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Des moutons et des arbres au service des grandes cultures

Depuis un mois, un troupeau ovin pâture les terres de Benoît Van Belle, à Villers-Tournelle. L’agriculteur fervent des pratiques de l’agriculture de conservation espère atteindre une synergie polyculture-élevage. Le membre de l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable) ouvre ses portes ce 17 septembre à l’occasion des Journées patrimoine sols.

Benoît a opté pour une race de moutons rustiques qui vivront dehors toute l’année, et valoriseront ses couverts d’interculture.
Benoît a opté pour une race de moutons rustiques qui vivront dehors toute l’année, et valoriseront ses couverts d’interculture.
© A. P.

Le respect du sol a toujours été essentiel pour Benoît Van Belle. L’ex-paysagiste utilisait déjà des techniques d’association de légumineuses pour apporter de l’azote aux plantations dans son ancienne vie professionnelle. Les 100 ha de la ferme familiale qu’il a reprise en 2013 l’incitent à redoubler d’effort : «Il s’agit d’un sol limoneux, dont une bonne moitié avec beaucoup de cailloux, et avec un taux de matière organique et de vie biologique assez faibles», explique-t-il. Les couverts, aux mélanges variés avec un objectif de production maximale de biomasse, les rotations étudiées (blé, escourgeon, orge de printemps, colza, pois, féveroles, maïs) et les semis directs montrent leurs bénéfices d’année en année. 

Désormais, Benoît pousse beaucoup plus loin le bouchon de la cohérence de son exploitation. Depuis quelques semaines, soixante agnelles ont élu domicile à la ferme, et seront bientôt rejointes par vingt autres. «Ici, l’élevage avait pris fin dans les années 1980. C’est un nouveau métier, avec des contraintes certaines, mais cette production semble prendre tout son sens dans mon système.» Premier argument : il offrira une source de revenu supplémentaire. «100 ha, c’est un peu juste pour en vivre pleinement.» Après les confinements, Benoît a mis un terme à son activité de commerce de bière faute de marché à l’arrêt. «Je trouvais de toute façon dommage de m’investir dans une filière extérieure à la ferme.» Les brebis valorisent dans un premier temps les 8 ha de l’ancien parc du château, très arborés, difficilement cultivables, déclarés en Maec. 

 

Pâturage des couverts

L’élevage devrait ensuite apporter un service aux surfaces cultivées. «Les animaux polygastriques assimilent bien les plantes et offrent un ensemencement intéressant.» Le parcellaire très groupé autour de l’exploitation permet le pâturage tournant. Un chien de travail, qui doit encore apprendre son métier, a aussi rejoint la famille. «Il me faut investir dans un quad et un système de clôture pratique.» Les races et la technique de conduite du troupeau ont été réfléchies pour une bonne intégration. «Il s’agit de souches de Causses du Lot et de Grivettes, réputées pour leur rusticité, avec des Île-de-France pour la qualité bouchère. Le troupeau devrait pouvoir vivre dehors toute l’année.» Ces races sont aussi adaptées à la dessaisonalisation. «L’insémination aura lieu en mars pour des naissances en août. Ainsi, les agneaux valoriseront les couverts d’automne.»

Outre la tonte et la fertilisation naturelle, le troupeau devrait apporter d’autres coups de pouce. En piétinant le sol, les ovins devraient détruire les galeries de mulots qui s’épanouissent dans les terres non travaillées. «La présence des moutons favorise celle des hérons, gros prédateurs de mulots. Il parait aussi qu’ils ont un effet bénéfique sur la régulation des limaces.» L’agriculteur aimerait également tester le pâturage du blé. La technique a fait ses preuves, en favorisant le tallage de la céréale et en stoppant la propagation de maladies. «Cela permet de faire l’impasse sur le régulateur et de réduire l’utilisation des fongicides.» Un stock de fourrage sera tout de même constitué pour pallier une année sèche. 

 

Des arbres protecteurs

Comme un projet en cache un autre, des arbres vont aussi être plantés en nombre dans les parcelles de Benoît. «En 2020, j’ai monté un premier dossier pour l’installation de haies autour des parcelles, puis un deuxième en 2021 pour de l’agroforesterie. L’étude administrative est longue, mais j’espère pourvoir concrétiser tout cela prochainement.» Presque un quart de la ferme devrait être mené en agroforesterie, avec des lignes espacées de 30 m, composées d’arbres tous les 32 m.
«Le but est de protéger les cultures des intempéries, notamment du gel, le vent, le ruissellement, la sécheresse... Ils apporteront davantage de vie dans le sol.» Pour cela, l’agriculteur a étudié à la loupe les essences les plus cohérentes. «La mycorhization, soit la symbiose entre les champignons du sol et les racines des végétaux, est différente selon les espèces.» Les moutons, eux, devraient apprécier cette protection naturelle. Sur le papier, ces projets sont en parfaite harmonie. «Il n’y a plus qu’à concrétiser.»

Des Journées du patrimoine… pour les sols aussi

Les Journées du patrimoine, cette année les 17 et 18 septembre, sont désormais populaires. Celles des sols un peu moins, mais se développe partout en France depuis 2017. Dans la Somme, la ferme de Benoît Van Belle, membre de l’Apad (Association pour la promotion d’une agriculture durable), ouvre ses portes dans ce cadre le 17 septembre, pour faire découvrir l’agriculture de conservation des sols et rencontrer les agriculteurs qui pratiquent ce système cultural. «Cette journée permet de sensibiliser le grand public, les acteurs du territoire et les médias à l’enjeu de considérer le sol comme un réel patrimoine, vivant, que l’on doit protéger», explique L’Apad. Au programme du jour : simulateur de ruissellement, fiches pédagogiques, lecture d’une BD Mystère au cœur des sols, quizz…
Rendez-vous à Villers-Tournelle de 10h à 17h. 

 

Le Label au cœur des sols pousse

De deux-cents fermes labellisées en 2020, l’Apad doit compter d’ici la fin de l’année un millier de fermes. Benoît Van Belle en fait partie. Avec ce label d’agriculteurs en ACS, les membres de l’association ont l’intention d’être «au cœur» de la révolution agricole, et «d’en recevoir les fruits en termes de valeur ajoutée». Parmi les critères du label : le semis direct, la couverture du sols (350 jours par an pour les meilleurs), la diversité dans la rotation (nombre de familles, d’espèces, part de la culture principale dans l’assolement), la part des intrants dans les produits d’exploitation (au mieux, le coût des engrais représentent moins de 25 % du produit d’exploitation), les formations suivies, les indicateurs utilisés (test bêche, comptage de vers…), les méthodes alternatives aux produits phytos utilisées, la biodiversité favorisée (haies, bandes enherbées, ruches…). «Avec ce label, on compte valoriser nos pratiques via  le marché du carbone et la mise en avant des qualités nutritionnelles de nos produits», note Benoît. Un travail de longue haleine. 
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