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Irrigation
Et si les eaux traitées étaient utilisées pour irriguer nos champs ?

Leur volume rejeté représente des milliers de m3 qui pourraient être réutilisés pour l'irrigation agricole grâce au projet de Réutilisation de l'eau usée traitée (REUT). Retour sur les conclusions de la Chambre l'agriculture de la Somme sur deux projets concrets.

Station d’épuration de Ham qui traite la pollution organique et azotée (1 300 m3/j).
Station d’épuration de Ham qui traite la pollution organique et azotée (1 300 m3/j).
© D. R.

La période pluvieuse actuelle ne doit pas nous faire oublier que ces dernières années, les Hauts-de-France font face à des épisodes de sécheresse récurrents, préjudiciables aux cultures qui subissent un stress hydrique. Face au changement climatique et aux exigences des industriels de l’agroalimentaires, les besoins en eau d’irrigation pour le secteur agricole sont croissants.

La Chambre d’agriculture de la Somme étudie différents leviers afin d’optimiser les pratiques (matériels d’irrigation, essais de mise en place de stratégies d’irrigation sous contraintes…). Parmi ces différentes pistes, les solutions de Réutilisation des eaux usées traitées (REUT) d’origine urbaine et industrielle à des fins d’irrigation méritent également d’être étudiées.

L’objectif du projet REUT proposé par l’Agence de l’eau, était d’étudier la faisabilité technique et réglementaire de la réutilisation des eaux traitées en stations d’épuration à des fins d’irrigation sur des cultures agroalimentaires. Ce travail a été réalisé en considérant deux cas concrets urbains et industriels. L’industriel Tereos Starch Sweeteners Europe (TSSE Nesle) et la Communauté de Communes de l’Est de la Somme (Eaux usées de Ham).

La «Réutilisation des eaux usées traitées» (REUT) désigne la valorisation pour un ou plusieurs usages des eaux résiduaires urbaines ou industrielles après leur traitement en station d’épuration.

Pour les eaux urbaines, la qualité sanitaire est déterminante

Le texte réglementaire applicable pour la REUT «urbaine» à des fins d’irrigation fixe quatre classes de niveau de qualité sanitaire en fonction du type d’usage (apport sur cultures vivrières consommées crues, cultures vivrières transformées, fourrage, cultures industrielles…). La réglementation prévoit également des systèmes dit «barrières» qui permettent, s’ils sont mis en œuvre, d’apporter des eaux de moindre qualité (ex :
Arrêter l’irrigation suffisamment tôt avant la récolte pour permettre une inactivation naturelle d’éventuels agents pathogènes).

Pour étudier le cas concret de la REUT avec des eaux urbaines, la Chambre d’agriculture a analysé les eaux traitées sorties de la station d’épuration de Ham.

Au regard de ces premiers résultats, il s’avère que ces eaux ne présentent pas une qualité suffisante en l’état pour espérer les utiliser dans tous les types d’usages envisagés par la réglementation. C’est le nombre de E. Coli qui dégrade la qualité des eaux dans une proportion incompatible même avec la plus basse des classes de qualité.

Néanmoins, une comparaison faite avec des eaux de stations d’épuration qui disposent d’un traitement bactériologique (par exemple sur les stations proches de la côte) a permis de valider la pertinence de ce type de traitement. Les valeurs de E.Coli sont alors toutes compatibles, voire parfois même avec la meilleure classe de qualité.

Pour l’industrie, le «plan d’épandage» reste indispensable

Concernant la REUT à partir d’eaux traitées provenant d’industries, la réglementation qui fait foi actuellement concerne le même texte que la valorisation agricole par épandage de leurs effluents organiques comme les boues d’épuration (arrêté du 2 février 1998 modifié). Ce texte impose le respect de seuils d’innocuité en éléments traces métalliques et composés traces organiques et l’épandage ne doit pas porter atteinte aux cultures. Le contexte réglementaire est alors le même que celui qui s’applique déjà pour l’utilisation des eaux de sucrerie par exemple.

Attention à l’excès de sel !

