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EGA : interview du député Jean-Claude Leclabart

Interview du député de la 4e circonscription de la Somme, Jean-Claude Leclabart, la veille de la clôture des débats sur le projet de loi issu des Etats généraux de l’alimentation.

Jean-Claude Leclabart : «Force est de constater que les débats se sont plus portés sur les phénomènes de société que sur les revenus des agriculteurs.»
Jean-Claude Leclabart : «Force est de constater que les débats se sont plus portés sur les phénomènes de société que sur les revenus des agriculteurs.»
© Pascal Coste


L’interdiction de construire de nouveaux bâtiments de pondeuses en cage a été votée ? Comment expliquez-vous ce revirement ?

On revient de loin. Lors des débats en commission durable, tout le monde a sorti l’artillerie lourde sur le sujet. Des interdictions tous azimuts étaient à craindre alors qu’on sait très bien que, pour passer aux poulaillers plein air, il faut du foncier pour le faire, et que l’on ne peut changer de système du jour au lendemain. Heureusement, des députés ont remis de la raison au cœur des débats, ainsi que la filière œufs. Au final, grâce à l’amendement voté, rien ne sera entrepris sans l’accord de la filière. En même temps, cet amendement ne fait que traduire ce qui se passe actuellement sur le terrain. On a enfin un texte qui correspond à la réalité et qui est faisable.

De nombreux revirements se sont aussi produits par rapport au bien-être animal. Que s’est-il passé ?
Là encore, on a sauvé les meubles, même si ce n’est pas fini. La position du ministre de l’Agriculture, quels que soient les articles, c’est d’accompagner et de responsabiliser les filières plutôt que d’imposer. La mienne était claire depuis le début sur ces sujets. J’ai toujours défendu le fait que la priorité devait être le bien-être des agriculteurs avant toute chose, même si des efforts doivent être faits sur le bien-être animal. Il y a des demandes sociétales qu’il faut, bien sûr, entendre.
Quant à la vidéosurveillance dans les abattoirs, je suis contre depuis le début. Au final, l’amendement retient que la vidéosurveillance sera laissée au volontariat. Les abattoirs devront cependant recueillir l’avis du comité d’entreprise ou celui des salariés, en l’absence de ce comité.

Même revirement sur le glyphosate…
On ne pouvait pas imposer une interdiction d’ici trois ans sans mesures alternatives dans ce délai. L’amendement pris est une mesure de bon sens, là encore. On ne peut que s’en réjouir.

En tant qu’ancien agriculteur, comment vivez-vous ces débats ? Avez-vous l’impression que les enjeux de l’agriculture sont bien compris de tous les députés ?
Je n’aurais jamais vécu une moisson aussi longue de toute ma vie d’agriculteur. Plaisanterie mise à part, cette loi aura eu le mérite d’ouvrir les débats sur l’agriculture de demain, et de remettre l’agriculture au cœur de la société. Sur la question des revenus des agriculteurs, tout le monde reconnaît qu’il n’est pas normal que beaucoup d’agriculteurs aient un revenu mensuel qui n’atteint pas les 500 Ä.
Mais, force est de constater que les débats se sont plus portés sur les phénomènes de société que sur les revenus des agriculteurs, ce que je regrette. Par ailleurs, j’ai eu l’impression que l’agriculture des grandes cultures n’était pas non plus la préoccupation des députés, plus concentrés sur l’élevage, les pressions de la société sur cette filière jouant pour beaucoup, à mon avis.

A votre avis, à la suite de tous ces débats, quelles sont les projections que l’on peut faire sur l’agriculture dans les dix prochaines années ?
Globalement, dans toute l’Europe, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut produire autant, mais plus propre. Il faut voir la réalité des choses en face. Ainsi, par exemple, tous les agriculteurs aimeraient bien utiliser le moins de pesticides possibles, mais ce n’est pas si simple que cela. Dans tous les cas, on ne peut pas révolutionner un système la veille pour le lendemain. Une fois cela dit, j’ai confiance en l’avenir de l’agiculture, car il faudra toujours nourrir tout le monde, mais en faisant évoluer les pratiques. Les agriculteurs en ont bien conscience et s’adapteront, comme ils l’ont toujours fait.
Dans tous les cas, cette loi aura eu le mérite d’ouvrir les débats, comme je le disais précedemment. La question qui se pose à présent est la suivante : à quel rythme on y va et avec quelles solutions fiables ? Par ailleurs, si l’agriculture est amenée à évoluer, elle ne peut pas et ne doit pas se raisonner uniquement sur des modèles écologistes. Il faut impérativement laisser vivre tous les systèmes de cultures. Si on cherche à tout museler et une seule voie, cela finira par se retourner contre nous. Il faut bien avoir à l’esprit que l’on ne pourra pas faire une agriculture 100 % bio.

Quels sont les impératifs auxquels n’échapperont pas les agriculteurs ?
Outre l’adaptation qui devra être la leur, pour répondre aux demandes sociétales, il est important que la profession se mette à communiquer sérieusement pour faire valoir ses pratiques. Dans l’ensemble, l’agriculture française a une bonne image de marque. Elle se doit de rebondir sur cette image, d’autant que ses agriculteurs seront de moins en moins nombreux. Il faut occuper le terrain. Autre impératif : il faudra continuer à produire sans augmenter les charges pour qu’elles soient les plus supportables possibles. Il y a donc des efforts de compétitivité à faire dans certaines filières.

Pensez-vous que cette loi apportera de vraies avancées ou que c’est un coup d’épée dans l’eau ?
Je sais que de nombreux agriculteurs sont sceptiques sur ce qui peut en sortir. Certes, nous n’avons pas résolu tous les problèmes, mais nous avons essayé d’y repondre autant que faire se peut.

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