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Déjà 30 000 hectares labellisés «Au cœur des sols»

Les agriculteurs de l’Apad fêtent la première année d’existence de leur label d’agriculture de conservation des sols «Au cœur des sols», avec 30 000 ha couverts par 170 exploitations. Objectif 2021 : le marché du carbone.

170 exploitations agricoles couvrant environ 30 000 hectares ont obtenu le label d’agriculture de conservation «Au cœur des sols».
170 exploitations agricoles couvrant environ 30 000 hectares ont obtenu le label d’agriculture de conservation «Au cœur des sols». 
© T. Gain/Réussir Lait

Elles avaient postulé il y a un an : 170 exploitations agricoles couvrant environ 30 000 hectares ont obtenu le label d’agriculture de conservation «Au cœur des sols», a annoncé l’association à l’origine du projet, l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable), qui organisait une conférence de presse le 5 mars. «Nous avons reçu une belle réception des agriculteurs», s’est félicité Sylvain Delahaye, membre du comité de pilotage du label. L’an passé, l’association visait 150 exploitations labellisées sur la première année. Elle espère atteindre mille fermes en 2022 et 10 000 d’ici 2030. 

Avec ce label d’agriculteurs en ACS, les membres de l’association ont l’intention d’être «au cœur» de la révolution agricole, et «d’en recevoir les fruits en termes de valeur ajoutée». Parmi les critères du label : le semis direct, la couverture du sols (350 jours par an pour les meilleurs), la diversité dans la rotation (nombre de familles, d’espèces, part de la culture principale dans l’assolement), la part des intrants dans le produits d’exploitation (au mieux, le coût des engrais et des PP représentent moins de 25 % du produit d’exploitation), les formations suivies, les indicateurs utilisés (test bêche, comptage de vers…), les méthodes alternatives aux produits phytos utilisées, la biodiversité favorisée (haies, bandes enherbées, ruches…). 

Le cahier des charges devrait peu évoluer. Seulement une dizaine d’exploitations auditées n’a pas décroché le label, ce qui «montre qu’il est assez adapté aux pratiques des agriculteurs», estime Sylvain Delahaye. Une quarantaine d’exploitations en ayant fait la demande restent à auditer. Depuis un an, le collectif a tout de même fait évoluer les critères, notamment à destination de la viticulture et de l’arboriculture. Jusqu’ici, l’ensemble des exploitations labellisées ont des grandes cultures sur leur exploitation. 

 

En route vers le Bas carbone

Les perspectives de valorisation de ce nouveau label sont de deux ordres : la plus avancée se situe du côté du marché du carbone. Des démarches sont en cours auprès du ministère de la Transition écologique pour intégrer le label Bas carbone (marché volontaire), que l’association espère voir aboutir en 2021 : «Nous avons beaucoup de contacts avec des acheteurs de crédits carbone, nous sommes très confiants pour la suite», a assuré la directrice de l’Apad, Sophie Gardette. Pour ce faire, deux étapes restent à franchir. Il faudra d’abord que soit validée la méthode de calcul adaptée aux «grandes cultures» déposée par Arvalis, l’ITB et Agrosolutions auprès du ministère de la Transition écologique. À partir de cette méthode qui doit encore faire l’objet d’échanges entre les professionnels et les pouvoirs publics, l’Apad déposera ensuite une demande d’agrément spécifique qui permettra de valoriser les pratiques du label «Au cœur des sols».

La seconde piste de valorisation se situe du côté de l’étiquetage et de la promotion directe auprès des consommateurs. À défaut de pouvoir convaincre jusqu’ici de grandes coopératives, faute de volumes suffisants pour l’instant, l’Apad vise la construction de filières localisées, comme des moulins. Mais pour le consultant en marketing Olivier Mével, l’agriculture de conservation «a un boulevard devant elle», entre le bio et la HVE, notamment parce que le concept est porté par des agriculteurs.

 

«Le plus dur, c’est le mental !»

