulait organiser quelque chose pour le bicentenaire de la guerre. On a pensé à une pièce de théâtre. Soixante-cinq personnes du village y ont participé !» Il faut dire que Françoise est tombée dans le théâtre quand elle était petite, grâce à son père, qui jouait pour les prisonniers de guerre. «Le théâtre était notre loisir. Le lieu où nous pouvions nous lâcher.» Aujourd’hui, les douze acteurs, six hommes et six femmes, sont tous animés par le même désir : rire ! «Et des parties de plaisir, on n’en manque pas, assure Françoise. On est tous amis.»
Le 17 février, pour Ech’Festival ed’Peronne, sa troupe appelée Gaité (Groupe d’animation intercommunal de théâtre et d’expression), désormais célèbre dans le secteur, interprètera «Ch’qh ch’est d’viusir» (ce que c’est de vieillir), l’histoire d’une dame âgée désagréable, «genre Tati Danielle», qui fait un séjour chez sa nièce, après un passage à l’hôpital pour une fracture du col du fémur. Françoise confie : «L’idée m’est venue lorsque j’étais en centre de rééducation, pour mon épaule. Je peux vous dire que, là-bas, j’avais le temps d’observer les patients !» Puis Gaité jouera «Ech’voeillache», les péripéties de deux sœurs qui pensent avoir gagné un voyage à Venise grâce à un catalogue de vente en ligne…

Erbé ou ravise ?
La plume de Françoise s’est mise à gratter le papier lorsqu’elle s’est aperçue que les pièces en patois picard pour douze acteurs ne couraient pas les rues. «Je ne parle jamais picard, sauf, très rarement, avec quelqu’un qui parle patois. Et je ne m’en rends pas compte.» Pour autant, la Picarde a toujours entendu parler la langue locale dans son entourage. Alors les mots lui viennent sans réfléchir. «On a parfois des surprises. A Cartigny, par exemple, nous disons “erbé“ pour dire “regarde’’, alors qu’à Bouvaincourt, le village d’à côté, ils disent “ravise“.»
L’auteure se met à écrire au printemps, puis distribue les rôles en septembre. «On est toujours pressés, curieux de découvrir l’histoire et notre rôle», assure Annabelle, sa fille, qui a aussi hérité du «virus du théâtre». Françoise, également actrice, prend alors son rôle de metteur en scène. «Tout le monde la charrie parce que l’ambiance est bonne enfant, et elle le prend bien», s’amuse Annabelle. Mais gare à celui qui ne connaît pas son texte ou qui n’interprète pas son personnage correctement. «Je suis exigeante», dit Françoise avec un sourire farceur. Elle fait répéter inlassablement les acteurs amateurs qui ne parlent pas tous picard. «C’est une deuxième langue qu’ils doivent apprendre. Un sacré travail !»
La troupe partage ensuite le trac avant les représentations. Chacun a ses petites manies. Celles de Francoise ? «Je marmonne un peu, et je vérifie que le décors et les costumes soient bien en place.» S’ensuit alors une nouvelle partie de plaisir devant le public, qui s’identifie facilement aux personnages. «Lui aussi peut nous surprendre. Il ne rit pas toujours là où on l’attend.» Samedi soir, chûr qu’y aura éde quoi rire à ch’teurde !

Programme

La ville de Péronne, l’Agence régionale de la langue picarde et France Bleu Picardie organisent ce festival depuis trois ans.


Vendredi 16 février
20 heures : spectacle de théâtre, danse et chant en picard préparé par les élèves des écoles élémentaires de Péronne, avec l’Agence régionale de langue picarde.
21 heures : concert gratuit des Gambes ed min pied. Le groupe («Les jambes de mon pied», en picard), tire son nom du refrain d’une des plus vieilles chansons picardes, «Madame Duvivier». Adrien Helminiak, à l’accordéon, Eric Montegnies, aux percussions, et Amaury Laloux, à la guitare, mettent le feu la scène, paraît-il.

Samedi 17 février
Dans la matinée : rencontre littéraire à la mairie de Péronne sur l’usage du picard au théâtre.
20 heures : A l’espace Mac Orlan, lecture d’une pièce de l’auteur, péronnais, Gustave Devraient, par la troupe Ed’Chés leups d’Licourt, une des plus anciennes troupes de théâtre en picard.
21 heures : théâtre comique en picard avec la troupe de la Gaité et ses deux nouvelles pièces «Ch’qh c’est d’viusir» (Ce que c’est de vieillir) et «Ch’voeillache» (Le voyage).
Entrée : 6 € (plus de douze ans).

Billetterie : Elodie Dupont, service spectacles, 03 22 73 31 16

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