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Ecotaxe : le pourquoi du refus

Vent de colère contre l’écotaxe sur les poids lourds.

© AAP


Xavier Beulin l’avait annoncé le week-end dernier, le monde agricole s’est mobilisé le 22 octobre dernier contre le principe d’application de l’écotaxe poids lourds. Dans le département de la Somme, la Fdsea et les Jeunes Agriculteurs avaient choisi de dénoncer les modalités de cette taxe par le bâchage des deux bornes situées à proximité d’Albert, sur la route d’Amiens. Une action qui se voulait avant tout symbolique, en cette pleine période de travaux, mais qui a eu la portée recherchée : faire prendre conscience à tous de cette nouvelle charge distorsive pour l’économie agricole et rurale, car elle a permis de faire le lien entre l’agriculture, les entreprises agroalimentaires et l’économie connexe sur les territoires ruraux.

Les raisons du mécontentement
L’écotaxe se veut être un levier à double impact : d’un côté, rationaliser par la fiscalité le transport routier en poids lourds, et de l’autre contribuer à l’émergence de nouveaux modes de transport. En soi, nul ne peut s’opposer à une meilleure efficacité énergique ou environnementale du transport de marchandises. Néanmoins, dans les faits, l’application de l’écotaxe met en lumière une distorsion supplémentaire sur les emplois locaux.
En effet, le réseau routier taxé (autoroutes non concédées, routes nationales (10 000 km) et réseau local (5 000 km) est davantage emprunté pour et par les produits de proximité. De plus, les circuits de production – transformation – commercialisation font qu’à chaque maillon local (et donc à chaque emploi local) les produits locaux sont taxés, à l’inverse des produits d’importation qui ne supporteront qu’une seule fois cette fiscalisation.
A l’heure où des pans entiers d’économie agricole tombent, alors que l’agriculture et l’agroalimentaire font figure de rares piliers de croissance et de commerce, c’est un impôt qui se met en place au détriment principalement de l’économie locale.

Rien de neuf sur  les transports alternatifs
Le monde agricole est d’autant plus sceptique que les réelles solutions alternatives paraissent plus qu’hypothétiques. Deux exemples pour l’illustrer. D’abord, le canal Seine Nord Europe, dont le projet était antérieur au Grenelle de l’environnement dont est issue l’écotaxe, et qui ne parvient pas à avancer réellement. L’écotaxe aurait-elle un effet sur ce projet. Certainement pas compte tenu de la complexité et de l’ampleur du financement. Pourtant, une seule péniche à dimension de ce projet éviterait l’équivalent d’une centaine de camions sur l’A1….
Autre exemple, le fret ferroviaire. Les rails, les trains et les wagons existent, mais en 2011, le monde agricole a pu mesurer toute l’inertie de ce mode de transport, qui est mécaniquement opérationnel, mais humainement bloqué. L’écotaxe changera-t-elle les états d’esprit ? On peut en douter.
Quoi qu’il en soit, cette incohérence entre les objectifs et les actes a suscité une vive réaction dans le monde agricole, et cette mobilisation sur l’ensemble du territoire national aura au moins permis de mettre le sujet sur le devant de la scène.
La profession agricole demande l’ajournement de l'écotaxe en vue d’un traitement différencié des zones rurales. Le gouvernement ne donne aucun signe sur le sujet. A ce stade, le débat est au moins réouvert.

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