L’étude du cas concret de REUT «industrielle» a été réalisée sur les rejets de la plateforme agro-industrielle de Nesle. L’analyse a permis de montrer que la qualité des eaux (sortie traitement station d’épuration et sortie du site avant rejet milieu naturel) était compatible avec une filière d’irrigation. L’analyse des paramètres bactériologiques a permis de constater que les eaux sortie site respectaient même la qualité sanitaire requise par le texte REUT urbaine (classe B). Une vigilance réside toutefois dans les teneurs en sodium et chlorure qui sont issus des processus industriels et qui peuvent être parfois particulièrement élevées.

Les teneurs observées en Na et Cl des eaux en sortie du site ne s’avèrent toutefois a priori pas trop problématiques si l’on compare avec des compositions moyennes d’autres IAA qui pratiquent déjà de l’irrigation avec leurs eaux. 

Évaluer les obstacles techniques

Suite à cette évaluation de la qualité des eaux des deux sites, l’étude a permis d’explorer les pistes d’organisation de la REUT et d’identifier les scénarios envisageables et les freins techniques dans la mise en œuvre. La question des équipements de transport (canalisations) et du stockage (bassins) constitue en effet un enjeu particulier. Dans les deux cas (urbain et industriel), il manque des équipements pour pouvoir mettre en œuvre la REUT. Le premier équipement nécessaire est l’installation de pompes en sortie des sites. En effet, les évacuations actuelles se font gravitairement et ne permettent donc pas d’atteindre les parcelles éloignées ni de faire fonctionner les équipements d’irrigation. Le fonctionnement de ces pompes implique également la création de bassins tampon dans lesquelles ces pompes devraient être installées pour assurer les débits et pressions requises.

La question des capacités de stockage est également primordiale. Elle avait aussi été identifiée dans les conclusions du programme «Climeaufil». À elle seule, elle peut justifier l’intérêt ou l’abandon d’un projet.

Sur la plateforme de Nesle par exemple, il n’y a pas de capacité de stockage, mais les débits rejetés par le site sont considérables (près de 13 000 m3/j). Ce qui fait que cinq enrouleurs fonctionnant en permanence ne consommeraient que la moitié de ce volume. En année sèche, c’est plus de 400 ha qui pourraient bénéficier de cette eau pendant quatre mois simplement avec la création d’un bassin tampon d’une capacité de quelques jours. Reste alors à interconnecter les pompes de ce bassin et les réseaux des irrigants proches.

Sur la station d’épuration de Ham, par contre les débits sont faibles (1 300 m3/j) ce qui est insuffisant pour faire fonctionner un seul enrouleur. La mise en œuvre d’une filière REUT ne pourrait s’envisager qu’en disposant d’un stockage sur toute l’année à proximité de la station avant une reprise en période d’irrigation. Auquel cas, ce sont théoriquement plus de 230 ha de pommes de terre qui pourraient être irrigués avec ces eaux.

Cette pré-étude de faisabilité de la REUT, réalisée sur ces deux cas concrets, montre des perspectives intéressantes qu’il est encore nécessaire d’approfondir notamment d’un point de vue économique. Mais, si on peut déjà envisager que chaque cas sera différent, il est tout de même utile de se poser la question si elle permet d’accéder comme ici à un gisement potentiel d’au moins 1,3 million de m3 d’eau.

 

Plusieurs filières existent déjà dans la Somme

Sur le département de la Somme, plusieurs industries alimentaires et agricoles pratiquent déjà l’irrigation des cultures avec leurs eaux résiduaires. C’est le cas de Saint Louis Sucre à Roye, de Cristal Union à Villers-Faucon ou encore de Bonduelle à Estrées-Mons. Au total, en 2023, ce sont environ 1 490 ha qui ont été irrigués grâce à ces eaux de process peu chargées (1 143 000 m3). Les volumes irrigués fluctuent d’une année sur l’autre, selon les conditions climatiques et les besoins hydriques des cultures. Cette filière est encadrée par un plan d’épandage et un suivi agronomique annuel permettant de veiller à l’innocuité des effluents épandus. Ce partenariat gagnant/gagnant entre industriels de l’agroalimentaire et agriculteurs permet la mise en place d’une pratique vertueuse tout en préservant la ressource en eau.

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