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Elevage bovins : les éleveurs irlandais craignent les effets du Brexit

Avec le Brexit, le secteur pourrait connaître de grandes difficultés. Les organisations d’éleveurs et d’industriels, inquiètes, tentent de préparer l’avenir et de réduire les dégâts.  

Une large part de la production agricole irlandaise, dominée par l’élevage, est exportée vers le Royaume-Uni.
Une large part de la production agricole irlandaise, dominée par l’élevage, est exportée vers le Royaume-Uni.
© Cyrielle Delisle

«Nous devons payer le prix d’une décision à laquelle nous n’avons pas participé.» Deux ans après le vote pour la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne, Alan Kingston, éleveur laitier près de Cork, au sud de l’Irlande, est toujours amer. Il craint les effets du Brexit, qui devrait rentrer en vigueur dès 2019, pour son entreprise. Et pour cause : 20 % de son lait est exporté vers le pays voisin. Il n’est pas le seul.
Tout un pan de l’industrie agro-alimentaire irlandaise dépend des exportations vers le Royaume-Uni. C’est notamment le cas pour l’élevage et les industries de transformation de la viande, qui représentent 80 % de la valeur de la production agricole du pays. En effet, c’est un peu plus de 37 % de la production agro-alimentaire irlandaise qui finit dans les assiettes des foyers britanniques. Les filières bovines et laitières sont particulièrement concernées. Près de la moitié de la viande de bœuf et du cheddar irlandais est exportée dans ce pays. Un poids considérable, qui fait craindre aux professionnels du secteur une crise sans précédent.
Surtout si les négociations aboutissent à un «Brexit dur», avec l’introduction de barrières douanières. Le Brexit a d’ailleurs déjà eu des conséquences. La Livre sterling connaît depuis deux ans une volatilité forte, du fait de l’incertitude qui entoure la question de la sortie de l’Union européenne. Avec, pour résultat, une baisse de la valeur des exportations irlandaises. «Il suffit d’un accrochage à Bruxelles, ou d’un signe qui montre que les négociations n’avancent pas, pour que cela fragilise les exportations», remarque Joe Ryan, président de Meat Industry Ireland, l’association des entreprises de transformation de la viande.
Un autre sujet préoccupe : la diminution prévue du budget de la Pac, du fait de la disparition de la contribution du Royaume-Uni à ce dispositif. «Nous avons déjà de plus en plus de personnes qui quittent ce métier pour aller travailler ailleurs. Cela pourrait accélérer ce mouvement», s’inquiète Eddie Punch, le secrétaire général de l’ICSA, l’association irlandaise des éleveurs. Pour les organisations du secteur, il est essentiel que le budget de la Pac ne diminue pas. «C’est une question de souveraineté alimentaire», s’inquiète Joe Ryan.
Mais c’est surtout la possible introduction de tarifs douaniers que craignent les acteurs de l’agro-alimentaire. «Nous dépendons totalement de notre voisin britannique. De plus, c’est le territoire sur lequel nous vendons le plus cher notre marchandise. Avec des tarifs douaniers, nous allons perdre de nombreuses parts de marché», s’alarme Eddie Punch. D’autant plus si le Royaume-Uni réalise ses propres traités commerciaux avec d’autres parties du monde, beaucoup plus compétitives. «Nous nous battons depuis des mois contre l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Mais si le Royaume-Uni signe de son côté un traité avec cette partie du monde, cela reviendra au même», craint Joe Ryan. Pour l’instant, le gouvernement de Theresa May reste inflexible sur sa volonté de quitter l’union douanière.

Un problème qui peut devenir celui de toute l’Europe
Pour réduire leur dépendance au marché britannique, les entreprises du secteur et le gouvernement se sont lancés dans la recherche de nouveaux débouchés. En 2016, le ministère de l’Agriculture a fixé pour objectif de «doubler d’ici 2025» les exportations agricoles de l’Irlande, notamment hors de l’Europe. Elles ne représentent pour l’instant que 5 % des exportations globales du pays.
Les autorités et les organisations d’éleveurs travaillent actuellement sur les marché chinois et sud asiatiques, prometteurs. «Mais il s’agit d’un processus extrêmement long. Pour l’instant, nous ne voyons rien venir, regrette Joe Ryan. Et de toute façon, aucun pays ne pourra absorber toute cette production
La marchandise, pour une grande partie d’entre elle, devrait donc s’acheminer vers l’Europe continentale, au moins à court terme. Les Pays-Bas, l’Allemagne, et même la France doivent donc s’attendre à un afflux important de viandes irlandaises dans les prochaines années, en cas de  «Brexit dur». «Notre problème va rapidement devenir celui de toute l’Europe», prévient Joe Ryan.

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