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Encore des élevages pris pour cible

Au cours des derniers jours, au moins deux élevages de volailles dans les Hauts-de-France ont été pris pour cible par des militants de la cause animale qui s’opposent à leurs projets de développement.

Plusieurs photos et vidéos de l’élevage de la ferme Leblond à Pihem ont été prises par L214 en mars dernier. Laquelle les utilise pour servir son combat contre l’élevage intensif.
© L214

L’émotion plutôt que la raison, et si les méthodes sont douteuses, c’est encore plus efficace. C’est la manière dont s’est illustrée l’association de défense des droits des animaux L214 en s’attaquant le 7 avril dernier à un élevage de volailles de chair de Pihem, dans le Pas-de-Calais. Comme à son habitude, l’association dénonce en vidéo «des animaux en grande souffrance» à partir d’images soustraites sans l’accord de l’éleveur (évidemment). Celles-ci auraient été tournées «en mars 2021». Le but ? Dénoncer les méthodes d’élevage conventionnelles et s’opposer au projet d’extension de l’élevage par l’agriculteur pris pour cible. D’après le dossier soumis à enquête publique – elle a eu lieu en janvier dernier et a recueilli un avis favorable du commissaire enquêteur –, le projet porte sur la création de deux bâtiments supplémentaires d’une capacité de 50 000 poulets chacun, portant la production annuelle de l’élevage autour de 800 000 poulets. Pour L214, si le projet venait à voir le jour, «ce serait l’un des plus gros élevages de poulets de la région Hauts-de-France». Et l’association de citer dans une lettre au préfet du Pas-de-Calais un certain nombre de conséquences «désastreuses à plusieurs niveaux», exploitant les éléments du dossier d’enquête publique pour dénoncer «les conditions de vie des animaux», «des problèmes sanitaires et environnementaux», «des problèmes économiques, pour les riverains», et qui va «à l’encontre de la volonté sociétale».

Enjeu de campagnes électorales 
La campagne pour les élections départementales et régionales – elles devraient vraisemblablement se tenir en juin – n’arrange en rien la situation. Le 10 avril dernier, dans le département du Nord, Karima Delli, la tête de liste «Climat, emploi» qui rassemble Europe Écologie Les Verts (EELV), le Parti Socialiste (PS), le Parti Communiste Français (PCF) et La France Insoumise (LFI) s’est joint à une manifestation d’opposition à un projet d’extension d’un élevage de volailles de chair à la Croix-du-Bac, sur la commune de Steenwerck. Selon la presse locale, ils étaient entre 350 et 500 participants contre le projet d’un agriculteur qui a recueilli l’avis favorable du préfet. Le conseil municipal de Steenwerck avait déjà manifesté son opposition tandis que le commissaire chargé de l’enquête publique a émis un avis défavorable. Dans les arguments des opposants au projet, on retrouve les conditions d’élevage, le modèle économique suivi ou encore la qualité de l’alimentation. Pour le sénateur (PS) du Nord, Patrick Kanner, «ce dossier montre l’insuffisance de la loi». Et ce dernier d’afficher son intention d’utiliser l’examen au Sénat du projet de loi Climat pour «mettre des amendements pour éviter ce type de projet qui, certes, respecte à la limite les textes en vigueur, mais qui n’est plus opportun au regard de ce qu’attendent les consommateurs et les citoyens. Peut-être que légalement le projet rentre dans les clous, mais moralement il n’est pas acceptable», a-t-il dit. Faire référence à la loi Climat, c’est aussi l’outil brandi par la députée Jennifer de Temmerman : «Dans l’hémicycle, on est en train de parler de loi climat, de mieux nourrir nos enfants dans les restaurants scolaires et, à côté de ça, on autorise les projets de volailles industrielles qui n’est pas la conception de mieux manger. Le risque, c’est que cette viande atterrisse dans les assiettes de nos enfants», a-t-elle défendu ; montrant par la même occasion sa méconnaissance des réalités du marché de la volaille et des méthodes d’élevage.

Anvol en lutte contre les végans

«L’Interprofession des volailles françaises (Anvol) s’insurge contre la nouvelle action des militants végans, qui continuent impunément de capitaliser sur leur traditionnel fonds de commerce basé sur la peur et la désinformation. Ils poursuivent inlassablement leur but ultime : imposer la fin de l’élevage dans notre pays», a indiqué l’interprofession le 9 avril. Elle réagissait notamment à la diffusion par l’association L214 d’une vidéo d’un élevage de poulets du Pas-de-Calais qui veut s’agrandir. Le commissaire-enquêteur chargé de vérifier la conformité de cette extension a émis un avis favorable le 30 mars, assorti de deux réserves portant sur l’accessibilité du site et les capacités techniques et financières de l’éleveur. Cela étant, Anvol rappelle que «les éleveurs français sont soumis à des critères stricts en matière d’élevage des volailles», que les élevages de poulets français restent «minuscules» comparativement à leurs concurrents directs que sont notamment les Brésiliens et les Ukrainiens et que près d’un poulet sur deux consommé en France est importé, provenant de pays «moins regardants sur les conditions d’élevage». L’Anvol s’inquiète également des «mensonges véhiculés par ces extrémistes» et de «leurs méthodes trompeuses» qui nuisent à la profession, en particulier sur le volet des antibiotiques : les éleveurs ont réussi à «diminuer leur utilisation des antibiotiques de 60,5 % par rapport à 2011 alors qu’ils s’étaient fixé -60 % à horizon 2025», rappelle l’interprofession. 
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