Syndicalisme
Contrôles agricoles : la FDSEA de la Somme refuse de « jouer les naïfs »
Au lycée du Paraclet, Denis Bully participe ce mardi 19 mai à la rencontre organisée par la DDTM sur les contrôles administratifs. Sans boycott, mais sans blanc-seing non plus. Le président de la FDSEA de la Somme assume une ligne de crête : dialoguer avec l’État tout en dénonçant les dérives, les suspicions permanentes et « l’agri-bashing » qui minent le moral des exploitants.
Au lycée du Paraclet, Denis Bully participe ce mardi 19 mai à la rencontre organisée par la DDTM sur les contrôles administratifs. Sans boycott, mais sans blanc-seing non plus. Le président de la FDSEA de la Somme assume une ligne de crête : dialoguer avec l’État tout en dénonçant les dérives, les suspicions permanentes et « l’agri-bashing » qui minent le moral des exploitants.
L’exercice est devenu presque une tradition. Réunir administration et profession agricole pour tenter d’apaiser un sujet hautement sensible : les contrôles dans les fermes. Ce mardi, au lycée agricole du Paraclet, la Direction départementale des territoires et de la mer organise une nouvelle rencontre pédagogique destinée à rendre les procédures « plus compréhensibles et plus lisibles ». Une initiative saluée par Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme, mais qui ne masque en rien le malaise profond du terrain.
Ni boycott ni angélisme
Pas question pour le syndicat majoritaire de claquer la porte. Denis Bully revendique même une forme de responsabilité syndicale. « Nous ne boycotterons pas cette invitation : ce serait irrespectueux et irresponsable », a-t-il martelé en guise de propos introductif. « Irresponsable car en tant que syndicat, nous devons être le porte-parole de tous nos adhérents et sympathisants. »
Mais derrière cette participation, les réserves restent entières. Comme l’an dernier, la FDSEA refuse encore de signer la charte des contrôles. Motif : « une trop grande part de subjectivité » dans certaines procédures, pouvant conduire « à un sentiment d’injustice ».
Le président de la FDSEA insiste sur la distinction entre cadre réglementaire et dérive bureaucratique. « Nous sommes d’accord pour que notre profession ait un cadre de travail : un cadre simple, qui correspond à la politique publique de souveraineté alimentaire et de qualité. Les contrôles doivent en être un outil. Juste un outil au service d’une politique. »
« Des collègues travaillent à perte »
Le contexte économique, quant à lui, ajoute de l’électricité à un sujet déjà ultrasensible. Mercosur, prix du fuel, taxation des engrais, volatilité des marchés : pour nombre d’exploitants, la question ne serait plus celle du revenu, mais de la survie. « Dans la Somme, vous vous rendez compte ? Des collègues travaillent à perte ! » décrit Denis Bully, qui décrit des agriculteurs « à vif », parfois incapables de se projeter jusqu’aux prochains semis.
Dans ce climat, chaque contrôle devient potentiellement explosif. Le responsable syndical cite pêle-mêle les incohérences administratives, les subtilités réglementaires incompréhensibles et les sanctions financières disproportionnées.
« Quelle compréhension peuvent-ils trouver quand on leur dit qu’ils n’ont pas le bail de la parcelle cultivée, que le glyphosate de tel produit commercial est autorisé aujourd’hui sur cette parcelle, mais que demain sur l’autre parcelle il faudra un autre produit commercial avec le même glyphosate ? »
Plus grave encore à ses yeux : certaines suspicions déclenchées sans vérification de terrain. « L’ASP suspend 30 000 euros à un agriculteur par suspicion de fraude, en n’étant jamais allée dans sa cour », dénonce-t-il.
Le spectre du « militantisme » administratif
Au fil de son intervention, Denis Bully vise aussi une inquiétude montante dans le monde agricole : celle d’une politisation de certains corps de contrôle.
Dans son viseur, l’association Le Lierre, qui rassemble des agents publics engagés pour une « transition vers un monde post-productiviste ». Une orientation jugée incompatible avec l’impartialité attendue du service public. « Bref une association qui revendique le militantisme dans son action de service public », résume-t-il. « C’est difficile d’en faire abstraction. »
Le président de la FDSEA prend toutefois soin de nuancer son propos. Il reconnaît que « la grande majorité des situations sont, de part et d’autre, tout à fait appréciables et appréciées ». Mais il affirme que ce ne sont pas les relations normales qui marquent les esprits. Ce sont « les minorités » de dossiers où les exploitants ont le sentiment d’être traités comme des fraudeurs avant même d’avoir été entendus. « Certains se prennent pour des procureurs », glisse-t-il encore.
« Les contrôles ne doivent pas créer une fragilité supplémentaire »
Derrière les mots, la FDSEA tente surtout d’alerter sur un risque politique majeur : celui d’une agriculture française écrasée à la fois par la concurrence internationale et par sa propre administration.
« Notre préoccupation est de sauver nos entreprises », rappelle Denis Bully, inquiet de voir les importations entrer sur le territoire sans respecter les standards imposés aux producteurs français.
Le responsable syndical en appelle à une forme de lucidité collective. « Les contrôles et la façon dont ils sont conduits ne doivent pas créer une fragilité morale ou financière supplémentaire sur des agriculteurs à vif. »
Puis vient cette conclusion, presque crépusculaire, sur l’avenir du monde rural : « Notre pays ne pourra durablement administrer et contrôler de plus en plus lourdement une agriculture qui décroît de plus en plus. »
Avant de rappeler une évidence économique souvent oubliée dans les débats réglementaires : « Une agriculture active et résiliente, ce sont des emplois en zone rurale, et ce du mécanicien jusqu’au contrôleur. » Autrement dit, le jour où l’agriculture disparaitra, le métier de contrôleur disparaitra lui aussi.