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Comment l'agroalimentaire français se positionne en Chine

Du 6 au 8 mai, le Sial (salon de l'alimentation) Shanghai a accueilli plus de 2 700 exposants de 82 pays désireux de développer leurs ventes sur les marchés asiatiques, et surtout celui de la Chine qui avec presque 20 % de la population mondiale et une classe moyenne qui compte environ 300 millions de personnes, fait figure d’eldorado.

Bien que les Chinois ne consomment traditionnellement pas de produits laitiers, le marché progresse vite.
Bien que les Chinois ne consomment traditionnellement pas de produits laitiers, le marché progresse vite.
© Bleuenn Carré Chen

En mai 2014, la filière charcuterie et Stéphane Le Foll, en visite sur le Sial Shanghai, se félicitaient de l’arrivée de la charcuterie française en Chine, qui devait permettre d’exporter davantage de valeur ajoutée. Une bonne nouvelle largement relayée dans les médias. Un an plus tard, les premières ventes n’ont jamais été aussi près de pouvoir… commencer.

Un parcours administratif sans fin…
Il est vrai que disposer d’un agrément - la durée du processus de son obtention se compte en année - ne signifie pas pour autant que les portes administratives de la Chine sont largement ouvertes aux importations françaises. La fromagerie Delin à Gilly-les-Châteaux (21), spécialiste du Brillat Savarin, qui réalise déjà 40 % de ses ventes à l’export et n’est donc pas novice en la matière, en sait quelque chose. «Nous sommes agréés mais nous avons aussi une liste d’une centaine de critères à respecter pour exporter nos produits en Chine. On nous demande de nombreuses analyses, dont certaines concernent la recherche de métaux lourds et la radioactivité. Si on ajoute à cela les coûts de transport, économiquement, ça devient vite le casse tête», témoigne Nathalie Barbier, responsable export chez Delin.

… mais la promesse d’un marché colossal
Les obstacles douaniers, administratifs, commerciaux et culturels n’effraient pourtant pas les candidats à l’eldorado chinois. La filière bovine, représentée par Interbev sur le Sial Shanghai, est dans les starting blocks après la levée de l’embargo lié à l’ESB. Dans le jeu des allers retours diplomatiques, le boeuf français est plutôt bien placé, en troisième position derrière les Pays-Bas et, dans une moindre mesure, l’Irlande, qui sont plus avancés d’après Carole Ly, conseillère pour les affaires agricoles à l’ambassade de France en Chine. «Les importations de viande bovine ont atteint 300 000 tonnes en 2013 mais elles ont doublé en 2014», observe, Ilona Blanquet, en charge du commerce extérieur chez Interbev.
«Si on additionne les importations de charcuterie en Chine et à Hong Kong, elles atteignent 100 000 tonnes. Il y a donc déjà un marché», observe pour sa part Robert Volut, président de la Fédération des charcutiers traiteurs, à l’attention des détracteurs de la démarche de la charcuterie française. «Notre objectif, c’était de pouvoir faire goûter pour ensuite adapter les produits. Trois entreprises ont l’agrément. Sept dossiers sont en instance en Chine et six en France (étape précédente, ndlr)», explique-t-il.

Les produits laitiers français grands absents ?
Il faut dire que le marché chinois a de quoi faire rêver. «Les Chinois consomment 50 millions de tonnes de porc par an dont 2 millions de tonnes importées. Cela peut paraître peu, mais c’est la production de la France !», rappelle Guillaume Roué, président d’Inaporc.
Pour les produits laitiers, la situation est plus simple, au moins sur le papier. La plupart des entreprises qui exportaient de la poudre de lait infantile, secteur le plus strictement contrôlé, ont reçu leur agrément et un certain nombre d’autres entreprises travaillent actuellement afin de l’obtenir. Pour les autres produits laitiers, les démarches sont plus faciles, même si le diable se cache dans les détails.
Bien que les Chinois ne consomment traditionnellement pas de produits laitiers, le marché progresse vite. Pourtant, sur le Sial Shanghai, on ne peut pas dire que les tricolores aient été très présents. Et si certains stands arboraient fièrement la bannière «produits laitiers européens», ils n’étaient pas français. La Pologne, massivement présente sur le salon, a ainsi choisi de communiquer sur cette promesse de qualité et de sécurité européenne pour séduire les consommateurs chinois.

L’interprofession laitière déjà implantée
À la décharge de la filière laitière tricolore, il ne reste plus beaucoup d’industriels sur le marché en France. Et puis, contrairement à l’industrie de la viande, qui n’est pas implantée en Chine, les entreprises laitières françaises sont déjà présentes sur le marché : Bongrain et Danone y ont une usine, Lactalis et Bel des filiales commerciales.
La coopération a également noué des liens étroits avec l’empire du Milieu ces dernières années, avec le soutien d’investisseurs chinois dans plusieurs projets de construction de tours de séchage. Et Sodiaal, outre les ventes d’eurosérum, est présent en Chine à travers des points de vente Candia, qui doivent servir de vitrine à la marque pour son développement dans la région de Wenzhou.

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