Pour Guillaume Bruniaux, «le plus dur en agriculture de conservation,  c’est le mental, car il faut accepter de tout remettre en question». Le jeu en vaut la chandelle : ici, une parcelle de colza semée en direct en août, avec plantes  compagnes, au sol bien vivant.
L’exploitation de Guillaume Bruniaux, à Davenescourt, est l’une des trois labellisées «Au cœur des sols» dans la Somme.
Pour lui, le plus dur est de tout remettre en question. Passé cela, les bénéfices des techniques de l’ACS sont réels. 
Une meilleure fertilité, et augmenter la teneur en matière organique de ses sols. Telle était la première motivation de Guillaume Bruniaux lorsqu’il s’est intéressé à l’agriculture de conservation. «Nous devions couvrir les sols après l’épandage de lisier. Nous avons vu les effets bénéfiques de ces beaux engrais verts, alors nous avons poussé la pratique progressivement», explique le polyculteur et éleveur porcin à Davenescourt depuis 1999, associé avec son frère, Maxime. 
Depuis 2019, les 220 ha de l’exploitation (céréales, betteraves, pois, colza et lin) font partie des 30 000 ha labellisés «Au cœur des sols»*, dont l’objectif est d’obtenir une valorisation grâce à l’accès au marché du carbone. Ce label a été obtenu grâce aux techniques culturales, qui reposent sur les trois piliers de l’agriculture de conservation : la couverture permanente des sols, la diversité des rotations et des cultures, et le semis sans travail du sol. «Nous sommes tout en semis direct pour la quatrième année», précise-t-il.  
La deuxième motivation a été la diminution des charges mécaniques. «C’est un gain à moyen terme, puisque les pratiques nécessitent d’abord un investissement matériel.» Lui a notamment opté pour un semoir Weaving à disques inclinés. «Les heures de traction et le temps de travail, en revanche, ont tout de suite été réduits.» Au fur et à mesure des années, les effets bénéfiques se font sentir. «Nous avons trois types de sol : des limons, des terres argileuses à silex, et des cranettes. Dans les terres compliquées, nos résultats se sont améliorés.» Le semis direct permet également de limiter les problèmes de salissement des terres puisque l’horizon du sol n’est plus perturbé. «Comme beaucoup dans le secteur, nous sommes confrontés à un problème de ray-grass, mais nous sommes en bonne voie.»
La réduction de l’utilisation des produits phyto est ensuite notable. «Nous avons réduit de
50 % les fongicides, grâce au sol plus vivant, riche en bactéries et champignons.
» L’utilisation des herbicides est toujours la même, mais l’agriculteur fonde des espoirs dans les nouvelles voies utilisées, comme celle de la macération de plantes, tel que le purin d’orties. Ses sols sont enfin plus résilients : «ils résistent mieux aux excès de pluie, avec un phénomène d’érosion limité, comme aux excès de sécheresse.»

Des interventions plus tardives
Le manque d’eau est cependant la première problématique depuis deux ans pour l’implantation des couverts après récolte. «Il faut que nous trouvions la meilleure date de semis et les espèces adaptées aux conditions.» Pour Guillaume Bruniaux, le plus dur en ACS est toutefois le mental. «Il faut tout remettre en question, et accepter que toutes les interventions soient décalées dans le temps. Pas facile d’attendre deux ou trois jours de plus pour semer alors que les voisins s’activent dans les champs !»
Pour les questions techniques, l’Apad Picardie est là pour épauler. L’association a notamment créé un GIEE (Groupements d’intérêt économique et environnemental) pour favoriser la transmission et le partage des connaissances. «Plus on sera nombreux à adopter ces pratiques, plus on sera nombreux à être labellisés, plus on intéressera les industriels à nous acheter des crédits carbone.»
A. P.

* Trois exploitations sont aujourd’hui labellisées «Au cœur des sols» dans la Somme : L’EARL Bruniaux à Davenescourt, Mathieu Cavillon à Ailly-le-Haut-Clocher, et la SCEA Leroux, à Grivesnes.
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