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Elevage laitier
Enrichir le troupeau par le croisement, bonne idée ?

En France, depuis plus d’un siècle, la sélection génétique a été menée en race pure. L’attachement aux races et à leur ancrage territorial est encore très fort. Cela explique sans doute la faible proportion de troupeaux laitiers constitués d’animaux croisés, seulement 5 à 7 %. Le croisement est pourtant une option qui peut être pertinente pour accompagner des modifications de conduite technique d’un élevage.

Le génotypage des génisses en race pure est possible pour orienter les choix  de taureaux.
Le génotypage des génisses en race pure est possible pour orienter les choix de taureaux.
© D. R.

Les éleveurs sont à la recherche de la vache parfaite : elle doit être résistante afin de rester en bonne santé tout au long d’une longue carrière, mais aussi fertile pour maîtriser les périodes improductives. Enfin, elle doit valoriser les fourrages en produisant un lait de qualité en quantité. Malgré tout le travail de sélection, aucune race laitière ne rassemble toutes ces qualités, même si en un siècle les performances de production ont considérablement évolué…, au détriment de la diversité génétique. En limitant le brassage génétique, la fertilité est pénalisée et parallèlement les progrès génétiques sont moins rapides.

De plus, les schémas de sélection peuvent ne plus correspondre aux caractéristiques recherchées par certains éleveurs. Le croisement peut alors permettre d’améliorer la diversité génétique du troupeau en renforçant des aptitudes parfois difficiles à sélectionner au sein d’une même race. Ainsi, l’animal croisé possède en effet une valeur génétique supérieure à la moyenne de ses deux parents. Ce phénomène porte le nom d’effet d’hétérosis.

 

Progresser durablement 

Très fréquent aux USA ou en Nouvelle-Zélande, le croisement trois voies consiste à associer trois races complémentaires afin de bénéficier au maximum de l’effet d’hétérosis. En effet, celui-ci est maximal à la première génération et peut rapidement chuter en croisement deux voies. Mais dans un schéma trois voies, l’apport spécifique du métissage est mieux valorisé et se fixe aux alentours de 85 % au fil des générations. 

La diversité des races est alors un atout pour élaborer un plan d’accouplement adapté aux objectifs recherchés. Pour exemple, la vache Kiwi néozélandaise est le fruit du croisement entre la holstein, la jersiaise et la frisonne. Le résultat est une vache taillée pour valoriser l’herbe au pâturage en produisant une bonne quantité de lait avec des taux élevés. 

 

Une vache adaptée au système

Même si la race parfaite n’existe pas, la diversité offre de nombreuses possibilités adaptées aux objectifs des éleveurs. Le choix d’une race est une affaire de compromis, c’est le même principe avec le croisement. Avant d’élaborer un schéma de croisement, il faut donc préciser les aptitudes prioritaires qui répondent au système de production. Pour un système pâturant : on cherche des animaux qui vont permettre une bonne valorisation de l’herbe et sont capables de se déplacer facilement sur de longues distances. La très bonne fertilité des vaches est prépondérante pour un éleveur qui souhaite réduire, voire arrêter, la production laitière pendant quelques semaines de l’année. Le croisement est une option intéressante pour lui permettre d’assurer le groupement des vêlages. 

En pratique, une fois les races choisies, il faut élaborer avec une très grande rigueur les plans d’accouplement. Le génotypage des génisses en race pure est possible pour orienter les choix de taureaux. De même, l’utilisation de semences sexées est une option à considérer pour accélérer l’évolution. Cela peut aussi permettre d’assurer la valorisation des veaux mâles dans le cas d’un croisement avec une race qui déprécie les qualités bouchères. Dans tous les cas, il est préférable d’engager l’ensemble du troupeau dans la démarche afin de conserver une certaine homogénéité. 

Les limites du croisement

Le croisement laitier peut répondre à un objectif de conduite de troupeau globale. Il n’est pas une solution à une problématique qui trouve son origine dans la conduite technique du troupeau. Par exemple, il est vain de vouloir solutionner un problème de fertilité avec le croisement sans un état des lieux préalable des pratiques. 

Si le troupeau de départ est constitué d’animaux prim’Hostein, il faut s’attendre à une baisse plus ou moins prononcée de la production laitière. 

Le croisement trois voies demande du temps pour en apprécier les bénéfices. Même avec un taux de renouvellement élevé (40 %), il faut compter au moins six ans pour obtenir un troupeau 100 % croisé. Et il faut attendre une dizaine d’années pour obtenir une vache qui réunit toutes les aptitudes recherchées.

En diversifiant le patrimoine génétique, le croisement est un outil puissant d’adaptation du troupeau à un contexte d’élevage qui évolue tout en apportant des réponses à des problématiques de fertilité, de santé et de richesse du lait. À l’heure où plus d’un éleveur sur dix serait prêt à remettre en question la race de son troupeau, il est important de bien mesurer les conséquences du croisement et de l’entreprendre pour les bonnes raisons. 

Quelle race pour quels bénéfices ?

Race

Atouts

Prim’Holstein

Performances laitières

Brune des Alpes

Membres, taux

Normande

Valorisation bouchère, taux, pâturage

Montbéliarde

Reproduction, santé, polyvalence (lait et viande)

Rouge scandinave

Fertilité, santé, facilité de vêlage

Jersiaise

Taux, précocité, pâturage

Simmental

Résistance cellulaire, valorisation bouchère

Fleckvieh

Fertilité, facilité de naissance, valorisation bouchère

 

Au secours de la longévité des vaches laitières

Une étude menée par Idele en 2019 a montré, pour les trois principales races laitières de France, une baisse généralisée de la longévité des vaches. En dix ans, l’âge à l’abattage des vaches a diminué de 3,5 mois pour la race prim’Holstein, 3,4 mois pour la montbéliarde et 2,1 mois pour la Normande. L’amélioration de la fertilité est un bénéfice collatéral non négligeable du croisement et réduit rapidement le nombre de réformes subies.
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