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De l’avoine dans les betteraves pour lutter contre les pucerons ?

Benoît Rigolle, installée à Hallencourt, à l’ouest de la Somme, a semé de l’avoine en même temps que ses betteraves début avril. Sa parcelle est l’une des rares à ne pas avoir été infestée de pucerons.

Benoît Rigolle a eu beau chercher, aucun puceron vert ne colonisait ses parcelles de betteraves, malgré les alertes lancées dans le département.
Benoît Rigolle a eu beau chercher, aucun puceron vert ne colonisait ses parcelles de betteraves, malgré les alertes lancées dans le département.
© A. P.



Benoît Rigolle utilise les plantes associées et les couverts depuis plusieurs années. Le polyculteur-éleveur de laitières à Hallencourt n’a pas sorti sa charrue depuis 2006 et se creuse toujours la tête pour trouver la meilleure manière de conduire son exploitation de 130 ha (céréales, multiplication de semences, colza, betteraves, maïs fourrage). Cette année, son essai d’avoine dans les betteraves en a attiré, des curieux, au bord de son champ. Mais cette pratique a surtout permis, semble-t-il, de repousser les pucerons.
«Je sème de l’avoine en fourrière de betteraves depuis plusieurs années, explique-t-il. Je remarquais que c’était beaucoup plus propre à cet endroit. Je sais aussi que l’avoine est utilisée dans les bas champs, en terres sableuses, pour réduire l’effet d’érosion éolienne des sols.» Benoît a complété sa réflexion avec de la documentation. «J’ai lu qu’un liniculteur gérait les problèmes d’altises dans son lin grâce à l’avoine.» À moins de 40 €/ha de semences, le risque était limité.
Le précurseur a donc semé 10 ha d’avoine en combiné de semis, en même temps que les betteraves, première semaine d’avril, avec un engrais localisé. 30 mm d’eau tombés le 17 avril, puis 49 mm dans la nuit du 10 au 11 mai, ont été favorables au bon développement des plantes. «L’avantage du non labour, c’est que la terre absorbe beaucoup plus l’eau», ajoute-t-il. Puis, comme tous les planteurs, Benoît a surveillé sa parcelle. «Tous les réseaux alertaient sur la forte présence de pucerons et la nécessité de traiter. Mais j’avais beau chercher, je ne trouvais pas la moindre bête», assure-t-il.

«La santé des terres est la clé»
L’avoine a-t-il joué un rôle de leurre ? Un essai similaire mené en Belgique, mené par le groupe Greenotec, a donné des résultats eux aussi encourageants. L’avoine aurait favorisé la présence d’auxiliaires (hyménoptères parasitoïdes, syrphes, coccinelles, chrysope…), et leur présence aurait permis 30 % de pucerons en moins. Selon Benoît, «l’avoine a eu un effet certain sur les adventices. Quand il y a une graminée, il n’y a pas de mauvaise herbe à la place.» L’avoine a été détruite mi-mai, avec un anti-graminées qui aurait été réalisé de toute façon. L’effet parapluie a ainsi été évité. Un insecticide a tout de même été réalisé deux jours après l’anti-graminées, car quelques pucerons noirs pointaient le bout de leurs antennes.
L’agriculteur pense déjà à la manière dont il pourra améliorer sa technique l’année prochaine. «J’aurais pu la semer l’hiver, et retravailler uniquement la bande de semis. J’aurais ainsi profité d’une biomasse plus importante, et la concurrence en eau aurait été moins forte.»
On ôtera en tout cas pas une idée de la tête de Benoît Rigolle : «Je crois en la santé des terres. Lorsqu’elles vont bien, il y a moins de ravageurs, moins de maladies et moins de mauvaises herbes.»


Une campagne compliquée

Plus précoce que jamais, le puceron vert, insecte piqueur-suceur, vecteur de la jaunisse virale, a envahi les champs de betteraves dès le mois d’avril. «Dans notre réseau de surveillance, un premier traitement (T1) a été effectué le 21 avril, puis un T2 le 8 mai», annonce Yohan Debeauvais, responsable de la délégation de la Somme de l’ITB. Ce T2 a été effectué sur 100 % des parcelles du réseau, et un T3 a été fait dans 67 % des parcelles le 20 mai, soit seulement douze jours après le T2. «Il y a sûrement eu des T4», ajoute Yohan Debeauvais. En cause, surtout : l’arrivée très tardive des auxiliaires, qui n’ont permis de réguler la présence des pucerons qu’à partir de la fin du mois de mai. «Ce fait est surprenant. Nous remarquons aussi que nous sommes limités en produits de traitement (Teppeki 0,14 kg/ha + huile 1l/ha et Movento 0,45 l/ha, ndlr). La persistance d’action est courte, et nous avons du mal à gérer les pucerons avec ces seules solutions.»
Conséquence : des premiers foyers de jaunisses ont été observés dès fin mai, dans les secteurs de Nesle, Rosières-en-Santerre et Roye. «Nous en constatons un peu partout dans le département désormais. Même si les pluies survenues ces dix derniers jours ont favorisé la pousse de nouvelles feuilles, qui donnent l’impression d’une atténuation dans les parcelles, le virus est bien là !» Dans nos départements voisins (Loiret et en Île-de-France), la totalité des parcelles sont touchées par la jaunisse, et la Somme en prend le chemin. Ajoutez à cela des semis réalisés dans des sols mal ressuyés, donc abîmés par le travail et le passage des machines, qui ont causé une mauvaise implantation des betteraves, puis un manque d’eau, qui persiste toujours dans certains secteurs… «Nous devons nous attendre à un préjudice important, et nous tablons sur une moyenne basse en termes de rendements cette année», confie le spécialiste.

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