Céréales
Désherbages des blés : faire les bons choix en cette sortie d'hiver 2026
Le redémarrage végétatif approche. Dans un contexte marqué par une pluviométrie automnale assez importante sur le mois d’octobre, et des pressions graminées hétérogènes, l’heure est au diagnostic en parcelle pour ajuster les stratégies.
Le redémarrage végétatif approche. Dans un contexte marqué par une pluviométrie automnale assez importante sur le mois d’octobre, et des pressions graminées hétérogènes, l’heure est au diagnostic en parcelle pour ajuster les stratégies.
Contexte de l’automne 2025 : rappelons-le, les semis de l’automne 2025 ont commencé (pour certains) assez précocement avec des conditions favorables. En effet, la date de semis médiane pour le département est aux alentours du 17 octobre pour une levée médiane au 27 octobre. Ainsi, 50 % de la sole de blé est semée la première quinzaine d’octobre : créneau également idéal pour la levée des graminées (vulpins et ray-grass !)
Malgré une majorité des semis réalisés en «bonnes conditions», le fait marquant reste la pluviométrie exceptionnelle : avec plus de 150 mm relevés sur le secteur d’Abbeville en octobre, les situations sont contrastées ;
• Lessivage et persistance : les applications de prélevée ont parfois vu leur rémanence amputée par les cumuls d'eau importants.
• Phytotoxicité : sur certaines parcelles, les fortes pluies suivant les traitements ont «marqué les céréales», freinant parfois leur développement.
• Impasses : de nombreuses parcelles n'ont simplement pas pu être désherbées en post-semis-prélevée, laissant les graminées s'installer librement…
• Des derniers semis toujours pas désherbés : des derniers arrachages de betteraves réalisés tardivement, et des semis réalisés dans la foulée courant décembre qui ne sont à ce jour pas encore désherbés…
Ainsi le résultat est que certaines graminées sont belles et bien présentes en parcelles !
Que faut-il penser de «l’option Chlortoluron» ?
Depuis quelques années, on constate régulièrement de nouvelles levées de ray-grass en sortie d’hiver sur des parcelles jugées propres en janvier/février, (principalement du fait du manque de persistances des racinaires, à la suite des cumuls de pluies automnales…). Dans ces situations, si de nouvelles levées sont attendues (parcelle à historique ray-grass principalement), il est possible d’opter pour une application de chlortoluron à 1 800 g/ha/an de matière active au maximum jusque fin février pour gagner en persistance. Attention à la variété : il faut que cette dernière soit tolérante ! (rappel des variétés sensibles : Campésino, Geopolis, Intensity, RGT Perkussio, Sy Admiration...)
Cette option, avec un coût d’une cinquantaine d’euros en moyenne, peut permettre de gagner en persistance et de limiter les relevées. Toutefois, cette «option» est à prévoir dans les parcelles à potentiel graminées élevé !
Les repiquages : des erreurs techniques qui pourraient être évitées !
Dans certaines parcelles de blé et/ou d’orges (notamment en précédent lin ou encore de pomme de terre), semées sans labour, il n’est pas rare de constater des repiquages de ray-grass, à la suite d’impasses en glyphosate, ou à la suite d’applications réalisées dans de mauvaises conditions (erreur de dose, manque d’hygrométrie, mauvais choix de buses, etc.) ! Il s’agit clairement d’une erreur qui DOIT ÊTRE ÉVITÉE ! Ces repiquages sont dans la majorité des cas ingérables et entraîneront une grenaison massive pour la parcelle !
Des parcelles sales en sortie hiver : faut-il aller jusqu’au retournement ?
Dans certaines parcelles, le salissement peut être très important. Pour rappel, le seuil de nuisibilité entraînant 5 % de perte de rendement est de 25 plantes de vulpins ou de ray-grass/m². Au-delà de ce seuil, il faut considérer le risque de verse induit, la perte en qualité (souvent en PS), et surtout l’augmentation du stock grainier de la parcelle !
Ces graminées présentes sont souvent issues d’erreurs de désherbages (une seule application au lieu de deux initialement prévues) ou de problème de repiquage à la suite d’une mauvaise gestion en amont du semis de la céréale. Les efficacités des solutions de rattrapages chimiques réalisées au cours du printemps sont très souvent décevantes et aléatoires (en effet, il s’agit de produits systémiques : il faut donc une plante «réceptive» et des conditions poussantes. Il y a ainsi une très forte dépendance aux conditions d’applications, qui sont loin d’être au rendez-vous au printemps : vent d’Est, conditions desséchantes, etc.).
Ainsi si le nombre de vulpins et/ou ray-grass est au-delà de 50 à 100 plantes/m², la question du retournement se pose. En effet, on estime qu’à partir de 100 graminées/m², c’est une perte de rendement de l’ordre de 20 à 30 qtx/ha,
mais surtout une grenaison massive qui impactera la parcelle pour plusieurs années à coup sûr !
Il est clair que dans ces situations très sales, il vaut mieux retourner la parcelle et faire le choix d’une culture de printemps… (maïs, orge de printemps).
Roulage des céréales : trouver le bon compromis !
Les périodes de gel et de dégel successives sont favorables à la «restructuration» des sols, toutefois pour des céréales, un sol «creux» ou «soufflé» n’est jamais favorable, car il crée un vide qui déchausse les racines. Dans les parcelles «biéfeuses» et/ou argileuses, le phénomène est souvent récurrent ! Le passage d’un rouleau (idéalement type Cambridge) peut s’avérer nécessaire pour favoriser une bonne activité des racines et, donc, une meilleure assimilation de l’azote, du souffre et tout autres oligo-éléments, etc.
Attention toutefois : le roulage peut provoquer de nouvelles levées de graminées en «cassant» les mottes, favorisant la germination de nouvelles graines et donc le développement de nouvelles «relevées».
Focus gestion des vivaces au printemps : (chardons/laiterons)
Outre les graminées, les vivaces de types chardons/laiterons prennent le relais dès que les températures remontent. Pour rappel, il est important d’intervenir sur des adventices vivaces en pleine pousses, les solutions à base de metsulfuron (type Allie) sont idéalement à placer à partir du stade 2 nœuds, et les solutions à base de MCPA et clopyralid (type Chardex) sont possibles jusqu’à dernière feuille étalée. Ces dernières nécessitent des températures adéquates. La gestion de ces vivaces à l’échelle de la rotation devient bien souvent incontournable !
SAVE THE DATE
Forte de la réussite d’une première édition en 2023, la chambre d’agriculture organisera le jeudi 28 mai 2026 une nouvelle journée technique sur la gestion des adventices de nos systèmes de culture régionaux.
Avec l’appui de nombreux partenaires, la programmation se veut très diversifiée :
- Une vision large et complète : gestion des graminées et des dicotylédones, sur cultures d’automne et de printemps
- De nombreux leviers abordés : chimiques, agronomiques, robotiques, numériques…
- Des ateliers riches et diversifiés : visites d’essais, démos, mini conférence, ateliers participatifs…
Prenez date dans vos agendas, et venez échanger avec nos experts !
Renseignement : Matthieu Preudhomme : 06 20 03 76 48 ;
m.preudhomme@somme.chambagri.fr