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De rares pêcheurs samariens naviguent encore

Peur d’une contamination en mer, ventes restreintes avec la fermeture des restaurants… Peu de marins-pêcheurs poursuivent leur activité. Quelques professionnels samariens s’y risquent tout de même.

Au Tréport, comme dans les autres ports de pêche, presque tous les bateaux restent à quai.
Au Tréport, comme dans les autres ports de pêche, presque tous les bateaux restent à quai.
© A. P.

Parmi les professions très touchées par la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus, nommons les marins pêcheurs. Pris en étau entre la chute de la demande et les craintes de contamination, ceux-ci ont «réduit par cinq la quantité de poisson pêché fin mars», selon une note de FranceAgriMer. Ceux de la Somme n’échappent pas à la règle. Il faut dire que les débouchés sont restreints : la fermeture des restaurants a privé la pêche française de 50 % de la consommation intérieure en France, et provoqué une chute des cours qui a amené une immense majorité des équipages à rester à quai.

C’était le cas, au début du confinement, de Jean-Joseph Delaby, pêcheur samarien dont le bateau est amarré au Tréport. «Nous étions dans le flou, alors nous n’avons pas travaillé pendant quinze jour, explique-t-il. Et puis j’ai préféré retourner en mer, car mes deux employés étaient d’accord, et parce que je crois plus en moi qu’aux aides.» Un risque que le professionnel a choisi de prendre, «parce qu’on est fait pour être en mer». Car aucun moyen de protection n’est fourni aux pêcheurs et, sur un bateau, impossible de respecter les distances de sécurité. Peu ont néanmoins choisi cette option de poursuivre la pêche : «Au port, il y a trois ou quatre bateaux en activité, au lieu de trente ou quarante d’ordinaire.»

Jean-Joseph Delaby témoigne bien de ventes plus limitées que d’habitude. Son poisson ne se vend plus qu’à la criée de Dieppe et Aux poissons du coin, l’étal que tiennent ses parents à Cayeux-sur-Mer. Le restaurant de son frère Pierre-Alain, le Mathurin à Saint-Valéry-sur-Somme, qui propose son poisson à la carte, est évidemment fermé. «D’habitude, Pâques est une période très touristique sur la côte picarde. Cette fois, on ne vend qu’aux locaux et aux Parisiens qui sont venus se confiner ici. On fait à peine 50 % du chiffre qu’on pourrait faire d’habitude.»

Livraison à domicile

Yohan Derosière, pêcheur de la Somme dont le bateau est aussi au Tréport, a également fait le choix de poursuivre son activité, même si «c’est délicat». «J’étais en mer lorsque le gouvernement a annoncé le confinement pour les professionnels, le week-end du 14 mars, raconte-t-il. La criée de Boulogne-sur-Mer, où je livre une partie du poisson, a appelé pour nous dire qu’elle fermait, et qu’elle ne nous achèterait rien. Alors on est rentré en vitesse. Finalement, le mercredi, elle nous annonçait qu’elle achèterait notre poisson si on sortait, mais sans garantie de prix.» Dans ce contexte particulier, en plus de la poissonnerie de sa sœur à Abbeville, et de l’étal que tient son père aux halles du Crotoy et sur quelques marchés, le pêcheur assure un service de livraison à ses clients fidèles : sole, carlet, turbot, coquille… «Les gens ne peuvent pas se déplacer jusqu’à nous, alors on va chez eux pour qu’ils puissent manger du poisson frais.»

Ambiance morose

À la criée de Boulogne-sur-Mer, l’ambiance est morose. Xavier Bigot, gérant de la poissonnerie du même nom à Fort-Mahon, a bien du mal à trouver une diversité de produits. Plus de crustacés, et une offre limité en produit. La semaine dernière, «deux bateaux sur les soixante de la flottille étaient allés pêcher, assure-t-il. Les pêcheurs ont peur de ne pas vendre, et de ne pas rembourser le gasoil qu’ils ont dépensé. On doit donc faire des pré-commandes.» Xavier Bigot ouvre avec ce qu’il a, «au jour le jour», pour satisfaire ses habitués. Mais le chiffre d’affaires est en chute libre.

Déconfinement, mais…

Heureusement, après la chute des cours au début de la crise sanitaire, «cette contraction de l'offre» a permis de faire revenir les prix dans la moyenne des années passées et de limiter les invendus, indique FranceAgriMer, qui tient ses chiffres de la Direction des pêches, département du ministère de l’Agriculture. En Hauts-de-France, la situation serait même «plus équilibrée qu’ailleurs», avec des apports majoritaires à Boulogne-sur-Mer en lieu noir et en merlan, complétant les livraisons de coquille Saint-Jacques, calmar et sole de la pêche côtière.

Cette semaine, les bateaux reprennent la mer petit à petit. Mais le «déconfinement», annoncé à partir du 11 mai, ne sera pas bénéfique à la filière tout de suite, puisque les restaurants restent fermés jusqu’à nouvel ordre.

Soutien aux pêcheurs français

La France a indiqué le 2 avril avoir obtenu le feu vert de la Commission européenne pour que soient financés des arrêts temporaires des activités de pêche. Cette proposition doit maintenant être soumise et adoptée par le Conseil et par le Parlement européens.

Les pêcheurs français négocient par ailleurs avec le ministère du Travail la possibilité d'avoir recours au chômage partiel. L'idée serait que le chômage partiel finance les équipages et que les arrêts temporaires financent les entreprises, en espérant que les deux dispositifs soient compatibles.

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