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Agriculture de conservation
Devenir un carbon farmer grâce à la couverture permanente des sols

Comment injecter plus de carbone dans les sols et d’azote pour la culture ? En intensifiant la photosynthèse, et donc, en misant sur la couverture permanente des sols. Frédéric Thomas, un des acteurs du développement de l’agriculture de conservation en France, venait livrer quelques clés aux agriculteurs de l’Apad Picardie, le 15 septembre, à Ailly-le-Haut-Clocher. 

Pour Frédéric Thomas, «le couvert est presque la culture la plus difficile à réussir».
Pour Frédéric Thomas, «le couvert est presque la culture la plus difficile à réussir».
© agriculture-de-conservation.com

«Notre job, c’est de capter de la lumière avec les plantes que nous semons. Nous sommes des carbon farmers», résume Frédéric Thomas. Ce pionnier de l’agriculture de conservation en France, agriculteur en Sologne, venait partager son savoir avec les agriculteurs membres de l’Apad Picardie (Association pour la promotion d’une agriculture durable), ce 15 septembre, à Ailly-le-Haut-Clocher. 

Pour lui, tout est parti d’une remise en question. «Je cultive une fine couche de sables à lapins posée sur de l’argile. C’est archi sec l’été, gorgé d’eau l’hiver. Presque toutes les terres sont drainées. En 1996, je me suis dit que plutôt que cette méthode, je pourrais utiliser les couverts pour pomper l’eau en excès et garder de la fraîcheur l’été. Je suis passé des Cipan à un outil agronomique.» Vingt-six ans plus tard, il en mesure les bénéfices. Les couverts permanents maximisent la photosynthèse, donc permettent de capter plus de carbone dans les sols et de restituer plus d’azote pour la culture. «Or, le couvert, c’est presque la culture la plus difficile à réussir. Pour être efficace, il faut atteindre au moins 4 à 5 t de matière sèche à l’hectare

Première clé : la fertilité du sol. «Il n’y a pas de plante miracle. S’il n’y a pas de fertilité, rien ne pousse.» Il s’agit d’apporter au sol une ration équilibrée, à l’image de celle d’une vache laitière. «Cet équilibre repose sur le rapport massique carbone sur azote (C/N). Ça se gère par l’apport de déchets verts et de légumineuses.» Lui apporte du compost chaque année depuis 2001 grâce à une plateforme de compostage. Depuis 2013, il travaille aussi en partenariat avec des éleveurs voisins, qui font pâturer 1 200 moutons et 100 vaches allaitantes dans ses couverts d’automne. «Les services rendus vont dans les deux sens. Les animaux ont à manger quand il n’y a plus rien nulle part. Leurs crottes et bouses sont de l’or pour mes sols.» La fertilisation du couvert lui-même peut être envisagée.

 

Semer tôt, malgré tout

Deuxième clé : «si on veut de la biomasse, il faut semer tôt.» Pour l’agriculteur, la météo ne doit pas être un facteur limitant. «Il faut se fixer des règles et s’y tenir. Huit années sur dix, ça se passe bien.» En vingt-deux ans, la seule année où les couverts de Frédéric n’ont pas levé était en 2019.  En 2022 encore, alors que la sécheresse était très prononcée en Sologne, l’agriculteur a semé ses couverts le 12 juillet. «Début septembre, la biomasse est satisfaisante. Tout est en fleur.»  Les techniques de semis doivent être adaptées. «La hauteur de chaume influence la capacité du couvert à se développer.» Les outils à dents sont bien adaptés pour semer dans les pailles. «Attention tout de même à la fermeture du sillon, pour bien garder l’humidité.» Gare également aux niveaux de produits phytosanitaires utilisés. «Plus on appuie fort avec les phyto, plus il y aura de contraintes pour la levée du couvert.»

Quand détruire ce couvert ? «Je suis favorable à son maintien le plus longtemps possible», assure l’expert. Un compromis eau, azote et biomasse doit être trouvé. «La plupart des gens ont peur que le couvert pompe de l’eau. Mais il limite au contraire son évaporation et maintient un sol plus frais.» Cultiver la lumière pour récolter la pluie est sa devise. 

 

Lire aussi : cet agriculteur de la Somme a mis en pratique le couvert permanent de luzerne sous colza et blé

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