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Des algues pour remplacer la chimie de synthèse

Remplacer l’utilisation de produits phytosanitaires de synthèse par des solutions fabriquées à partir d’algues, c’est le pari d’Olmix appuyé par «Merci les algues».

Que ce soit sur ses parcelles converties à l’agriculture bio ou conventionnelles, Pascal Lemaire teste chez lui des solutions algosourcées pour réduire le recours aux produits phytosanitaires de synthèse. Réponse de ses essais dans quelques semaines.
Que ce soit sur ses parcelles converties à l’agriculture bio ou conventionnelles, Pascal Lemaire teste chez lui des solutions algosourcées pour réduire le recours aux produits phytosanitaires de synthèse. Réponse de ses essais dans quelques semaines.
© V. F.



«J’espère pouvoir dire dans quelques mois que c’est positif...» Agriculteur à Boffles (62) et Domart-en-Ponthieu (80), Pascal Lemaire est l’un des encore rares agriculteurs de France à utiliser des extraits d’algues sur ses cultures pour réduire son utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais de synthèse. Fin juin, l’agriculteur, qui se déclare volontiers comme un «pionnier», constatait avec une certaine fierté que l’apport de solutions à base d’algues sur ses cultures – pommes de terre, betteraves et céréales – comme alternative à des produits phytosanitaires de synthèse porte ses fruits. Ces essais, Pascal Lemaire les réalise avec la société bretonne Olmix.

Des algues bretonnes transformées
Depuis 1995, Olmix est spécialisée dans la fourniture d’alternatives naturelles aux additifs de synthèse utilisés en agriculture. D’abord destinées à l’alimentation animale, les solutions proposées par Olmix se sont depuis quelques temps élargies au domaine végétal. Pour promouvoir ses solutions, l’entreprise de biotechnologies a fondé en janvier 2020 l’association Merci les algues ; celle-ci est chargée de promouvoir le rôle des algues dans la diminution de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse et de fédérer les acteurs d’une filière en émergence. Les algues transformées par Olmix sont issues de prélèvements réalisés sur le littoral breton au milieu de gisements naturels, en partenariat avec la Sica Saint-Pol. Collectées fraîches, les algues sont ensuite acheminées vers un centre de traitement (bio-raffinerie) qui leur fait subir plusieurs transformations.

Sans antibiotiques en élevage
Pour ce qui est de l’utilisation d’algues dans la production agricole, Pascal Lemaire n’en est pas vraiment à son coup d’essai, puisque celui-ci est également à la tête de l’entreprise Cocorette utilise déjà les solutions d’Olmix en alimentation animale. «En santé animale, apporter des extraits d’algues aux animaux permet de supprimer les antibiotiques à des périodes sensibles», explique Éric Philippe, co-président de Merci les algues. Lors du dernier salon international de l’agriculture (Sia) à Paris, Cocorette et Olmix présentaient ainsi une gamme d’œufs de poules élevées en plein air sans traitements antibiotiques puisque ces derniers sont remplacés par des solutions à base d’algues, intégrées à l’alimentation. «L’ajout d’algues à la ration des poules renforce leur système immunitaire et permet ainsi une réduction des antibiotiques», expliquait alors Éric Philippe.

Stimule le système racinaire des plantes
Et dans le domaine du végétal ? Les solutions proposées par Olmix portent le nom d’Explorer S10 ou Explorer 10-20 avec, pour effet, de «stimuler le système racinaire» ; d’Agroptim Sunset pour un effet «activateur de photosynthèse» ou, encore, Algomel pour agir sur la nutrition de la plante et sa biostimulation immunitaire.  Sur son exploitation dans le Pas-de-Calais, en pommes de terre, Pascal Lemaire affirme avoir réduit son IFT (indice de fréquence de traitement) de 30 % en fongicides. Comment ? Grâce à l’utilisation d’OAD pour prévenir le risque mildiou et en apportant un soin particulier aux premiers stades de la plante. Une solution algosourcée pour permettre une fertilisation localisée a en effet été testée préalablement pour «accélérer, homogénéiser l’implantation et optimiser la nutrition de la plante», explique-t-on chez Olmix. Grâce à un effet optimisant de la fertilité du sol, les besoins d’irrigation pourraient également être réduits de l’ordre de 30 à 40 %.
En céréales, l’objectif recherché par l’utilisation d’extraits d’algues est de réduire l’application de produits fongicides jusqu’à 100 %, à la condition d’utiliser des variétés rustiques. Enfin, en betteraves, c’est après avoir constaté des problèmes récurrents de structure du sol que l’agriculteur a effectué un apport de biostimulant pour la rhizosphère. Il espère ainsi améliorer l’enracinement de ses betteraves et améliorer la fertilisation de la culture. Un biostimulant foliaire a ensuite été intégré dans l’itinéraire technique pour réduire les stress et diminuer le recours aux produits phytosanitaires de synthèse. À vue d’œil, au 26 juin, rien ne laissait paraître de différences entre des parcelles ayant reçu un itinéraire cultural classique et celles qui ont reçu des extraits d’algues. En termes de coût, la facture serait égale, voire inférieure à un itinéraire technique classique en conventionnel.

Quelle valorisation ?
Éric Philippe en est convaincu : «Ce que nous faisons aujourd’hui sera la norme de demain. Nous ne sommes pas dans une démarche de niche.» Au delà, utiliser des algues à la place de produits phytosanitaires de synthèse peut-il permettre une meilleure valorisation des produits agricoles ? Là encore, du côté de l’association «Merci les algues» et d’Olmix, on y croit dur comme fer ; la preuve avec une valorisation supérieure d’un blé produit en Bretagne pour la meunerie comprise entre 10 et 15 % par rapport au prix du marché ; celle-ci reste destinée à compenser un rendement inférieur. «Dans la production d’œufs, utiliser des algues a permis de valoriser un peu mieux en affichant la promesse de ne pas avoir recours aux antibiotiques», rapporte aussi Pascal Lemaire. Mais s’il est prometteur, le chemin risque d’être toutefois encore long.

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