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Cultures et élevage
Combiner cultures et élevage : le raisonnement gagnant

Les complémentarités cultures et élevage ont été passées au crible de 2016 à 2020 à travers un projet qu’a piloté Agrotransfert Ressources et territoires. Objectif : contribuer au maintien de l’élevage en région, qui peut s’avérer une richesse pour les exploitations. 

Lorsque l’atelier d’élevage rend un service aux productions végétales, et réciproquement, c’est la complémentarité cultures et élevage. 
Lorsque l’atelier d’élevage rend un service aux productions végétales, et réciproquement, c’est la complémentarité cultures et élevage.
© Pixabay

D’année en année, l’élevage disparaît des campagnes des Hauts-de-France. Pourtant, bien intégré au sein d’une exploitation, l’atelier d’élevage peu s’avérer très rentable. La condition : une complémentarité cultures et élevage (CCE) efficace. C’était le sujet qu’abordait Agrotransfert Ressources et territoires lors de trois webinaires consacrés au bilan d’un projet mené de 2016 à 2020. 

La complémentarité cultures et élevage ? «La coéxistance d’un atelier de production végétale et d’un autre de production animale ne suffit pas pour la définir. Les complémentarités reflètent des interactions entre animaux et productions végétales, qui délivrent des services aux échelles de l’exploitation, entre exploitations, avec les filières», explique Claire Ramette, cheffe de projet. Quatre types de services peuvent être rendus. Par exemple, les effluents servent à fertiliser les terres cultivées, les résidus de cultures peuvent être valorisés dans la ration ou, encore, le besoin de fourrage peut permettre une diversification des rotations bénéfiques aux cultures. «Il y a une grande diversité derrière le terme CCE, en termes de modes de production, de systèmes de production et de pratiques», assure Claire Ramette. 

En témoignent les expériences des éleveurs. Bruno Meura, à la tête d’une exploitation de 116 ha et 105 vaches laitières à Esqueheries (02), tire pleinement profit des ses effluents d’élevage. «28 % de ma SAU, soit 33 ha, sont à moins de 100 m d’habitations, et sont donc non épandables. Sur les hectares restants, la pression organique excède les 170 uN/ha réglementaires. J’ai donc investi dans un séparateur de phases et mis en place une stratégie basée sur les légumineuses pour pallier à ces contraintes», explique-t-il. Concrètement, ce séparateur fonctionne comme une presse à colza : la partie solide est transformée en compost et la phase liquide est envoyée dans une fosse. Le compost peut être épandu dans la surface non épandable. Résultat : presqu’aucun intrant n’est acheté, à part du calcaire car les sols sont argileux et un tout petit peu de potasse pour le trèfle. «Je m’en sers aussi de litière pour les vaches. Avec 5 cm, cela leur fait une couchette confortable.» Une aubaine, puisque l’agriculteur ne cultive que 14 ha de céréales et devait jusqu’alors acheter de la paille. 

Pour Aude Delcourt, la conseillère de la CA 02 qui le suit, «les résultats sont très bons, tant en termes de rendements (moyenne de
100 qx/ha pour le blé) que financièrement
». Son coût en fertilisation et amendement est inférieur de 34 % par rapport aux données du réseau d’élevage Inosys. Tous les postes de dépenses sont inférieurs à cette référence (engrais azotés - 68 %, alimentation animale - 58 %, électricité 32 %, carburant - 41 %). «Le système très performant pour 4 UTH sur 116 ha, avec un revenu disponible supérieur à 1,5 Smic horaire/UTH.»

 

Au-delà de sa propre exploitation

Autre département, autres complémentarités entre cultures et élevage, mais tout aussi gagnantes. 

Sur son exploitation de 67 ha de SAU dont 29 ha à destination de son troupeau de  70 VL, à Fleurbaix (62), Jean-Marc Burette rencontrait un gros problème de gestion des adventices. «Comme j’ai peu de surface, et peu de pâturage (5 ha de prairie, et 40 ha de maïs), je ne parvenais pas à faire des rotations. J’avais beaucoup recours au maïs sur maïs, qui a causé un problème de résistance de certaines adventices et des sols de plus en plus difficiles à travailler», témoigne-t-il. La réflexion a été menée avec les agriculteurs voisins, qui n’ont pas d’élevage. «On a décidé de travailler en commun, avec un échange parcellaire, pour mettre en place une rotation intéressante. Pour la déclaration Pac, on s’est mis d’accord.»

Les rotations sont désormais du type pommes de terre, oignons, escourgeon, betteraves, maïs, blé, contre céréales maïs seulement avant. Pour Jean-Marc Burette, c’est une nette diminution des charges (jusqu’à 150 €/ha de désherbage avant, aujourd’hui moins de 50 €). Les sols sont moins fatigués. «Aujourd’hui, monsieur Burette est redescendu au niveau de la moyenne en termes d’IFT en maïs. En céréales d’hiver, il est même presque à zéro. Sans cette CCE, il serait bien pire, analyse Alexandre Carlu, conseiller à la CA Nord-Pas-de-Calais. Son exploitation comporte une bonne productivité, avec un système très performant économiquement pour 1,8 UTH pour 67 ha, et un revenu disponible supérieur à 1,5 Smic horaire net/UTH.»

 

Des partenariats gagnants

Sortir des sentiers battus : c’est la clé des complémentarités cultures et élevage optimum. Hélène et Amaury Beaudoin, éleveurs laitiers bio à Villers-sur-Auchy (60), ont un fonctionnement très original. Les 85 ha de SAU sont organisés autour d’un système 100 % herbager, pour 90 VL (4 600 l/VL). «Le pâturage est organisé autour d’un chemin, en pâturage tournant dynamique, le plus tôt possible au printemps et le plus tard possible à l’automne, présente Hélène Beaudoin. Pour l’hiver, nous avions recours à l’enrubannage, mais cela ne nous convenait pas.» Les éleveurs ont donc investi et sont passés au séchage en grange en 2007.
«Quand le foin sort du séchage, il est encore très vert, riche en vitamines et acides aminés. Les vaches en raffolent», se réjouit-elle. «Ce foin a très bonne valeur alimentaire, avec 0,86 UFL, 69 PDIN et 88 PDIE», ajoute Vincent Yver, conseiller à la CA60. Au niveau du travail,
c’est aussi plus simple. «On ramène le foin en vrac directement à l’auge grâce à la griffe.»
Le réchauffement climatique a aussi poussé les éleveurs à revoir leurs plans. «Nous avions calibré notre troupeau sur la base d’une vache par hectare. Il s’avère qu’avec les été de plus en plus sec, s’est désormais trop juste.» L’idée a donc été de développer une complémentarité avec un céréalier bio voisin. «Nous avions besoin de fourrage et lui avait besoin de luzerne dans son assolement pour apporter de l’azote et réduire la pression adventices.» Chaque année, les Beaudoin lui achètent  7,7 ha de luzerne sur pied. «Ils sont en réalité cinq éleveurs bio du secteur à avoir construit ce partenariat avec le céréalier», précise Vincent Yver. La performance est notable.  «Le coût alimentaire s’élève à 62 /1 000 l, soit dans la moyenne du groupe. Le lait est bien valorisé, notamment grâce une diversification intéressante, car une partie est vendue à un transformateur de fromage et à une petite entreprise agroalimentaire de la région parisienne, qui leur offre 15 de plus les 1 000 l par rapport au prix du marché du lait bio en laiterie traditionnelle.»
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