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De la betterave au sucre : un long processus

De sa forme originelle à sa transformation en sucre, la betterave subit un long processus industriel. Revue en détail de chaque étape de cette transformation à l’usine de Cristal Union, à Sainte-Emilie.

Une fois le jus clair concentré en sirop, ce dernier passe dans des cuites d’où sortiront des cristaux de sucre.
Une fois le jus clair concentré en sirop, ce dernier passe dans des cuites d’où sortiront des cristaux de sucre.
© AAP

Point de magie dans cette transformation comme dans le conte de Cendrillon où le carrosse de la jeune fille se transforme en citrouille, une fois les douze coups de minuit sonnés. Mais si la magie n’a rien à voir dans ce processus, ce dernier s’apparente bel et bien à une métamorphose de la betterave. Mais avant d’entrer dans l’antre de la sucrerie, les betteraves sont pesées, identifiées et analysées (des prélèvements sont faits sur un camion sur deux, ndlr). «On sort un poids de betterave, de terre et de richesse à partir desquels les conducteurs de grue, de déterreur et de camions, ainsi que le planteur sont payés», précise Vincent Caille, responsable betteravier, à Sainte-Emilie. Comme la sucrerie a mis en place et atteint cette année le 100 % déterrage, la tare terre s’est avérée relativement faible, soit en dessous de 10 %.
Si les betteraves livrées contiennent moins de terre que les années précédentes, elles n’échappent pas pour autant au passage de l’atelier lavage. Et tout est récupéré : terre, cailloux et herbes. Les cailloux sont utilisés pour renforcer les digues et faire des aménagements dans l’usine. La terre et l’herbe sont, elles, renvoyées directement dans les champs à partir de tuyauteries, couvrant 6 à 7 km autour de l’usine. Quant à la betterave, désormais propre, elle est envoyée à l’atelier découpage. C’est une étape très importante que ce découpage en cossette des betteraves en forme de V. Car, ainsi, le sucre sort plus facilement.

Rien ne se perd, tout se transforme
Il est temps alors de rejoindre l’atelier de diffusion. Dans un énorme cylindre contenant des paniers, le sucre est extrait et mis dans de l’eau chaude. On obtient alors un jus sucré. L’eau chaude devient, elle, un jus vert sucré, et la cossette pulpe. Les pulpes surpressées repartent en élevage. L’eau est récupérée dans son intégralité (800 000 m³ par campagne, ndlr) et utilisée pour l’irrigation des betteraves et des pommes de terre.
Le jus vert sucré - composé de 16 % de sucre, 80 % d’eau et 4 % d’impuretés - est, lui, envoyé à l’atelier d’épuration. Pour transformer le jus vert en jus clair, on utilise de la chaux vive, qui est dissoute dans l’eau afin d’avoir du lait de chaux et du gaz carbonique. Ces deux composants sont ensuite mélangés avec le jus vert. Toutes les impuretés s’incrustent alors dans la chaux et les écumes de sucrerie sont stockées dans un bassin, avant d’être revendues comme amendement calcaire aux agriculteurs.
Une nouvelle étape suit : l’évaporation. Son but ? Concentrer le jus clair en sirop et évacuer l’eau. Pour ce faire, sont utilisées des caisses d’évaporation. Le sirop est ensuite transféré dans des cuites, puis ensemencé avec des micro-cristaux et de l’alcool afin d’obtenir des cristaux de la taille recherchée. Cette opération dure entre quatre et cinq heures. Une fois la masse cuite, elle est envoyée à l’atelier d’essorage. Il reste alors encore un peu d’eau et des impuretés. Ces impuretés, appelées les égouts riches, permettent de faire de la mélasse, qui est utilisée pour l’alimentation animale ou les distilleries. Ne reste plus qu’à sécher les cristaux de sucre et à les mettre à l’entrepôt.
Du premier au dernier atelier de transformation, environ 36 heures se sont écoulées. Et du début à la fin du processus, tout ce qui a été transformé a été récupéré pour différents usages. «Pendant toutes ces opérations, nous sommes toujours très attentifs à notre consommation d’énergie afin d’être en adéquation avec notre politique de développement durable», note Vincent Caille.

Produits transformés
C’est essentiellement du sucre industriel qui est fabriqué dans l’usine de Cristal Union à Sainte-Emilie pour des industries agroalimentaires, Coca Cola ou encore Bonduelle. Une partie part aussi en mélasse pour des levuriers.


90 jours de campagne à Sainte-Emilie

La sucrerie de Cristal Union a tourné à plein régime du 21 septembre au 18 décembre 2015. Retour sur la campagne et la transformation de près d’un million et demi de betteraves.


17 décembre 2015. A deux jours de sa clôture, la sucrerie est en effervescence, comme chaque jour depuis le début de la campagne. Pas moins de 600 camions de 44 tonnes entrent chaque jour dans la sucrerie pour décharger leur précieuse marchandise. Ordres et tâches se succèdent comme un ballet mécanique réglé au millimètre près. Il n’y a pas un instant à perdre. Et pour cause. Les prévisions étaient à 16 150 tonnes de cossettes par jour.
Au final, ce sont 16 850 tonnes qui ont été gérées par la sucrerie, soit 700 tonnes de plus que ce qui était prévu. Un démarrage, donc, sur les chapeaux de roue, «car on a fait plus de 80 % du nominal, soit
14 000 tonnes. C’était inattendu. Après, on a tiré un trait tout droit pour faire près de 17 000 tonnes tous les jours, ce qui est une très bonne moyenne», détaille Vincent Caille, responsable betteravier, à Sainte-Emilie. Les résultats ne pouvaient être, en conséquence, qu’au rendez-vous. Pour 2015, le rendement est de 94,5 tonnes à 16, soit 14,7 tonnes de sucre hectare. «On fait la deuxième année la meilleure de Sainte-Emilie, le record historique ayant été atteint en 2011 avec 96,5 tonnes à 16», relève le responsable.

«Du jamais vu»
La campagne, il est vrai, a démarré dans des conditions idoines, jusqu’au 16 novembre. Ensuite, après un épisode de pluie, qui a duré quinze jours, le retour des beaux jours et des conditions clémentes ont augmenté la richesse en sucre des betteraves. Néanmoins, la douceur des températures, avec plus de 10 degrés courant décembre, «du jamais vu», selon Vincent Caille, ont créé des conditions délicates pour la conservation des betteraves. Il y a eu un peu plus de dégradations dans les silos, «mais chez nous, cet effet a été minoré par le fait que la campagne ne se termine pas trop tard», fait-il remarquer.
Une habitude à Sainte-Emilie, car la politique de l’industriel, jusqu’ici, était de faire des campagnes pas trop longues. Or, avec la fin des quotas, et la nécessité pour les industriels français de gagner en compétitivité, les campagnes seront rallongées, ce qui pourrait bien poser des problèmes de conservation des betteraves dans les silos, si les conditions climatiques sont aussi clémentes qu’elles l’ont été en 2015.

Chiffres clés
- 110 permanents et 78 saisonniers 24h/24 durant la campagne. Une quinzaine de personnes, provenant de sociétés extérieures, sont également employées pour faire de la maintenance, ainsi que 112 chauffeurs de camions, 11 grutiers, 11 chauffeurs de déterreur, et une dizaine de personnes de sociétés d’intérêt collectif agricole. Soit, au total, 350 personnes mobilisées sur la campagne.- 53 000 camions entrés dans l’usine pour la totalité de la campagne- 1 450 000 tonne de betteraves ont été travaillées dans cette usine en 2015

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