Fertilisation
Engrais azotés : où en sont les prix et comment optimiser les apports ?
Entre nouvelles taxes européennes et tension persistante sur les marchés, le coût des engrais azotés reste élevé en ce début de campagne. Sans retrouver les records de 2022, cette situation conduit les agriculteurs à ajuster leurs stratégies de fertilisation afin de préserver la rentabilité des cultures.
Entre nouvelles taxes européennes et tension persistante sur les marchés, le coût des engrais azotés reste élevé en ce début de campagne. Sans retrouver les records de 2022, cette situation conduit les agriculteurs à ajuster leurs stratégies de fertilisation afin de préserver la rentabilité des cultures.
Évolution des taxes
Depuis le 1er juillet 2025, la surtaxe sur les engrais russes et biélorusses est entrée en vigueur. Cette mesure concerne l’urée, l’ammonitrate et la solution azotée. Ces origines représentent environ 25 % des importations européennes. Cette nouvelle taxe est progressive. Le surcoût est d’environ 40 €/t pour 2025, et pourrait aboutir jusqu’à 430 €/t en 2028 si ces importations persistent.
L’objectif de cette taxe est de réduire les importations russe et biélorusse afin de ne plus participer au financement de leur effort de guerre.
Ajouter à cela, une taxe «environnementale» : la MACF (Mécanismes d’ajustement de carbone aux frontières) est entrée en vigueur au 1er janvier 2026. Pour le moment, cette taxe serait suspendue de manière temporaire, mais au 26 janvier 2026 rien d’officiel n’a été encore publié par la Commission européenne.
Cette taxe émane directement du Pacte vert européen (Green Deal) et du paquet législatif «Fit for 55», dont l’objectif est de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’Union européenne de 55 % d’ici 2030 et d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Concrètement cette taxe pourrait représenter un surcoût de 20 à 80 €/t selon les origines (plus si les procédés sont très carbonés).
L’objectif de cette taxe est de mettre certaines importations (engrais, acier, aluminium, ciment, électricité, et hydrogène) sur un pied d’égalité avec les produits européens en termes de coût du carbone.
Les conséquences de ces deux taxes restent incertaines, car elles dépendent de l’évolution des droits et quotas, des réactions des fournisseurs tiers, de l’évolution des capacités de production européenne, de la dynamique des marchés mondiaux et aussi des mesures atténuantes prévues par la Commission. En effet, Bruxelles a prévu de surveiller étroitement l’évolution des prix et pourrait prendre des mesures (temporairement suspendre certaines taxes sur d’autres importations, par exemple) pour limiter l’impact sur les agriculteurs si les prix flambent trop vite.
Néanmoins, les prix des engrais importés devraient rester élevés (solution N39 : ≈ 1,3 €/uN ; ammo27 ≈ 1,5 €/uN), même si les niveaux record de 2022 ne sont pas attendus à court terme.
Impact sur les stratégies de fertilisation azotée
À partir de l’analyse de leurs essais azotés en blé, Arvalis a pu reconstituer différentes matrices illustrant la déformation de l’optimum technique d’azote à apporter dans une parcelle, en fonction de deux critères économiques : le prix de l’azote et celui du blé.
En fait, toujours d’après Arvalis, le réajustement technique est à envisager dès lors que le ratio prix du blé/coût de l’azote est inférieur à 1 (ce qui correspondrait à un écart entre optimum technique et optimum technico-économique au-delà de -20 unités, dans la zone orange vif du tableau ci-dessus).
En prenant donc un prix du blé actuel sur le marché physique à ≈170 €/t, et un coût de l’azote à 1,5 uN/ha (coût actuel de l’ammo27), la dose technico économique se situerait donc à la dose X-10 uN/ha.
Même si nous en arrivons là, l’impact sur rendement du blé reste modéré. En effet, dans notre département, nous estimons grâce aux résultats de nos essais azotés blé depuis 2000, que les réponses de rendement via les apports azotés sont de l’ordre de (tableau ci-dessous).
Optimiser la gestion de l’azote
Certaines conditions doivent être réalisées en amont, afin d’optimiser au maximum votre fertilisation azotée minérale :
- réaliser un reliquat sortie hiver par culture et par précédent au plus près des apports : soit à partir de début février pour les céréales, les betteraves et le lin, ou à partir de la première quinzaine de mars pour les pommes de terre et le maïs
- appliquer la méthode des bilans en réalisant les Plans prévisionnels de fumure azotée (PPFA), afin de déterminer une dose bilan précise par parcelle
- privilégier les formes d’engrais les plus efficaces (rappel CAU = efficience de l’azote : ammonitrate ≥ urée protégé > urée > solution azotée protégée ≥ solution azotée) d’autant plus en sols calcaires ou les différences de CAU sont encore plus marqués.
- utiliser les Outils d’aide à la décision (OAD) sur céréales et colza pour ajuster en cours de campagne vos doses bilan
- si possible, épandre des effluents organiques à C/N faible (<8) tels que des lisiers, des digestats en sortie hiver (réglementairement à partir du 1er février sur sol non gelé) permettant une valorisation rapide de la partie azotée, et de réduire la quantité d’azote minéral à apporter. Ces effluents permettent aussi l’apport d’éléments P et K non négligeable dans le calcul de vos besoins en engrais de fond (méthode Comifer).
| Gain rendement X par rapport au témoin sans azote | Gain rendement X par rapport X-40 | |
| Limon | + 40 qx/ha | + 38 qx/ha |
| Craie | + 46 qx/ha | + 43 qx/ha |
MesSat’images : un outil pour piloter la fertilisation azotée
Dans un contexte de prix de l’azote toujours élevés, MesSat’images permet d’évaluer la biomasse des cultures grâce à l’imagerie satellitaire et d’ajuster les apports d’azote au plus juste. Disponible sur colza, blé et orge aux stades clés, cet outil d’aide à la décision aide à optimiser la dose et la répartition des apports. Le service est proposé à 8 €/ha. Il est encore possible de réserver ses surfaces.