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Désinsectisation des céréales : pratiques et alternatives

Réunies au sein du Club conservation, créé en septembre 2018, les coopératives agricoles des Hauts-de-France et d'Ile-de-France unissent leurs efforts dans la recherche de méthodes alternatives pour éliminer les insectes des silos des céréales. Le point sur le sujet.

Parmi les démarches entamées par les coopératives pour la conservation des grains sans utilisation d'insecticides, sont testés par Val de France, Noriap et Terres Bocage gâtinais, les groupes froids.
Parmi les démarches entamées par les coopératives pour la conservation des grains sans utilisation d'insecticides, sont testés par Val de France, Noriap et Terres Bocage gâtinais, les groupes froids.
© Florence Guilhem

 

 

C'est la bête noire des organismes stockeurs que sont les coopératives agricoles. La bête noire ? Les insectes tels que les charançons - pour ne citer qu'une espèce - qui, comme les hommes, ont une appétence pour les céréales. Aussi, quelles que soient les précautions prises, la conservation des céréales en silo n'est jamais à l'abri des attaques des insectes. Entre la réduction de la liste des produits insecticides, les exigences sociétales, les orientations des pouvoirs publics en la matière et les cahiers des charges des clients des coopératives agricoles, qui ne veulent aucune trace d'insectes dans les céréales, la pression s'accentue sur les coopératives. L'utilisation des insecticides sur les grains stockés pose bel et bien question.
Pour avancer sur le sujet et éviter de partir en ordre dispersé, les coopératives agricoles des Hauts-de-France et de l'Ile-de-France ont constitué, en septembre dernier, le Club conservation. Son objectif ? Mettre en commun leurs recherches sur les techniques alternatives aux insecticides dans les silos et lancer des expérimentations en la matière. Depuis sa création, le club s'est réuni à cinq reprises (deux à trois réunions par an, ndlr), et ses membres échangent régulièrement informations, documents et retours d'expérience. La dernière réunion portait sur une expérimentation en cours, l'utilisation d'ozone dans les silos, présentée par un des laboratoires d'UniLaSalle, à Beauvais. On y reviendra.

Les pratiques d'aujourd'hui
La première option pour éliminer les insectes qui se nichent dans les céréales est lors de la réception des bennes. «Dès que la présence d'insectes est identifiée dans les bennes, celles-ci sont isolées et travaillées pour ne pas contaminer les silos. L'objectif est de les supprimer tout de suite, car les clients ne veulent nulle trace d'insectes morts ou vifs», indique Cédric Guillemont, responsable QHSE (Qualité, hygiène, sécurité et environnement) pour Coop de France Hauts-de-France et Ile-de-France. Voilà pour le b.a.-ba.
Une fois les céréales dans les silos, l'une des luttes les plus courantes contre les insectes est de diminuer la température au sein des lieux de stockage pour ne pas dépasser les 10 à 12°C, ce qui permet d'éviter leur développement et la germination des céréales. Si cette technique est éprouvée, elle est plus ou moins efficace. Tout dépend, en fait, des conditions climatiques à l'extérieur. «Si les températures extérieures sont trop élevées, la ventilation ne peut être activée, puisque l'air ventilé sera trop chaud. C'est la limite du système», reconnaît Cédric Guillemont.
Si les silos sont infestés d'insectes, il n'y a alors pas d'autre option que d'utiliser des insecticides d'origine chimique ou biologique. Avec les insecticides chimiques, «les résultats sont au rendez-vous. Rares sont les insectes à résister à ces produits», commente-t-il. Mais, en faisant un raccourci, l'usage de ces produits est de moins en moins tendance tant du fait de la pression sociétale que de celle des entreprises agroalimentaires, clientes des coopératives. Sans compter les restrictions réglementaires sur telle ou telle molécule.
Côté insecticides biologiques, quelques-uns sont en train d'arriver sur le marché. Une entreprise teste actuellement un insecticide biologique à base d'un champignon, qui émettrait un produit que les insectes ne supportent pas. «Cela reste à mettre en application à l'échelle industrielle, mais ce produit a bien répondu au test laboratoire. Une fois cela dit, pour le moment, il n'y a pas, à ma connaissance, d'autres insecticides biologiques qui existent sur le marché, mais des recherches sont menées, notamment autour de l'huile essentielle du clou de girofle. Le problème pour cette huile, c'est que l'odeur est très prégnante et peut donc rester sur les céréales. C'est donc loin d'être au point», ajoute-t-il.
Enfin, en parallèle de ces méthodes, des processus physiques peuvent être activés à partir de l'utilisation de groupes froids, qui permettent de diminuer plus rapidement la température des tas de grains et d'atteindre les 10°C, sans que les conditions climatiques n'interfèrent. Des coopératives telles que Val de France (Oise), Noriap (Somme) et Terres Bocage gâtinais (Ile-de-France) s'y sont mises, avec des résultats probants.

Nouvelles mesures alternatives
Deux pistes sont aujourd'hui à l'étude. La première concerne l'utilisation d'ozone au sein des tas de grains stockés dans les silos. L'ozone est un gaz inerte, qui ne laisse aucun résidu sur les céréales, et qui, une fois diffusé, se retransforme en oxygène. L'expérimentation, menée par un laboratoire d'UniLaSalle, à Beauvais, consiste à exposer les céréales à l'ozone durant quelques minutes dans une enceinte vide. L'intérêt de ce gaz ? Il asphyxie totalement les insectes, qu'ils soient à l'état adulte ou larvaire, et ce, sur différentes céréales (blé, orge, maïs). Ne reste plus, après, qu'à passer les grains soumis à l'ozone dans des appareils de nettoyage des céréales pour éliminer les déchets. «Les résultats sont très encourageants. De ce fait, le laboratoire veut passer au stade industriel», précise Cédric Guillemont.
La seconde piste porte, elle, sur le passage des céréales au micro-ondes. Les insectes meurent par déshydratation. Plusieurs tests sont actuellement réalisés en laboratoire, mais les résultats ne seront présentés que l'an prochain.
En attendant la finalisation de ces méthodes alternatives, d'autres techniques sont aujourd'hui en cours. L'une d'entre elles concerne l'utilisation de la terre de diatomée. Son intérêt ? Son pouvoir dessiccateur auquel ne résistent pas les insectes. Cette terre, utilisée sous forme de poudre, a la caractéristique d'absorber l'eau, et permet donc de la déshydratation des insectes. Mort assurée. Autre produit aux mêmes caractéristiques : le ProCrop, à base de bicarbonate de sodium, sous forme liquide ou de poudre. L'aspersion de ce produit crée une barrière protectrice entre les parois de stockage et les céréales, empêchant les insectes d'atteindre les tas de grains de leur vivant, et évitant ainsi leur migration d'une cellule à l'autre.
Mais quelle que soit la solution employée, «il n'y a pas de solution unique. Chacune doit être adaptée à la configuration des silos, des produits conservés et des demandes des clients», prévient le responsable QHSE. Pour faire avancer le sujet, qui nécessite des investissements importants, les professionnels ont décidé de monter un projet partenarial qu'ils présentent dans le cadre d'un appel à projets ouvert actuellement par FranceAgriMer. Celui-ci vise à expérimenter des techniques nouvelles pour réaliser le stockage des céréales sans utilisation d'insecticides. A suivre.

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