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Devenir ferme pédagogique : «l’envie de transmettre»

Accueillir des écoles à la ferme est tout un programme. Bienvenue à la ferme organise des formations pour donner les clés. Julie Brodar, productrice de plantes aromatiques à Ponthoile, fait partie des nouvelles fermes pédagogiques du réseau. 

«Les plantes présentent un champ infini de connaissances. J’ai toujours voulu les partager, notamment avec les enfants. La formation m’a donné les clés d’un accueil pédagogique», témoigne Julie Brodar. 
«Les plantes présentent un champ infini de connaissances. J’ai toujours voulu les partager, notamment avec les enfants. La formation m’a donné les clés d’un accueil pédagogique», témoigne Julie Brodar. 
© Alix Penichou

Une mauvaise herbe ? «Pour moi, ce terme n’existe pas», s’exclame Julie Brodar. La productrice de plantes aromatiques et cueilleuse de plantes sauvages installée à Ponthoile a justement nommé son exploitation À la bonne herbe. «Les plantes sont tellement intelligentes : elles s’adaptent à leur milieu, elles produisent leur propre nourriture, elles échangent entre elles… Elles présentent un champ infini de connaissances.» Ces connaissances, elle a toujours eu à cœur de les partager, notamment avec les enfants. Le bénévolat est cependant exclu : «Prendre du temps pour recevoir les gens, c’est empiéter sur la production. Il faut donc une contrepartie financière, qui compense au moins le temps de travail non réalisé.» Pas toujours évident, néanmoins, de s’approprier les bonnes méthodes. 

«J’accueille déjà des particuliers et quelques groupes, dont des centres de loisir. J’ai toujours eu envie de travailler avec les écoles, mais je ne savais pas comment m’y prendre», avoue-t-elle. Être en adéquation avec les programmes scolaires et tenir en haleine vingt-cinq élèves pendant une heure et demi peut paraître délicat. Alors la formation «ferme pédagogique» que proposait la Chambre d’agriculture de la Somme via son réseau Bienvenue à la ferme tombait à pic. Les quatre jours de conseils et d’aide à l’organisation de la visite se sont avérés intenses. «Entre deux jours de formation, c’est énormément de travail personnel pour mettre le projet au point», assure l’agricultrice. 

 

Des expériences marquantes

Cette formation, qui allie travail en groupe avec d’autres futurs accueillants et expertise de l’inspection académique, lui a donné les clés de la mise en place d’une animation pédagogique. «J’ai construit la visite autour du thème de la graine à l’assiette, pour des élèves de huit à dix ans, niveau avec lequel je me sens le plus à l’aise.» Différentes étapes de culture, techniques de récolte et utilisation des plantes dans les recettes sont abordés de manière ludique. Les expériences gustatives font souvent mouche. «Ce qui marque le plus les enfants est, en général, la dégustation des orties.» Les élèves pourront aussi repartir avec le semis qu’ils auront réalisé afin de le voir évoluer en classe. «Les premiers groupes seront mon test : il faudra certainement ajuster et améliorer au fur et à mesure des classes reçues.» Un travail en amont avec les enseignants sera nécessaire pour coller au mieux à leurs attentes. En mettant au point sa visite, Julie Brodar a levé quelques barrières : «Je me sens finalement capable d’accueillir différents niveaux. Il s’agit de garder la même base, que je pourrais complexifier pour les plus âgés, et simplifier pour les plus jeunes.»

 

Fenouil, origan, agastache…

Les visites s’étaleront du printemps au début de l’automne, période propice aux plantes aromatiques. La parcelle de 1 500 m2, dont
800 m2 cultivés, regorge de trésors à découvrir : basilics, thym, menthe, fenouil, origan, agastache, verveine citronnelle, ou encore rose de provins… Julie Brodar cultive plus de trente espèces, sans compter celles qui poussent librement dans les parties sauvages de la parcelle. «En ce moment, on peut par exemple cueillir les premiers pissenlits et des cardamines, très appréciées dans les salades.» Les élèves y croqueront volontiers. 

Ne reste plus que quelques investissements à réaliser, dont la construction d’un abri pour recevoir les groupes les jours de pluie… Et bien sûr que les déplacements des scolaires, limités du fait de l’épidémie de coronavirus, se fassent plus aisément. 

 

Confinement : les plantes aromatiques trinquent 

Les plantes aromatiques de Julie Brodar subliment surtout les plats servis au restaurant. C’est d’ailleurs pour répondre à la demande des restaurateurs que la jeune femme s’est lancée dans l’activité en 2017. «Ma mère, productrice de safran, et mon père, qui cultive notamment des pommes de terre, vendent beaucoup en circuit court. Les restaurateurs nous ont confié qu’il était difficile de s’approvisionner localement en plantes aromatiques. Comme elles me passionnent, j’ai choisi de faire de leur production mon métier.» Son crédo : la plante fraîche, livrée au jour le jour. Son mari, Fabien, est aujourd’hui conjoint collaborateur et complète la gamme avec la culture de micro-pousses (radis, roquette, petits-pois…) au goût très puissant. Une trentaine de cuisines composent aujourd’hui leur carnet de clients, à Amiens, en Baie de Somme et autour du Touquet. Mais la Covid-19, qui a entraîné la fermeture des restaurants, a largement bousculé leur activité. «Je cherche de nouveaux débouchés, comme l’utilisation des plantes aromatiques dans des alcools arrangés», témoigne Julie. Trop diversifier l’activité signifierait cependant de ne plus pourvoir livrer les restaurants lorsqu’ils rouvriront. Un vrai casse-tête. 

 

Des formations à venir 

Devenir ferme pédagogique ? «Tout le monde peut y prétendre, puisque toutes les filières ont leur richesse, du moment que l’agriculteur a une envie de transmettre», assure Anne Catteau, animatrice du réseau Bienvenue à la ferme Somme. Une première formation «ferme pédagogique» avait lieu dans le département en début d’année. «Cinq participants se sont ardemment formés pour ouvrir leur nouvelle activité à la rentrée scolaire prochaine, avec des productions très diversifiées : plantes aromatiques, élevage d’escargots, écopâturage de moutons, chèvres angoras et travail avec le cheval.» Au programme : définition d’une ferme pédagogique, sécurité, assurances, investissement, rentabilité, réglementation, programmes scolaires et l’apprentissage en fonction des niveaux, techniques d’animation et rythme des séquences pédagogiques. Au final, chacun aborde la construction de son propre projet pédagogique. D’autres formations seront programmées, notamment en mai et en juin dans l’Oise.
Contacts : Chambre de l’Oise : Rachel Ronceray ; 03 44 11 44 50 ; rachel.ronceray@oise.chambagri.fr. 
Chambre de la Somme : Laurence Villeret, 03 22 33 69 88 ; l.villeret@somme.chambagri.fr
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