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Daniel Roguet : «Il faut accompagner la transition»

C’est le dernier mandat de Daniel Roguet à la Chambre d’agriculture de la Somme. Retour sur dix-sept ans de présidence.

Daniel Roguet : «Je suis très optimiste pour l’avenir de l’agriculture, mais il va falloir s’adapter.»
Daniel Roguet : «Je suis très optimiste pour l’avenir de l’agriculture, mais il va falloir s’adapter.»
© F. G.

A votre arrivée à la chambre d’agriculture, quelles étaient ses missions principales ?
La chambre d’agriculture était surtout tournée vers les productions végétales, la réglementation et les bâtiments d’élevage. Ce qui coïncidait alors avec le profil de l’agriculture départementale, soit des productions de masse, avec des grandes filières en plein développement.

Quelles sont les orientations que vous avez alors définies ?
Nous avons lancé, avec l’ensemble des organisations professionnelles agricoles (OPA), une stratégie appelée «Somme 2020». Celle-ci reposait sur quatre axes principaux : le développement de la production de masse, l’engagement dans les territoires, le développement de la valeur ajoutée des exploitations par la diversification de leurs activités, et, enfin, la démarche Qualiterre.
C’est à ce moment-là que la chambre d’agriculture a décidé de s’engager plus avant dans la diversification, et d’autant, que je venais d’une région où cette démarche était déjà bien développée et portait ses fruits. L’idée était donc que la chambre accompagne les agriculteurs engagés dans la diversification. Pour ce faire, nous sommes passés d’un ETP (équivalent temps plein) à sept, et nous avons mis en place un collectif d’agriculteurs en diversification. De même, nous avons lancé des formations sur la vente directe et, quelques années plus tard, nous avons créé la plateforme Somme produits locaux avec le Département.
Dans la même lignée, nous nous sommes engagés dans la protection intégrée, soit des méthodes agronomiques pour diminuer autant que faire se peut l’utilisation des intrants, et particulièrement des produits phytosanitaires.

La ferme 3.0 est-elle le prolongement de cette démarche ?
Comme je le rappelle tout le temps, c’est l’agriculteur qui est venu nous trouver pour que l’on s’engage dans cette voie. Il nous a fallu une bonne année de réflexion pour définir comment on allait décliner ce projet, puis l’animer. L’idée que l’on poursuivait était de tester toutes les méthodes et tous les outils permettant de travailler notamment à la réduction des phytosanitaires dans un contexte de diversification des cultures, comme de montrer aussi les limites auxquelles nous sommes encore confrontés.
Si nous ne pouvons pas ignorer les attentes sociétales, il faut aussi que les pouvoirs publics comprennent qu’il nous faut du temps pour nous adapter et que les agriculteurs ne sont pas fermés aux évolutions. Une fois cela dit, la réduction des produits phytosanitaires est une nécessité. La ferme est, enfin, une véritable vitrine de l’agriculture permettant non seulement de montrer tout ce qui peut être fait, mais aussi un lieu de transmission du savoir et un lieu de formation.

Quelle a été la volonté de la chambre d’agriculture en matière d’élevage ?
Quand j’ai repris la présidence de la chambre, son travail sur l’élevage était essentiellement consacré à l’identification et aux bâtiments d’élevage. Elle commençait aussi à développer tout un travail autour de la production de viande bovine. Mais rien ou peu n’était fait pour l’élevage laitier. Or, nous avions la volonté politique de développer la partie élevage laitier, car la chambre d’agriculture se doit de toucher tous les agriculteurs. C’est même une question d’intérêt général pour le département, à mon sens. Pour ce faire, nous avons mis l’accent sur le conseil en production laitière, puis sur le contrôle performance lait, ce qui a permis à des éleveurs de se développer.

Quel est le rôle qu’a joué la chambre au sujet du canal Seine-Nord Europe ?
Notre mission a consisté à intervenir dans les négociations des emprises foncières, les travaux connexes et l’aménagement foncier. Notre objectif était que les terres reviennent bien aux agriculteurs ou, pour le dire autrement, que soient minimisées au maximum les emprises foncières pour conserver le maximum de surface agricole utile.

Quelles sont les réussites que vous mettriez à l’actif de la chambre ?
Sans aucune hiérarchisation, la diversification est une belle réussite. Nous avons réussi à prendre ce virage au bon moment, comme à développer les circuits courts, mais les agriculteurs doivent avoir conscience qu’il est impératif d’avoir un minimum d’organisation pour la mise en marché et la logistique, et que la qualité des produits est incontournable.
Par ailleurs, le développement de l’accompagnement de l’élevage a été une action importante. Je reste persuadé qu’il faut garder cette dynamique. Nous avons fait aussi un gros travail sur les questions d’érosion et de coulées de boue, grâce au travail accompli par Somea. C’est, là aussi, une problématique qui doit être approfondie. Ensuite, nous n’avons pas à rougir non plus de la dynamique que nous avons enclenchée sur la protection intégrée. Enfin, la chambre s’est bien positionnée par rapport aux territoires. Nous sommes reconnus par les communautés de communes. Nous avons une vraie place, et une carte à jouer dans l’aménagement foncier.

Vos déceptions ?
Je n’ai pas réussi à entraîner l’ensemble des structures d’élevage pour créer une dynamique collective. C’est un vrai regret. De même, au sein du Conseil agricole de la Somme que nous avons créé, nous en sommes restés au niveau des constats. Peut-être parce que nous avons un département avec une production de masse riche, qui ne permet pas de faire sentir la nécessité de se diversifier. Une fois cela dit, je reste optimiste pour l’avenir de l’agriculture, mais il va falloir s’adapter.

Comment voyez-vous l’avenir pour les chambres d’agriculture ?
Les chambres doivent conserver à tout prix leur indépendance budgétaire. Leur rôle, aujourd’hui, comme demain, est de continuer à accompagner et aider les agriculteurs dans la transition, car les exploitations doivent se remettre en cause. Nous devons être à leurs côtés. L’accompagnement des territoires est aussi un enjeu important pour demain, de même que la problématique de l’érosion et des coulées de boue.

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