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Denis Bully : «Si l’agriculteur a envie d’y aller samedi, pas de problème»

Entre divergences de points de vue sur certains sujets avec le monde cynégétique et un calendrier des travaux des champs chamboulé en raison des conditions climatiques, le président de la FDSEA de la Somme hésite à participer à la mobilisation
du 18 septembre. La participation d’agriculteurs au mouvement doit se faire sans bannière syndicale, et sera fonction des priorités du moment.

«Les positions du monde de la chasse sur les néonicotinoïdes, sur les ZNT, la réforme des dégâts de gibier, l’appel  à la délation sur les chemins qui ont disparu depuis des générations, ou plus récemment les sorties non contrôlées  sur la méthanisation (…) font du tort» à l’unité entre chasseurs et agriculteurs, affirme Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme.
«Les positions du monde de la chasse sur les néonicotinoïdes, sur les ZNT, la réforme des dégâts de gibier, l’appel à la délation sur les chemins qui ont disparu depuis des générations, ou plus récemment les sorties non contrôlées sur la méthanisation (…) font du tort» à l’unité entre chasseurs et agriculteurs, affirme Denis Bully, président de la FDSEA de la Somme.
© Vincent Fermon

La FDSEA de la Somme a-t-elle été sollicitée pour participer à la manifestation du 18 septembre à Amiens ?

Nous l’avons été il y a quelques semaines. Non pas pour construire une manifestation, mais pour renforcer une mobilisation qui était lancée. Je le comprends fort bien, mais cela ne peut pas suffire. Une telle manifestation rurale, pour avoir le sens le plus large, doit fédérer des revendications, et il faut, pour cela, avoir une somme de revendications plus large qu’une somme de sujets à régler.

Pouvez-vous préciser ?

Les divergences que nous avons avec la fédération des chasseurs de la Somme sont tout aussi profondes que ce qui nous unit : nous œuvrons pour une bonne partie dans le même espace, et nous interagissons avec la nature, avec le vivant. Nous revendiquons le statut de premiers écologistes de France, et nous pouvons nous le permettre. Nous fustigeons les méthodes d’un ministère de la Transition écologique qui laisse prédominer le militantisme à tous les étages, y compris dans les offices, sans avoir ni l’honnêteté, ni la responsabilité, ni le respect de prendre en compte les personnes concernées. Enfin, nous nous inquiétons pareillement d’une idéologie, souvent urbaine, très souvent financière et manipulée, qui brouille le lien entre l’homme et l’animal, et veut imposer ses interdits. Voilà ce qui nous unit. Mais il y a aussi ce qui nous différencie, et le premier élément vient de l’objet de notre passion. Pour nous, agriculteurs, la passion est un métier. Pour les chasseurs, la passion est un loisir. C’est une différence majeure, qui peut rendre les agriculteurs-chasseurs (et j’en suis un) très paradoxaux parfois. Un passage de sanglier, c’est une menace, une perte, un dégât toute l’année, mais cela peut être une véritable excitation en action de chasse. Mais avant tout, cette distinction entre profession et loisir est majeure. Et, enfin, il y a ce qui nous oppose. Les positions du monde de la chasse sur les néonicotinoïdes, sur les ZNT, la réforme des dégâts de gibier qui nuit énormément aux agriculteurs avec le principe de franchise à la parcelle, l’appel à la délation sur les chemins qui ont disparu depuis des générations ou, plus récemment, les sorties non contrôlées sur la méthanisation sur des milliers d’hectares qui va ravager la faune… autant de clichés qui font du tort à notre unité potentielle.

Les positions de l’agriculture et de la chasse sont non conciliables ?

Certaines zones sont irréconciliables, parce qu’elles sont par définition conflictuelles, comme les dégâts de gibier. Cela ne veut pas dire que nos corporations ou nos fédérations sont en conflit. Au contraire, nous avons accru nos travaux communs : le président de la Fédération des chasseurs est membre invité de la session de la Chambre départementale d’agriculture. Nous avons organisé ensemble une séance à Amiens du fameux grand débat (avec l’association des maires), et associé les chasseurs à la Charte des riverains (avec l’association Familles rurales)… Et depuis un an, en plus des événements, nous nous attachons à porter ensemble avec l’association Symbiose des projets qui nous fédèrent. C’est en bonne voie et tant mieux. Si nous ne sommes pas en capacité à construire ensemble, nous nous diviserons de plus en plus.

Concrètement, cela justifie-t-il la position de la FDSEA ?

Ce qui le justifie, c’est le volet qui nous différencie, à savoir profession ou loisir, et les revendications formulées. Côté professionnel, après une moisson laborieuse, deux semaines de prolongation de semis des SIE, et le début compliqué des récoltes d’automne, je ne vais pas appeler à lever le pied. On ne va pas interdire aux gens de travailler dans leurs champs comme certaines associations de chasse ont interdit à leurs adhérents de chasser ce samedi 18 septembre. Enfin, et c’est aussi une marque de fabrique de la FDSEA, nous nous méfions des récupérations et des manœuvres politiques au travers des grands rassemblements. D’ailleurs, nous portons en nos statuts l’interdiction de cumul de mandats politiques (à partir de l’échelon régional) et syndicaux. Tout le monde sait que ce sera le cas ce samedi…

Quel est le message que vous portez aux agriculteurs qui s’interrogent sur leur participation ?

C’est simple et notre position est claire : c’est une manifestation portée par le monde de la chasse avec des appels du pied pour des sujets de ruralité. À chacun de se positionner : si l’agriculteur chasseur a envie d’y aller samedi, pas de problème. Et s’il préfère aller dans ses champs ou même rester chez lui, pas de problème non plus. Nous ne devons pas porter d’avis dictatorial sur la présence ou non d’un agriculteur à une manifestation de la chasse, et respecter les choix individuels. Je les respecte. À l’heure actuelle ces lignes, je m’interroge sur ma participation. Ce qui veut dire qu’à titre personnel, je ne l’exclus pas, même si ce ne sera pas sous bannière FDSEA. Ce qui sera différenciant, ce sera mon travail.

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