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Conjoncture : la ferme Somme retrouve peu à peu le sourire

Une bonne année économique. C’est le bilan général que dresse le Cerfrance Somme pour la précédente campagne. Et même si la crise peine à se faire oublier dans certaines filières, celle de 2018 s’annonce plutôt bonne également.

Pour cette campagne, la progression moyenne du lait est estimée à 10 € pour 1 000 l, ce qui positionnerait le prix moyen à 345 €/1 000 l, soit 5 % supérieur à la moyenne décennale. 
Pour cette campagne, la progression moyenne du lait est estimée à 10 € pour 1 000 l, ce qui positionnerait le prix moyen à 345 €/1 000 l, soit 5 % supérieur à la moyenne décennale. 
© © JC Gutner



Une augmentation des prix des céréales, des pommes de terre de consommation, du lin textile, ou encore du lait… La précédente campagne redonne un peu de souffle à la ferme Somme (échantillon d’un millier d’exploitations). C’est en tout cas ce qu’expliquaient Christian Boddaert et Sébastien Daguenet, experts conseil du Cerfrance Somme, ce lundi 24 septembre. Qu’en sera-t-il cette année ? Les professionnels se sont prêtés au jeu des hypothèses. Chiffres à prendre avec une certaine précaution, donc.
Principal indicateur : le blé, l’une des principales denrées alimentaires échangées sur le marché des matières premières et une des principales productions du département. Et les feux semblent au vert, avec un rendement moyen de 85 quintaux, mais une qualité «très satisfaisante». «Après plusieurs années de baisse de prix liée à des records de production à l’échelle mondiale, le scénario s’inverse : la baisse de la production mondiale entraînera une diminution significative des stocks, à l’exception des Etats-Unis, alors que la consommation poursuit sa hausse.» Le Cerfrance estime une moyenne de prix pour la campagne 2018-2019 de 175 €/t. Une marge brute de 1 018 €/ha serait donc dégagée, contre 821 €/ha en 2017.
Selon le Cerfrance, les marges brutes escomptées en récolte 2018 sont en hausse pour les cultures céréalières : 856 €/ha pour l’escourgeon (contre 613 €/ha en 2017), 1 140 €/ha pour l’orge de printemps (contre 710 €/ha en 2017), ainsi que pour les pois verts (1 200 €/ha contre 1 100 €/ha en 2017), les pommes de terre de consommation (5 120 €/ha contre 3 950 €/ha en 2017) et le lin textile (2 370 €/ha contre 2 170 €/ha en 2017).
Elles sont en revanche en baisse pour toutes les autres cultures. La marge brute des pommes de terre de fécule, qui ont souffert du déficit hydrique et des fortes chaleurs, dégringolerait de 2 033 €/ha lors de la précédente campagne à 1 451 €/ha. Les colzas, eux, auraient plutôt été victimes de l’excès de pluviométrie durant l’hiver et des gelées en fin de saison, qui ont entraîné une perte de biomasse importante.  La marge brute passerait donc de 1 012 €/ha en 2017 à 767 €/ha en 2018. Mais comme l’assolement est diversifié, le résultat final resterait positif pour les exploitations.

La filière laitière respire, la porcine coule
Certes, la hausse du prix du lait observée depuis un an a marqué un ralentissement depuis le printemps 2018, mais, pour le Cerfrance Somme, «un certain nombre de facteurs sont favorables à une légère croissance de ce prix». Entendez : la croissance de la collecte mondiale ralentit, la demande mondiale est dynamique en poudres maigres (+ 9 %) et en fromages (+ 4 %), le stock européen de poudre de lait écrémé commence doucement à s’écouler, la valorisation beurre-poudre est en net redressement, et la consommation des ménages français est en hausse en valeur. A nuancer avec des volumes moins importants de consommation de lait liquide et ultrafrais.
Pour cette campagne, la progression moyenne est estimée à 10 € pour 1 000 l, ce qui positionnerait le prix moyen à 345 €/1 000 l, soit 5 % supérieur à la moyenne décennale. La marge brute s’élèverait alors à 208 €/1 000 l, soit 3 € de plus qu’en 2017 et 55 € de plus qu’en 2016. Cet effet est néanmoins amoindri par le rebond du coût alimentaire, estimée à + 8 %. Résultante d’une hypothèse de la progression de prix de 25 % pour les céréales, et d’une stabilité pour le soja.
La production la plus en déclin serait en fait la porcine. «L’embellie fut de courte durée, regrette le Cerfrance Somme. Alors que les prix de vente avaient progressé d’environ 10 % en 2017, ils sont à nouveau en recul de 15 %.» Ajoutez à cela une augmentation du coût alimentaire, qui devrait encore s’accélérer. La marge sur coût alimentaire régresserait de plus de 30 %. Le revenu par porc s’élèverait donc à 2 minuscules €. Un niveau historiquement bas qui ne permettra pas de rémunérer la main-d’œuvre familiale et les capitaux investis.
Pour toutes les exploitations, les charges de structures, elles, restent importantes. Le Cerfrance Somme estime un coût de main-d’œuvre, d’installations et de frais financiers stables, une augmentation de 20 % des cotisations sociales de l’exploitant, de 2 % de la mécanisation (notamment due à une hausse du carburant), et de 1 % des frais généraux. Seul le coût du fermage est en recul de 3 %.

Revenu agricole en hausse
Le revenu agricole moyen dans la Somme, estimé pour une SAU de 170 ha, dont 56 % de Scop, 2,3 UTH et 45 000 € d’aides, s’élèverait à 60 000 € par exploitation. Le meilleur revenu annuel depuis 2012 (il s’élevait alors à 78 000 €).
«En conséquence, les indicateurs économiques de la récolte 2018 s’améliorent par rapport à 2017. Le fonds de roulement progresse légèrement (+ 1 % en un an). En raison de la diminution des encours de dettes à court terme (- 1 %), le taux d’endettement baisse à nouveau, pour se retrouver à 69 %, comme en 2015.»
Les ressources de la récolte 2018 seraient alors suffisantes pour couvrir les besoins : «il en résulterait un léger excédent, ce qui n’était pas le cas depuis six ans.» Et qui dit amélioration de la trésorerie dit progression (d’environ 20 %) des investissements. «Mais l’embellie des cours des céréales ne doit pas faire oublier les bonnes règles de la gestion d’entreprise», rappelle Christian Boddaert. L’analyse est bien sûr différente suivant le système d’exploitation. Mais, en règle générale, «sur le plan économique, le pilotage de l’exploitation doit être orienté vers l’investissement productif et l’optimisation des coûts de revient. Sur le plan financier, le pilotage doit être orienté vers la réduction des annuités situées en moyenne à un niveau trop élevé, notamment les annuités de trésorerie. La pression fiscale va devenir importante : l’investissement de renouvellement pour la réduire n’est pas une bonne solution. L’adoption de l’impôt sur les sociétés est sans doute plus pertinente».

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