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Horticulture
Dîtes-le avec un bouquet… de fleurs de saison de Rubempré

À Rubempré, Marine Vilbert cultive des fleurs de saison sans traitement. Une démarche éco-responsable encore rare en France. À la veille de la fête des mères, la fleuriste-floricultrice compose les premiers bouquets issus de sa ferme florale et atelier créatif À l'ombre des bleuets.

Des jaunes, des bleues, des rouges, des blanches, des tons vifs ou pastels, de gros pétales, ou de plus petits, qui donnent une impression de légèreté… Les parcelles de Marine Vilbert, sur les terres de l’exploitation familiale de Rubempré, sont un tableau d’art à elles seules. Pour la première année, la fleuriste-floricultrice y cultive ses propres fleurs qu’elle commercialise sous le nom de sa ferme et atelier créatif, À l’ombre des bleuets. À quelques jours de la fête des mères, ses protégées dévoilent toute leur élégance. «Cette année j’ai semé cent-cinquante espèces, car je veux tester celles qui correspondront le mieux au terroir, appréhender les périodes de floraison…», explique-t-elle.
Pour la fille d’agriculteur, le retour à la terre n’était pas dessiné. «Je n’y pensais pas vraiment. Mon métier de décoratrice d’intérieur, pour la création de boutiques et de vitrines, me plaisait. J’y ai découvert la scénographie florale. Mais je passais beaucoup de temps derrière un ordinateur. J’ai senti le besoin de produire avec mes mains, et avec du vivant.» La formation de CAP fleuriste qu’elle suit pendant un an l’emballe. Le diplôme lui permet de vendre un produit fini. Mariages et autres événements, fleuristes, ateliers d’art floral, bouquets pour les particuliers et professionnels, et même restaurateurs pour les fleurs comestibles sont ses clients. Lorsque les fleurs de sa ferme manquent, Marine, qui fait partie du collectif de la fleur française (cf. encadré), propose des produits cultivés en France uniquement. «Mon souhait est de pouvoir proposer des fleurs locales, sans traitement, et de saison. C’est une avancée environnementale énorme, alors que la plupart des fleurs coupées du marché sont importées.»

La filière des fleurs locales a dix ans de retard par rapport à celle des fruits et légumes. Mais il y a une attente sociétale.

La plupart des fleurs coupées sont en fait cultivées en Afrique de l’Est ou en Amérique du Sud, puis vendues sur un marché de gros aux Pays-Bas avant d’arriver dans nos boutiques. Leur production est gourmande en intrants, et leur transport présente un lourd bilan carbone. «La filière a dix ans de retard par rapport à celle des fruits et légumes. Mais il y a une attente sociétale.» Choisir les fleurs rubempréennes signifie néanmoins accepter leur saisonnalité. «Il suffit de l’expliquer. En général, les gens comprennent.» Cette exigence s’avère parfois un atout. «Les renoncules, par exemple, arrivent souvent chez les fleuristes l’hiver, car elles sont cultivées dans des pays beaucoup plus au sud. Alors que dans la Somme, elles entrent en floraison en ce moment.»
En cette fin du mois de mai, les soucis (calendula) comestibles prospèrent dans la serre de 75 m2. Le premier pavot a déployé sa corolle. Les pois de senteur, dont les tiges font déjà presque 1 m de haut, ne devraient pas tarder. Dans la parcelle de 1 500 m2, les bleuets, nigelles et autres variétés s’en donnent aussi à cœur joie. «Comme il s’agit de ma première année, j’ai réalisé mes premiers semis tardivement. Mais à partir de 2023, je devrais pouvoir couper les premières fleurs dès le mois de mars.» Une deuxième serre devrait être construite prochainement, et la surface consacrée à la culture des fleurs en plein champ pourrait aussi augmenter. «L’espace est vite occupé !»

La star pivoine


Dans le choix de ses variétés, Marine essaie d’avoir une grande diversité de formes, de tailles et de couleurs pour des bouquets les plus harmonieux possible. «Faire un bouquet, c’est une question d’équilibre. Il doit y avoir une certaine cohérence. Pour les couleurs par exemple, je cherche à avoir des fleurs d’un ton doux, qui fassent la liaison entre deux couleurs vives.» La fleuriste privilégie également les fleurs aux doubles possibilités de valorisation. Il faut dire qu’elle s’impose un délai de deux jours au maximum pour livrer ses précieuses une fois coupées, pour garantir leur fraîcheur. «Les calendulas peuvent être vendus auprès des restaurateurs. Les delphiniums, eux, peuvent être séchés.» Certaines fleurs sont enfin des incontrournables. «La pivoine est la star des fleuristes. Mais elle est coûteuse. Il faut attendre trois ans pour pouvoir couper les premières fleurs.» L’herbacée pérenne est néanmoins un investissement intéressant.

Des enjeux à relever


Le défi reste à relever. «La rentabilité d’une ferme florale de petite taille comme la mienne est à prouver.» Les enjeux sont aussi techniques. «Certains semis sont très délicats.» C’est le cas des chardons echinops, qui forment de jolis capitules ronds, bleus. Grâce à de précieux conseils, qui lui ont soufflé de congeler les graines deux semaines avant de les mettre en terre, celles-ci ont germé. «Il fallait le savoir. Ce genre d’astuce n’est pas noté sur le sachet», rit Marine. Les ravageurs peuvent aussi causer de gros dégâts. «Les limaces sont particulièrement voraces. Elles nécessitent une grande vigilance.» Les pucerons qui s’agglutinent sur les tiges font aussi très mauvais genre dans un bouquet. Mais la fleuriste est armée d’une formation solide, de son style bien à elle, qui séduit déjà nombre de clients, et de toute sa motivation pour réussir.
 

www.alombredesbleuets.fr
Marine Vilbert : bonjour@alombredesbleuets.com ; 06 12 49 55 95

 

La fleur française,émanation du Slow flower

80 % des fleurs utilisées en France sont importées. C’est le chiffre qu’avance le collectif de la fleur française sur son site internet.  «Les modes de production des fleurs étrangères sont difficilement traçables, qu’il s’agisse des conditions de travail ou de l’emploi d’intrants qui abîment notre planète», est-il noté. L’association a été créée le 1er janvier 2017 par Hélène Taquet, floricultrice, et Sixtine Dubly, journaliste, auteur de La Tentation des fleurs qui annonçait l’émergence du mouvement nommé «Slow Flowers» né aux États-Unis au milieu des années 2000. «Son nom rend hommage au célèbre mouvement Slow Food qui milite pour une agriculture responsable.»
Aujourd’hui, le collectif rassemble 380 adhérents, dont une petite vingtaine en Hauts-de-France. Leur engagement : produire ou commercialiser au moins 50 % de fleurs françaises pour soutenir une agriculture plus responsable et faire évoluer les pratiques de consommation. Pour promouvoir la production locale et respectueuse de l’environnement, il anime la journée de la Fleur Française le 26 juin 2022 partout en France. À Amiens, Marine Vilbert proposera une chasse au trésor particulière, avec des bouquets cachés un peu partout dans la ville.
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