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Energies renouvelables
En grandes cultures et élevage, sans doute des opportunités à saisir

Le groupe de presse Réussir a organisé un webinaire autour de cette question, auquel ont participé Émilie Pommier, ingénieur recherche et développement agronomie chez TSE, leader de l'énergie photovoltaïque en France, Mickaël Carlot, directeur régional Centre TSE, et Didier Combes, ingénieur de recherche Inrae.

Un cadre juridique avec une définition encadre l'agrivoltaïsme. Outre la production d'électricité, l'activité doit maintenir et développer la production agricole en lui apportant des services, par exemple avec un impact positif en termes d'agronomie ou de bien-être animal. La continuité de la production doit être assurée tout comme la réversibilité de l'installation.

Mais, selon Mickaël Carlot, TSE, entreprise qui a plus de quinze ans d'existence, a toujours été dans cette vision grâce à un lien territorial fort avec huit agences régionales et une bonne connaissance du milieu agricole. Le responsable rappelle que la France n'a pas atteint les objectifs qu'elle s'était pourtant fixée en matière d'énergies renouvelables et qu'elle va d'ailleurs devoir payer une amende de 500 millions d'euros à l'Europe. Avec seulement
14 gigawatts actuellement grâce au photovoltaïque, la France devra produire 100 en 2034. Friches et toitures de bâtiments existants ne permettront pas d'y arriver et il faut donc se tourner vers les terres agricoles, mais en cherchant une synergie entre la production agricole et la production d'électricité. TSE propose à ce titre plusieurs dispositifs :

- la canopée agricole qui permet de lutter contre les aléas climatiques grâce à des panneaux solaires rotatifs installés au dessus d'un terrain agricole

- l'ombrière d'élevage permettant l'atténuation du changement climatique sur la prairie et sur l'élevage grâce à un ombrage tournant

- l'ombrière de culture pour cultures basses et moyennes qui répond aux besoins agro-climatiques des cultures et les protège des aléas climatiques

- et enfin, la jachère solaire, une solution réversible adaptée aux jachères de plus de cinq ans, pour protéger ces terres inutilisées, riches en biodiversité.

Entre l'ombrière de culture et la canopée, ce sont la forme et la taille de la parcelle qui déterminent le choix de l’agriculteur. Dans les deux cas, les panneaux s'orientent et s'adaptent, précise Émilie Pommier : «en cas de fortes pluies, les panneaux se positionnent verticalement pour laisser l’eau tomber de façon naturelle. Contre le gel ou la grêle, c’est à l’horizontale pour une protection efficace.»

 

Hypothèses

Sylvain Raison, agriculteur à Amance et sur les parcelles duquel TSE a installé sa canopée, témoigne de cette première année d’expérimentation. «Malgré les températures caniculaires de l’été dernier, sous la canopée, il faisait en moyenne 3,5°C de moins que sur les parcelles témoin. De même, on voyait à l’œil que les plantes souffraient moins et qu’elles étaient plus développées.» Sur cet aspect, TSE a mis en place pour neuf ans un programme ambitieux, à l’aide de partenaires nationaux (Idele, Inrae) et locaux (Chambres d’agriculture, coopératives..) pour évaluer ces impacts sur les cultures et selon les variétés.

Didier Combes, de l’Inrae, rappelle que des travaux sont également en cours pour mesurer la synergie entre plantes et ombrières, travaux menés par l’Inrae et les opérateurs photovoltaïques. «On a élaboré un protocole d’expérimentation commun, un formatage des données afin de pouvoir comparer les résultats et on utilise une modélisation climatique.»

Des résultats existent déjà pour des ombrières fixes, avec parfois des gains de production agricole, parfois des pertes. En 2022, l’effet des ombrières a été plutôt bénéfique, avec un fonctionnement optimal des plantes. «Maintenant, il s’agit de mesurer ces impacts avec des ombrières intermittentes. Pour cela, nous simulons avec des stores les panneaux et réalisons aussi des mesures en laboratoire. L’hypothèse de départ est plutôt que ces installations puissent avoir un impact positif.» Au delà des cultures, plusieurs variétés seront testées pour voir celles qui auront les comportements les plus adaptés à l’ombrage intermittent. De ce point de vue, Didier Combes pense que l’herbe est une bonne candidate à l’ombrière car sa pousse est altérée l’été à cause des températures élevées. Seule l’analyse de plusieurs années d’essais permettra de tirer des enseignements qui seront mis à disposition des agriculteurs candidats.

 

Une procédure rôdée

Mickaël Carlot tient à rassurer : l’installation et l’exploitation agrivoltaïque se font toujours avec l’accord du propriétaire, du fermier et en ayant averti la commune. Un bail tripartite est d’ailleurs signé entre TSE, le propriétaire et le fermier, où sont détaillées les conditions et la rémunération prévue pour chacun. En fin d’exploitation, TSE démantèle les poteaux, rebouche les trous au besoin, sauf si le partenariat est reconduit.

«Dans tous les cas, nous travaillons en accord avec les interlocuteurs locaux pour toute la phase de réflexion et de construction, avec le dépôt du permis de construire. Ensuite, pendant l’exploitation, les équipes de TSE assurent entretien et réparations. Une des évolutions futures pourrait être l’intégration de l’irrigation à notre canopée. Nous pensons monter un projet en ce sens dans la Somme», conclut Mickaël Carlot.

Même si l’agrivoltaïsme n’en est qu’à ses débuts, il devrait rapidement trouver sa place dans les espaces ruraux.

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